mercredi 18 mai 2022
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Le passe sanitaire étendu à certaines professions

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À partir du 15 décembre 2021, les professionnels de la principauté intervenant dans des lieux concernés par le passe sanitaire devront obligatoirement présenter le précieux sésame sur leur lieu de travail. Explications.

Les clients et visiteurs ne seront plus les seuls concernés par le passe sanitaire à Monaco. À partir du 15 décembre 2021, et jusqu’au 31 janvier 2022 inclus, les employés de certaines professions devront aussi présenter le précieux sésame sur leur lieu de travail. Le gouvernement princier a en effet décidé d’étendre l’usage du passe sanitaire à plusieurs secteurs d’activité, alors que la principauté fait face à la cinquième vague de l’épidémie de Covid-19. « L’objectif est d’enrayer la propagation du virus, afin de ne pas fermer les établissements », justifient les autorités dans un communiqué en date du 3 décembre 2021, précisant que « le passe sanitaire est un outil qui a démontré son efficacité pour protéger la population et maintenir l’activité économique indispensable à tous, en cette période de fêtes de fin d’année, tout particulièrement ».

Qui est concerné ?

Plusieurs professions sont concernées par cette extension du passe sanitaire, qui a fait l’objet d’une concertation avec les représentants des employeurs des grands secteurs d’activité (Fedem, AMAF, AIHM, UCAM, SBM…) ainsi qu’avec les syndicats de salariés (USM et F2SM), et les syndicats des jeux. Très concrètement, les personnels des bars, restaurants, hôtels, et salles de jeux seront soumis à la présentation du passe sanitaire. Mais aussi toutes les personnes travaillant dans des lieux ou événements imposant ledit passe à leurs visiteurs, spectateurs, clients ou participants. On pense notamment aux enceintes culturelles et sportives, telles que le Grimaldi Forum ou le stade Louis II. « Ce dispositif comprend également le personnel technique et administratif travaillant sur site, à l’exception des activités de livraison et des interventions d’urgence », indique par ailleurs le communiqué gouvernemental.

La validité des tests maintenue à 72 heures pour les pros

Tous ces professionnels devront donc présenter, à partir du 15 décembre 2021, la preuve d’un schéma vaccinal complet, ou, à défaut, un certificat de rétablissement du Covid-19 de plus de 11 jours, et de moins de 6 mois, ou un test PCR ou antigénique négatif de moins de 72 heures. Car, contrairement aux non-professionnels pour lesquels la validité des tests PCR et antigéniques ouvrant droit au passe sanitaire a été ramenée à 24 heures en raison du rebond épidémique, les salariés des secteurs concernés bénéficieront toujours d’une durée de validité de 72 heures. « Cette souplesse permettra ainsi de répondre aux impératifs professionnels, tout en assurant la sécurité sanitaire de tous », souligne le gouvernement monégasque, qui encourage vivement à la vaccination qu’il juge « essentielle pour limiter la circulation du virus ». À noter enfin que la validité du passe sanitaire, en dehors de Monaco, sera très prochainement conditionnée à une dose de rappel du vaccin.

Extension du passe sanitaire L’inquiétude des syndicats

© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

Cédrick Lanari, secrétaire général de la Fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM) « Laisser le moins de salariés possible au bord de la route »

