mardi 21 avril 2026
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Mathilde Le Clerc : « Consulter directement les jeunes, c’est quelque chose que nous étudions »

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Alors que la rentrée 2024 est désormais derrière nous, la présidente de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports du Conseil national, Mathilde Le Clerc, évoque pour Monaco Hebdo les principales problématiques qui concernent la jeunesse à Monaco.

Quels retours avez-vous eu sur cette rentrée scolaire 2024 ?

Le climat dans lequel s’est déroulée cette rentrée scolaire 2024 est bon. Celle-ci a été marquée par l’inauguration du nouveau collège Charles III. Après quelques jours d’ajustement pour calibrer les déplacements afin de rejoindre l’établissement pour les élèves comme pour les parents, il semble que tout fonctionne pour le mieux.

Quel regard portez-vous sur la nomination de Jean-Philippe Vinci à la tête de la direction de l’éducation nationale [à ce sujet, lire l’interview de Jean-Philippe Vinci publiée dans ce dossier spécial — NDLR] ?

Vous savez, lorsqu’il y a une nomination, nous n’avons pas de commentaire à faire. Mais dans le cadre de la continuité de l’Etat et de ses services, je porte un regard évidemment bienveillant, et je serai attentive aux évolutions qui seront apportées par Jean-Philippe Vinci, avec une nouvelle impulsion et de nouveaux sujets qui pourront émerger. Je tiens à remercier ici encore Isabelle Bonnal pour tout l’engagement et le professionnalisme qui a été le sien, et je lui souhaite pleine réussite dans l’accomplissement de ses futurs projets.

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Avez-vous déjà rencontré Jean-Philippe Vinci ?

Oui, nous avons eu l’occasion d’échanger à plusieurs reprises. Les deux sujets cruciaux que je citerai sont le fléau du harcèlement scolaire et la problématique des activités pour les jeunes. Je n’oublie pas les infrastructures sportives qu’il est indispensable de remettre à niveau, la politique de sport de haut niveau et plus de considération dans le traitement des collaboratrices et des collaborateurs de la communauté éducative. Je veux parler, par exemple, des aides-maternelles, ou encore du manque de surveillants.

En 2021, un syndicat des enseignants a été créé : les avez-vous rencontrés ?

Oui, là encore, j’ai pu rencontrer le syndicat des enseignants par deux fois. Au centre de nos discussions je peux citer, par exemple et sans être exhaustive, la sécurité des élèves, avec le nombre de surveillants qui pourrait poser problème, la détection, la prévention et le traitement du harcèlement scolaire, bien sûr les conditions de travail, mais aussi la problématique des exclusions de classe.

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Concernant l’usage des écrans, serait-il bon de mettre en place une « pause numérique », en interdisant totalement l’utilisation des smartphones dans les collèges ?

C’est un débat que nous sommes prêts à avoir. A titre personnel, je suis favorable à la limitation de l’usage des smartphones. Je trouve que l’initiative de la British School de Monaco, favorisant les portables sans datas pour les plus jeunes, est une bonne chose [à ce sujet, lire notre article The British School of Monaco et le retour du Nokia 3210 : un choix éducatif contre l’ère numérique publié dans ce dossier spécial — NDLR]. Le problème est en effet l’utilisation des réseaux sociaux, le chargement et l’envoi de données. A titre personnel, encore une fois, je suis favorable à l’interdiction de l’utilisation des smartphones à l’école, au collège et au lycée.

« Monaco doit avoir son propre modèle, mais ne peut pas ne pas regarder ce qui se fait ailleurs. Le concept de majorité numérique fait son chemin, et s’il faut y associer les prérogatives du Conseil national, nous nous tiendrons prêts pour étudier et accompagner ce qui doit l’être »

Faut-il créer à Monaco une « majorité numérique » à 15 ans, au risque d’être en décalage avec les autres pays européens et avec le Digital Service Act (DSA) ?

Il existe actuellement un mouvement significatif en faveur de cette mesure chez les parents. Là encore, Monaco doit avoir son propre modèle, mais ne peut pas ne pas regarder ce qui se fait ailleurs. Le concept de majorité numérique fait son chemin, et s’il faut y associer les prérogatives du Conseil national, nous nous tiendrons prêts pour étudier et accompagner ce qui doit l’être.

Mathilde Le Clerc Jeunes Jeunesse Education Monaco Conseil National
© Photo Conseil National

En ce qui concerne le harcèlement scolaire, Monaco peut-il faire plus et mieux ?

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, la vitesse de déploiement du dispositif intégral pour lutter contre le harcèlement scolaire, comme le prévoit la loi en vigueur, n’a pas été à la hauteur de l’enjeu. Ce sujet sera l’une des priorités de la commission que je préside, au moment d’entamer nos échanges avec le nouveau directeur de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, et avec le nouveau conseiller-ministre de l’intérieur, évidemment. A titre personnel, j’estime que la loi actuelle, même si elle est récente, est insuffisante et en décalage avec la réalité du terrain et la détresse, légitime, de certaines familles.

