Cette fois, la France a choisi d’accélérer. Le 26 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté une loi interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans et encadrant plus strictement l’usage des téléphones portables dans les lycées. Inspiré notamment par un rapport parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok, ce texte entend répondre à une inquiétude grandissante : exposition précoce aux contenus violents ou sexualisés, cyberharcèlement, désinformation, troubles du sommeil, altération de l’estime de soi… Soutenue par le président Emmanuel Macron, la mesure a recueilli un large assentiment politique, tous bords confondus. Cependant, le dispositif français s’inscrit dans un cadre contraint. En effet, en vertu du droit européen, un État ne peut imposer seul aux plateformes numériques, comme Instagram ou TikTok par exemple, des obligations techniques excédant le périmètre fixé par le Digital Services Act [le règlement sur les services numériques — NDLR]. La loi française prévoit donc un renforcement des mécanismes de vérification de l’âge, tout en limitant certaines fonctionnalités dites « sociales » dans les messageries et les jeux en ligne. Quant aux sanctions, elles relèvent de la Commission européenne. L’entrée en vigueur de cette nouvelle loi est envisagée en France à la rentrée 2026, avec un calendrier progressif pour la mise en conformité des plateformes d’ici janvier 2027. En Principauté, la réflexion est identique, mais la méthode diffère, comme le montre le dossier spécial que Monaco Hebdo vous propose cette semaine. Pour le moment, une interdiction générale des réseaux sociaux avant 15 ans n’est pas à l’ordre du jour. En revanche, l’exécutif a agi sur le temps scolaire : depuis septembre 2025, l’usage du téléphone portable est interdit du CM2 à la terminale dans les établissements publics. Les élèves doivent déposer leurs appareils dans une pochette magnétique qui neutralise la connectivité pendant les cours. Selon le département de l’intérieur monégasque, les premiers bilans feraient état d’une amélioration de la concentration et d’une diminution des incidents liés au cyberharcèlement. Sur le fond, les autorités monégasques partagent le diagnostic formulé en France. Les alertes récentes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) sur les 11-17 ans (1) ont conforté l’idée d’un risque avéré pour la santé mentale et le sommeil. Mais le gouvernement princier privilégie une « approche globale, progressive et équilibrée », combinant encadrement, prévention et éducation. En Principauté, l’éducation aux médias et à l’information est intégrée dans les programmes, de l’école au BTS, avec des projets concrets destinés à développer l’esprit critique. Des outils comme FantomApp, promu en France par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), sont à l’étude pour accompagner les familles. Autre élément à prendre en compte : la Principauté a ratifié la convention internationale des droits de l’enfant le 21 juin 1993. Celle-ci garantit la liberté d’expression et l’accès à l’information, y compris en ligne. Toute restriction doit donc être proportionnée et motivée, comme c’est le cas en France, qui a entériné cette convention le 7 août 1990. L’équation monégasque comporte aussi une dimension politique spécifique. Si Monaco n’est pas membre de l’Union européenne (UE), le gouvernement a affirmé à Monaco Hebdo s’aligner sur les standards européens en matière de responsabilité des plateformes numériques. Entre interdiction ciblée et pédagogie renforcée, la comparaison met en lumière deux rythmes et deux leviers d’action différents. La France privilégie un signal normatif fort, à l’échelle nationale. De son côté, Monaco avance par ajustements successifs, en misant sur l’école comme espace de régulation concrète. Dans les deux pays, la question demeure identique, et elle n’est pas simple : comment protéger sans priver, encadrer sans exclure, dans un environnement numérique devenu structurant pour la socialisation des adolescents ? Le débat reste ouvert.
1) Publié en décembre 2025, le rapport de l’Anses qui évalue les risques pour la santé des adolescents (11-17 ans) liés à l’usage des réseaux sociaux « Usages des réseaux sociaux numériques et santé des adolescents » est à lire par ici : www.anses.fr/fr/content/securiser-les-usages-des-reseaux-sociaux-pour-proteger-la-sante-des-adolescents.




