mercredi 10 août 2022
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Pour la première fois, un syndicat des enseignants voit le jour à Monaco

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Le syndicat des enseignants de Monaco vient d’être créé, et c’est une première en principauté. Objectif : être représentés et structurés d’une même voix, pour garantir leur niveau d’excellence, et mieux communiquer avec les instances gouvernementales et administratives.

C’est le dernier né de la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM), et le premier du genre en principauté. Le syndicat des enseignants de Monaco (SEM) vient en effet de voir le jour, et il regroupe déjà un peu plus de cinquante adhérents dans ses rangs. Fait surprenant, il n’en existait pas avant : seule l’association du personnel de l’enseignement secondaire en revêtait plus ou moins le rôle jusqu’alors, sans être dédiée exclusivement aux enseignants et professeurs, au contraire du SEM. « Le rôle d’un syndicat est plus institutionnel. Il permettra de faire parler d’une même voix l’ensemble du corps enseignant, tout niveau, et toute provenance confondus, établissements publics et privés sous contrat, pour bénéficier de la portée la plus large et structurée possible. C’est, en effet, le premier syndicat de professeurs à Monaco. Il n’y aura donc pas de concurrence avec l’association du personnel monégasque des établissements scolaires (APMES), qui a ses objectifs propres », explique Audrey Cheynut, secrétaire générale du SEM. De nationalité monégasque, et professeure de lettres classiques au lycée Albert Ier, cette ancienne élève de la principauté entend agir par démarche citoyenne, et par attachement pour Monaco, dans l’idée de « contribuer pour le bien général ». Mais pourquoi créer un syndicat maintenant, si « tard », alors que la principauté compte 594 professeurs, dont environ 120 Monégasques ?

« Nous ne sommes pas là pour renverser la table. Nous avons une démarche constructive, pour améliorer un système éducatif déjà excellent, mais dont la modernisation pose certaines problématiques »

Stéphane Augier. Trésorier du syndicat des enseignants de Monaco (SEM)

« Être audible »

« Les temps évoluent. La pandémie de Covid-19 a imposé beaucoup de nouveaux défis dans l’enseignement, et nous avions besoin d’être fédérés pour que notre voix soit entendue, de manière structurée », répond Audrey Cheynut. « Monaco a une tradition et une réputation d’excellence dans l’enseignement, c’est une réalité. Nombreux dans le syndicat sont d’ailleurs d’anciens élèves passés par les rangs des écoles monégasques. Ils connaissent la qualité de l’enseignement monégasque, et nous voulons la maintenir. Mais tout est toujours perfectible. Et le momentum du confinement a fait ressentir cette nécessité d’avoir une parole structurée pour être audible auprès des instances gouvernementales et administratives. » L’idée de créer un syndicat enseignant ne date cependant pas d’hier. Le projet était dans les cartons de la F2SM depuis plus d’un an [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 7 décembre 2021 — NDLR]. Pour Cedrick Lanari, président de la F2SM, il était nécessaire de rencontrer tout le monde, avant de se lancer : « Nous n’avons pas de défiance vis-à-vis de l’administration, et l’administration n’a pas de méfiance envers nous non plus. Nous avons reçu un très bon accueil. » Les représentants du SEM ont donc rencontré plusieurs officiels, avant de s’exprimer devant la presse. Parmi eux, le ministre d’État, Pierre Dartout, le conseiller-ministre pour l’intérieur, Patrice Cellario, le conseiller-ministre pour la santé et les affaires sociales, Didier Gamerdinger, la direction du travail et la fonction publique. Il leur restait encore à s’entretenir avec la directrice de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports, Isabelle Bonnal. Et ce n’est pas tout.

« Les temps évoluent, la pandémie de Covid-19 a imposé beaucoup de nouveaux défis dans l’enseignement, et nous avions besoin d’être fédérés pour que notre voix soit entendue, de manière structurée. » Audrey Cheynut. Secrétaire générale du syndicat des enseignants de Monaco (SEM). © Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo.

« Nous n’avons pas de défiance vis-à-vis de l’administration, et l’administration n’a pas de méfiance envers nous non plus. Nous avons reçu un très bon accueil »

