mardi 21 avril 2026
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Christian Cesario : « L’or n’est pas destiné à la spéculation à court terme »

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Christian Cesario, directeur général de CCM Finance, est spécialisé dans le négoce de l’or, dans la droite tradition familiale, depuis les années 1970. Alors que l’or bat des records en 2026, il met en garde sur la tentation de spéculer sur ce métal précieux et pas comme les autres. Propos recueillis par Clément Martinet

En mars 2026, l’or a atteint des records historiques, autour de 2 800 à 2 950 dollars l’once : sommes-nous dans une bulle, dans un super-cycle haussier durable ou dans une phase de consolidation ?

L’or a atteint des niveaux aussi élevés que 5 600 dollars l’once, et je suis fermement convaincu qu’il ne s’agit pas d’une bulle. Pendant de nombreuses années, l’or est resté relativement stagnant, et une forte hausse était attendue par rapport aux niveaux de l’année dernière, autour de 1 700 dollars l’once. Cela étant dit, après une telle progression rapide, un repli à court terme est probable, suivi d’une phase de consolidation. Actuellement, en raison des incertitudes géopolitiques, il est extrêmement difficile de faire des prévisions précises. Les taux d’intérêt resteront certainement l’un des facteurs clés influençant le prix.

« Tout dépend toujours de la quantité achetée et des objectifs de l’investisseur. Plus l’unité est petite, plus l’impact des coûts de fabrication sur le prix est élevé. Les pièces, par exemple, comportent généralement des primes plus importantes que les lingots de grande taille »

Pour un particulier qui souhaite acheter de l’or physique aujourd’hui, quel est le meilleur format en 2026 : lingots, pièces ou petits lingotins ?

Il n’existe pas de format « meilleur », qui serait universel. Tout dépend toujours de la quantité achetée et des objectifs de l’investisseur. Plus l’unité est petite, plus l’impact des coûts de fabrication sur le prix est élevé. Les pièces, par exemple, comportent généralement des primes plus importantes que les lingots de grande taille.

Où faut-il acheter aujourd’hui pour bénéficier du “spread” [l’écart de prix ou de taux — NDLR] le plus serré possible et comment vérifier l’authenticité sans tomber dans un piège ?

Je recommande toujours de choisir des entreprises qui ont une longue expérience et une solide réputation sur le marché. Il est essentiel qu’elles soient autorisées à négocier des lingots et qu’elles proposent des produits certifiés « Good delivery », c’est-à-dire portant des poinçons reconnus par la London Bullion Market Association (LBMA) (1).

Faut-il acheter au comptant, à crédit, via un contrat d’achat différé ou par le biais d’un compte métaux ? Quels sont les pièges fiscaux à éviter ?

Tous ces instruments sont des produits financiers et ils comportent donc un risque de contrepartie. La fiscalité, selon la juridiction, s’applique généralement sous forme de plus-values. L’or physique détenu directement ne peut pas être comparé à des instruments financiers. Nous considérons que l’or n’est pas un actif spéculatif, mais une forme solide de monnaie.

« La fiscalité, selon la juridiction, s’applique généralement sous forme de plus-values. L’or physique détenu directement ne peut pas être comparé à des instruments financiers. Nous considérons que l’or n’est pas un actif spéculatif, mais une forme solide de monnaie »

Quand faut-il réellement vendre de l’or ?

Jamais.

Quel est le classement réel des endroits où l’on revend le mieux en Europe aujourd’hui ?

Les “spreads” sont généralement très similaires chez toutes les sociétés autorisées qui traitent des lingots certifiés LBMA.

Quelle est la perte de marge réelle qu’un particulier subit lors de la revente ?

Cela dépend de la quantité, du format et de la devise contre laquelle l’or est vendu, mais la perte de marge tourne généralement autour de 4 à 5 %.

Faut-il faire fondre les pièces ou les revendre intactes, les nettoyer ou les laisser dans leur état d’origine ?

Les pièces doivent toujours être vendues telles quelles. Si elles n’ont pas de valeur numismatique, elles sont traitées uniquement sur la base de leur teneur en or, ce qui signifie qu’une grande partie de la prime de fabrication payée à l’achat est perdue.

Comment négocier efficacement avec un acheteur professionnel ?

En réalité, il y a très peu de marge de négociation avec les acheteurs professionnels, car les prix sont étroitement liés aux cours internationaux. L’approche la plus efficace consiste à comparer les offres de plusieurs négociants réputés et à jouer sur la concurrence, plutôt que sur des tactiques de négociation.

Quelles sont les erreurs les plus courantes qui font perdre plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros, lors d’une revente ?

Le timing est l’erreur la plus fréquente. L’or n’est pas destiné à la spéculation à court terme. Quand on achète de l’or, il faut être prêt à le conserver sur une longue période, sans urgence de vendre.

Comment sécuriser physiquement et juridiquement son or physique, sans dépenser une fortune en assurance ou en coffre bancaire ?

Il existe de nombreux services de coffres privés. Je recommande de choisir des juridictions réputées pour leur haut niveau de sécurité et leur stabilité politique.

Faut-il diversifier entre or physique, or papier et actions minières ?

L’or physique est une forme de monnaie. Tout le reste – Exchange-Traded Fund (ETF) (2), certificats, futures, actions minières – sont des instruments financiers qui suivent le prix de l’or. Ils sont fondamentalement différents. Si un investisseur veut spéculer, il existe des actifs bien plus efficaces. S’il choisit de spéculer sur l’or, je ne recommande pas de le faire via de l’or physique.

Si vous ne deviez donner qu’un seul conseil à quelqu’un qui possède déjà de l’or et qui hésite à vendre en ce moment, quel serait-il ?

En ce moment, il est très difficile de faire des prévisions fiables.

Dans quel scénario voyez-vous l’or baisser fortement en 2026-2027, et dans quel scénario le voyez-vous monter vers 3 500-4 000 dollars ?

D’ici la fin 2026, le prix pourrait être supérieur aux niveaux actuels.

1) Créée en 1987, la London Bullion Market Association (LBMA) structure le marché londonien des métaux précieux. Créée à l’initiative des grandes banques et négociants, avec le soutien de la Bank of England, elle établit des normes internationales pour l’or et l’argent.

2) Un “exchange-traded fund” (ETF), ou “tracker”, est un fonds d’investissement coté en continu en Bourse qui reproduit la performance d’un indice de référence, comme le CAC 40. Il permet d’accéder, en une seule transaction, à un ensemble d’actions ou d’obligations, qui offrent diversification, transparence et frais généralement réduits.

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