Concernant l’emploi des jeunes, on entend dire que les jeunes de la génération Z, nés dans les années 1990, seraient très difficiles à manager : partagez-vous ce point de vue ?

Pour faire partie de cette génération Z, je pense que cette allégation n’est pas fondée. Notre génération prend en compte beaucoup de paramètres, mais comme les autres. C’est le monde qui évolue, pas le comportement de telle ou telle génération. Le management doit évoluer avec son temps et s’adapter. Il faut surtout continuer de travailler pour permettre le retour au pays de nos jeunes, afin qu’ils puissent y trouver un emploi et les débouchés stratégiques pour Monaco.

Une enquête du cabinet de conseil Deloitte publiée le 17 septembre 2024 dit que « le travail reste [pour les jeunes] un pilier essentiel en termes d’identité, mais seulement après les amis et la famille » : les entreprises de la principauté s’adaptent-elles suffisamment à ce constat pour ne pas laisser échapper de jeunes talents ?

Pour les jeunes, il faut trouver le juste équilibre. Mais, je le répète, ce n’est pas propre à telle ou telle génération. Les entreprises l’ont bien compris : elles développent de plus en plus de programmes de formation, elles vont à la rencontre des jeunes sur des salons ou lors d’événements professionnels, et elles développent leur attractivité avec leur marque employeur.

« La vitesse de déploiement du dispositif intégral pour lutter contre le harcèlement scolaire, comme le prévoit la loi en vigueur, n’a pas été à la hauteur de l’enjeu […]. A titre personnel, j’estime que la loi actuelle, même si elle est récente, est insuffisante et en décalage avec la réalité du terrain et la détresse, légitime, de certaines familles »

Le centre de loisirs pour les jeunes de la principauté, le Ni Box, a disparu en juillet 2021 : par quoi compenser cette disparition et dans quel lieu ?

En son temps, le Ni Box était le symbole d’une avancée politique voulue par le Conseil national. Sa disparition devait être compensée. Aujourd’hui, il n’en est rien. On a le sentiment, comme j’ai pu le dire en séance publique, que les activités pour les jeunes disparaissent une à une : le bowling, le karting au parking des pêcheurs, le cinéma du Sporting d’hiver qui n’a jamais été dignement remplacé, sans oublier la patinoire en saison, en particulier pendant les fêtes de fin d’année.

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Le gouvernement monégasque a avancé l’idée d’utiliser l’ancien emplacement des voitures du prince Albert II, sur les Terrasses de Fontvieille, au profit des jeunes, et un appel à candidatures a été lancé : qu’attendez-vous de cette initiative ?

Toute initiative en faveur des jeunes est, bien évidemment, positive. Cependant, l’appel à candidatures lancé sur l’ancien local de la collection de voitures ne doit pas être un nouveau prétexte pour retarder encore la restructuration indispensable et urgente du centre commercial de Fontvieille. La question n’est pas de savoir s’il faut, ou non, un concept ludique dans ce local. Elle est de savoir s’il est envisageable d’en créer un dans un futur complexe. De manière générale, il faut redonner à nos jeunes la possibilité d’accéder à des activités modernes dans leur pays, en différents endroits de la principauté.

Le lancement d’un bowling à la ZAC Saint Antoine à Cap d’Ail a essuyé le retrait de deux exploitants monégasques sélectionnés : c’est l’incertitude économique qui plane sur ce projet qui explique cet abandon ?

Comme souvent, sur ce sujet comme sur d’autres, le Conseil national a souffert d’un manque d’information et d’un manque de transparence de la part du gouvernement. Ce n’est peut-être pas ce type d’activité qu’il convient de développer. Les tendances évoluent, les technologies aussi. Il faut demander aux jeunes quelles sont les activités qui leur correspondent aujourd’hui. C’est sans doute cela qui a pu freiner certains projets de reprise.

Est-on sûr que les jeunes ne souhaitent pas la création d’un bowling ?

Nous le verrons avec les résultats de la vaste consultation des Monégasques lancée par le Conseil national en cette rentrée 2024 [à ce sujet, lire notre article Le Conseil national attend beaucoup du nouveau gouvernement, publié dans Monaco Hebdo n° 1344 — NDLR]. Comme je viens de l’évoquer, je ne pense pas qu’un bowling soit aujourd’hui l’activité la plus attendue par notre jeunesse. Il s’agit d’un concept du passé, qui est aujourd’hui devenu davantage un raccourci sémantique qu’un vrai projet attendu.