« Il y a eu une grande écoute du gouvernement sur tous les différents questionnements. Il y a une inquiétude car les cas [de Covid-19 — NDLR] ont augmenté en principauté. Et donc, il y a une réaction du gouvernement qui est légitime et normale. Nous espérons qu’il n’y aura pas beaucoup de salariés qui seront mis sur le banc de touche, comme c’est le cas à l’hôpital. Au Centre hospitalier princesse Grace (CHPG), seize salariés [sur 2 700 salariés — NDLR] qui ne sont pas encore vaccinés se retrouvent aujourd’hui sans salaire (1). Nous avons une inquiétude parce que nous ne savons pas ce que vont devenir ces personnes. Et nous n’aimerions pas trop que cette situation s’étende à d’autres personnes. Laisser le moins de salariés possible au bord de la route, c’est le message que nous avons voulu faire passer. Pour éviter cela, le passe sanitaire a été maintenu à 72 heures pour les salariés, ce qui est une bonne chose car au départ, il était prévu que la durée de validité soit ramenée à 24 heures. Nous avions demandé à ce que le test PCR soit valable quatre jours parce qu’à la Société des Bains de Mer (SBM), ils tournent sur des cycles de quatre jours. Cela aurait permis de calquer la validité du test, mais rajouter 24 heures de validité, ce n’était pas possible pour le gouvernement. Nous espérons que cet arrêté ministériel ne sera pas prolongé au-delà du 31 janvier 2022. On nous a répondu que c’était juste pour passer les fêtes dans de bonnes conditions, du 15 décembre au 31 janvier 2022. Si c’est juste un mois et demi, « ça ira », mais nous ne voulons pas que ça aille plus loin. Enfin, nous avons émis une inquiétude concernant les salariés de la restauration qui est un secteur déjà en difficulté, car ils ont du mal à recruter. Nous espérons que ça ne leur fera pas défaut supplémentaire, car si les personnes ne vont pas travailler parce qu’elles n’ont pas le passe sanitaire, cela va faire un surcroît d’activité pour les autres. Et cela peut générer des tensions. »

© Photo USM

Olivier Cardot, secrétaire général de l’Union des syndicats de Monaco (USM) « Ni plus, ni moins qu’une obligation vaccinale déguisée »

« Nous prenons acte de cette décision gouvernementale qui a été prise unilatéralement, car ces mesures n’ont pas été négociées, mais imposées. Nous savons très bien que ce n’est ni plus, ni moins, qu’une obligation vaccinale déguisée. Le but est de faire vacciner les derniers récalcitrants de force, car le salarié qui voudra préserver son emploi devra se faire tester, au minimum tous les deux jours. Nous sommes depuis le début opposés au passe sanitaire, que nous jugeons liberticide. C’est la raison pour laquelle nous avions soutenu en septembre 2021 les manifestations organisées par un groupe populaire, créé sur Facebook. Nous constatons que notre prophétie s’est réalisée, puisque maintenant, l’extension du passe sanitaire s’applique également dans toutes les entreprises, et dans tous les établissements où il est exigé. Cette décision crée une certaine émotion au niveau de notre fédération et de nos syndicats. Nous avons d’ores et déjà des réunions de prévues, notamment avec les syndicats des hôtels, cafés, restaurants et cuisiniers-pâtissiers. Nous avons nous-mêmes une réunion de direction fédérale jeudi 9 décembre 2021. À partir de ce moment-là, nous établirons la position de l’USM. Plusieurs assemblées générales sont en train de se tenir dans les milieux hôteliers ainsi que dans les jeux. Pour le moment, il n’y a pas de position claire et tranchée sur ce sujet (1). J’ai averti le ministre d’État qu’il pouvait se heurter à des tensions sociales dans les établissements, mais aussi à des salariés qui se mettront en arrêt à partir du 15 décembre 2021 [jour de l’entrée en vigueur de la mesure — NDLR]. Nous savons très bien que dans certains établissements, notamment de la Société des Bains de Mer (SBM), il y a beaucoup de secteurs où le personnel fonctionne à flux tendu. S’il y a des arrêts maladie qui se déclarent dans ces secteurs, ça va être vraiment délicat, non seulement de gérer l’activité du secteur, mais aussi le personnel. L’inquiétude, c’est donc de savoir s’il y aura encore assez de personnel pour maintenir un service de qualité auprès d’une clientèle exigeante, et notamment à la SBM. Nous allons voir la réaction des salariés des secteurs concernés, qui vont décider soit d’instaurer un rapport de force pour essayer d’inverser la tendance, soit, peut-être, d’accepter ces mesures. A l’heure actuelle (1), nous ne savons pas ce qu’il va se passer dans les établissements. La décision sera prise jeudi [9 décembre 2021 — NDLR]. »

1) Cette interview a été réalisée le lundi 6 décembre 2021.

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