Cedrick Lanari. Président de la F2SM

Première contribution législative

Le SEM a également été sollicité par le Conseil national, et en particulier par l’élu de la majorité Priorité Monaco (Primo !), Marc Mourou, afin de contribuer au projet de loi contre le harcèlement et la violence en milieu scolaire voté le 24 novembre 2021, à l’unanimité des 21 élus du Conseil national [à ce sujet, lire Violences et harcèlement scolaire : la prévention avant la sanction, publié dans Monaco Hebdo n° 1220 — NDLR] : « Ils n’ont eu que 24 heures pour se pencher dessus. Mais leur travail a été excellent et très utile. Nous les en remercions », a confié Marc Mourou à Monaco Hebdo. « Nous avons été très heureux d’avoir été sollicités pour ce projet de loi. Nous nous sommes réjouis que cette question soit prise à bras-le-corps. C’est une nécessité, car ce phénomène prend une ampleur exponentielle. Un simple clic sur un réseau social peut suffire, et cela échappe totalement aux adultes. Tout le monde a besoin d’être formé. On ne peut que se réjouir qu’une loi soit votée », rappelle Stéphane Augier, trésorier de l’association. Ce Monégasque, professeur d’histoire géographie au collège Charles III, pense d’ailleurs que cette approche fait lien avec la démarche de leur syndicat, qui se veut collaborative : « Nous ne sommes pas là pour renverser la table. Nous avons une démarche constructive, pour améliorer un système éducatif déjà excellent, mais dont la modernisation pose certaines problématiques. » C’est donc une approche pragmatique qui est mise en avant par les représentants du SEM : « C’est notre dynamique, et c’est pour ça que nous avons rejoint la F2SM. Nous avons l’expertise du terrain. Or, souvent, en France, lorsque des politiques éducatives sont mises en œuvre, on regrette l’écart entre l’idéal porté par les politiques et l’application du terrain », explique Audrey Cheynut. « À Monaco, l’accès est plus direct avec les instances de décision. C’est une opportunité pour nouer un partenariat, afin d’obtenir le meilleur. Car, pour que les enfants étudient bien, il faut que les enseignants travaillent bien. » Outre cette première participation à l’élaboration du texte de loi sur le harcèlement et la violence en milieu scolaire, les prochaines contributions de ce syndicat pourraient concerner les parents d’élèves : « On ne peut pas imaginer un système éducatif où parents et enseignants seraient adversaires. Les parents sont, au contraire, des partenaires essentiels de l’éducation. Nous avons la volonté de discuter et de construire ensemble. Les enfants passent une grande partie de la journée avec nous, et l’autre partie avec leurs parents. Les problèmes, quand ils existent, ne peuvent se résoudre qu’avec les deux espaces », estime Audrey Cheynut. « Nous souhaitons développer un dialogue serein avec les parents d’élèves, car l’école peut parfois être difficile d’accès dans son fonctionnement. Cette complexité génère de l’angoisse et des inquiétudes, qui sont sources de questionnements pour les parents. »

« Le rôle d’un syndicat est plus institutionnel. Il permettra de faire parler d’une même voix l’ensemble du corps enseignant, tout niveau, et toute provenance confondus, établissements publics et privés sous contrat, pour bénéficier de la portée la plus large et structurée possible. C’est, en effet, le premier syndicat de professeurs à Monaco »

Audrey Cheynut. Secrétaire générale du syndicat des enseignants de Monaco (SEM)

« Ne plus se sentir seul face aux difficultés »

Il reste toutefois une question : comment se syndiquer librement, quand plane la menace, pour les enseignants détachés, de ne pas être renouvelé à son poste, au bout de trois ans d’exercice ? En effet, à Monaco, les enseignants français détachés, qui composent près de 470 postes sur les 594 enseignants de la principauté, signent pour la plupart un contrat de trois ans renouvelable. Ils peuvent donc, à l’issue de ce contrat, être invités à rejoindre un poste hors des frontières de la principauté, et perdre toute une série d’avantages liés au système éducatif monégasque : « Un cadre privilégié, de bons outils à disposition, un niveau scolaire assez élevé, et des classes globalement moins nombreuses qu’en France », comme le rappelle Audrey Cheynut. Mais pas question de s’inquiéter d’éventuelles pressions, selon la secrétaire générale du SEM : « En toute théorie, cela ne devrait pas exister, car nous sommes dans un état démocratique. Et cette démarche est confidentielle. Il n’est donc pas question de faire pression sur les enseignants détachés quant à leur renouvellement. Et le fait d’appartenir à notre syndicat ne sera pas un argument supplémentaire. Je ne voudrais pas que mon pays se comporte de cette manière. » Sur ce point, le trésorier Stéphane Augier, insiste aussi : « Notre politique est très claire : on ne divulguera pas le nom des personnes syndiquées. Mais on ne se fait pas de souci, non plus. » Cette position, on la retrouve d’ailleurs inscrite en préambule, sur la fiche de présentation de ce syndicat : « Il faut que les personnels enseignants soient tenus à l’abri des pressions, qu’ils agissent dans une logique de solidarité, dans laquelle l’argent ou la politique ne peuvent interférer. Les professeurs sont des professionnels de terrain. Ce sont donc eux qui sont les mieux à même de décrypter les besoins, et de s’adapter à la réalité du quotidien. En ce sens, ils doivent être écoutés. Nous nous engageons à lutter contre toute forme de discrimination, dans tous les cadres de l’exercice de nos fonctions. » Selon le SEM en effet, se syndiquer, c’est être aidé : « Ne plus se sentir seul face aux difficultés que l’on peut rencontrer, de quelque ordre qu’elles soient. Le syndicat peut écouter, accompagner, épauler, et conseiller ses adhérents. C’est une démarche solidaire que d’adhérer : pour les autres, et pour soi. » L’inquiétude ne semble d’ailleurs pas être de mise, puisque la barre des cinquante adhérents a donc déjà été franchie, et que ce nombre promet de croître encore : « Nous recevons des adhésions chaque jour. Nous avons bon espoir de dépasser la centaine d’adhésions courant 2022, compte tenu de la courbe observée. C’est plus que bien pour une première. Cela prouve qu’il y avait une attente, voire un besoin », juge Audrey Cheynut. Il ne manque plus que les doléances, qui devraient être officiellement exprimées en janvier 2022, une fois que les résultats de l’enquête interne du SEM seront récoltés. Ce sera alors le moment, pour ce nouveau syndicat, de revoir, ou non, sa copie.

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