Mathilde Le Clerc Jeunes Jeunesse Education Monaco Conseil National
« Aujourd’hui, tout le monde sait que les jeunes, comme les moins jeunes, vont au cinéma à Nice, avec les conséquences que cela implique en termes de sécurité. » Mathilde Le Clerc. Présidente de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports du Conseil national. © Photo Conseil National

Pour connaître avec précision les attentes des jeunes de Monaco, pourquoi ne pas organiser une consultation auprès d’eux ?

Consulter directement les jeunes, c’est quelque chose que nous étudions. Il faut ensuite réfléchir en fonction de la singularité de notre pays. Pour des raisons d’espaces limités, et de mode de vie, tout ne sera pas possible. Mais nous devons offrir aux jeunes la possibilité de se divertir avec les codes minimum de la jeunesse : des endroits pour se regrouper et échanger, regarder un film au cinéma, et pratiquer un maximum de sports différents.

En attendant, les jeunes de Monaco vont se divertir où ?

Restons sur l’exemple du cinéma. Aujourd’hui, tout le monde sait que les jeunes, comme les moins jeunes, vont au cinéma à Nice, avec les conséquences que cela implique en termes de sécurité.

« Je ne pense pas qu’un bowling soit aujourd’hui l’activité la plus attendue par notre jeunesse. Il s’agit d’un concept du passé, qui est aujourd’hui devenu davantage un raccourci sémantique qu’un vrai projet attendu »

Les infrastructures sportives sont-elles adaptées et suffisantes à Monaco ?

Je pense que beaucoup a été fait, mais que nos infrastructures ne sont plus à la hauteur, ni des Monégasques, ni de nos résidents, ni de nos sportifs de haut niveau. Nous avons la chance de rayonner par le sport depuis des décennies. Mais soyons francs : le stade Louis II, qui a été ouvert en 1985, n’est plus adapté aux exigences de l’économie du sport en 2025. Certains lieux abritant des compétitions sportives sont indignes de Monaco. J’en veux pour preuve la salle dans laquelle évoluent les joueuses du Monaco Basket Association (MBA) à l’Annonciade. Il y a des conséquences sur les athlètes, et sur l’image que Monaco renvoie. Je ne suis pas de celles qui vont dire que nous devrions avoir toutes les infrastructures sur le territoire monégasque, mais je pense que nous pouvons également collaborer avec une ambition renouvelée avec les communes limitrophes, pour mettre en place des projets d’infrastructures profitables à tous.

Les aires de jeux pour les jeunes enfants sont-elles à la hauteur en principauté ?

Là encore, il ne faut pas oublier les efforts qui ont été faits, mais j’estime que nous devrions être en pointe sur les aires de jeux pour les jeunes enfants, afin de satisfaire les familles de Monégasques et des résidents. Ce sont des investissements productifs, puisqu’ils contribuent à l’attractivité de notre pays.

« Nos infrastructures ne sont plus à la hauteur, ni des Monégasques, ni de nos résidents, ni de nos sportifs de haut niveau. Nous avons la chance de rayonner par le sport depuis des décennies. Mais soyons francs : le stade Louis II, qui a été ouvert en 1985, n’est plus adapté aux exigences de l’économie du sport en 2025 »

À l’occasion des débats publics autour du budget rectificatif 2023, la question du sport féminin, et plus spécifiquement du basket féminin, a été abordée : où en est le projet de fusion entre l’ASM Basket féminine et le Monaco Basket Association (MBA) ?

A ma connaissance, l’ASM Basket féminine et le Monaco Basket Association ont signé un accord de principe pour une fusion à moyen terme. Il fallait rapprocher les points de vue, et, dans la concertation, il semble que l’avenir se dessine sous une seule et même entité. Je suis de près ce dossier, et je soutiens la progression professionnelle du basket féminin, car c’est un sport d’avenir, qui rassemble et qui est adapté à la taille de notre pays.

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En juin 2016, le gouvernement monégasque a lancé l’étude d’un projet de loi sur le sport : huit ans après, où en est-on ?

Tout d’abord, je tiens à rappeler ma satisfaction personnelle, ainsi que celle du Conseil national présidé par Thomas Brezzo, puisque le projet de loi demandé par beaucoup, mais sans succès, l’aura finalement été, suite à notre insistance sur le sujet. Il s’agit de donner un cadre juridique dans de nombreux domaines du sport, sa structuration, son économie, pour placer notre législation en phase avec les attentes des acteurs du monde sportif, de nos associations, des fédérations et de nos athlètes. Nous avons mis le projet de loi du gouvernement à l’étude, et j’ai lancé les consultations auprès des entités concernées. C’est un texte très important, tant au niveau de son volume législatif que des enjeux qu’il traite. C’est un pas considérable pour le sport en principauté, pour les Monégasques et pour les résidents, mais aussi pour notre attractivité et pour notre image.

Pour lire la suite de notre dossier « Education nationale : quelles pistes d’avenir ? », cliquez ici.

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