mardi 28 avril 2026
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SBM : près de 900 millions d’euros de résultat net, grâce à BetClic

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L’exercice 2022-2023 de la Société des bains de mer restera dans les livres d’histoire. Dopé par BetClic Everest Group, il frôle les 900 millions d’euros, contre un profit de 76,4 millions d’euros en 2021-2022.

« Je dois présenter ces excellents résultats en étant très modeste. Ces résultats sont très peu les miens. Pour cet exercice 2022-2023, dix mois sur douze sont à mettre à l’actif de mon prédécesseur, Jean-Luc Biamonti. » C’est par ces mots que le président-délégué de la Société des bains de mer (SBM), Stéphane Valeri, a débuté sa conférence de presse, le 1er juin 2023. Venu présenter, pour la première fois depuis son arrivée à la tête de ce groupe le 24 janvier 2023, les chiffres de son entreprise pour l’exercice 2022-2023, il avait le sourire. Et il pouvait l’avoir, car les résultats sont « historiques », comme il l’a souligné, en lançant un « je suis un président-délégué très heureux ». Comme l’avait prévu son prédécesseur Jean-Luc Biamonti [à ce sujet, lire notre article SBM : vers un exercice 2022-2023 record ?], entre le 1er avril 2022 et le 31 mars 2023, la SBM et ses filiales ont progressé sur chacune de leurs activités. Le chiffre d’affaires est passé de 530,5 millions d’euros en 2021-2022, à 667 millions pour l’exercice qui a pris fin le 31 mars 2023, soit une hausse de 26 %. Tous les secteurs d’activité de la SBM et de ses filiales ont enregistré une croissance. Cet exercice a été marqué par la fin des restrictions liées à la pandémie de Covid-19, ce qui a permis l’exploitation normale de l’ensemble des établissements du groupe SBM. Très logiquement, le chiffre d’affaires et le résultat net sont à la hausse.

Source : documents boursiers SBM.

Le résultat opérationnel de la SBM, qui mesure la performance réelle de cette entreprise, s’est soldé par un bénéfice de 72,2 millions d’euros, contre un profit opérationnel de 35,4 millions d’euros en 2021-2022

Revenge travel

Dans le détail, le secteur des jeux a enregistré un chiffre d’affaires de 215,4 millions d’euros, contre 200,8 millions lors de l’exercice précédent. Cette progression de 7 % s’explique essentiellement par la hausse du chiffre d’affaires de 8 millions des jeux de table du casino de Monte-Carlo. Pour les appareils de jeux automatiques, même si les mises ont augmenté, le résultat est en diminution, « car des clients ont gagné plus que d’habitude », a expliqué Stéphane Valeri. La plus forte progression est à chercher du côté de l’hôtellerie et de la restauration : 325,1 millions d’euros contre 213,3 millions d’euros en 2021-2022 (+ 52 %). Un chiffre qu’il faut en partie relativiser, car le premier trimestre de l’exercice précédent a été touché par le Covid-19, les restrictions sanitaires, et notamment les limitations de voyages et de déplacements. De plus, certains établissements de la SBM ont connu des fermetures temporaires. « Le “revenge travel”, c’est-à-dire la volonté post-Covid de profiter davantage de la vie, de compenser les limitations subies pendant la pandémie, est un phénomène mondial, dont nous avons aussi profité à Monaco », a estimé Stéphane Valeri. Enfin, le secteur locatif de la SBM, dont l’offre est construite autour de boutiques, de commerces, de bureaux, et des résidences hôtelières du Monte-Carlo Bay, du Balmoral, des villas du Sporting d’été, et des appartements du One Monte-Carlo, affiche un chiffre d’affaires de 124,8 millions d’euros, contre 117,6 millions d’euros sur l’exercice précédent (+ 6 %). « Cette hausse résulte principalement de la mise en location progressive des derniers espaces au One Monte-Carlo, ainsi que de l’application contractuelle des indexations de loyers sur des indices qui sont un peu supérieurs à ceux de l’inflation », a expliqué le président-délégué de la SBM.

Stéphane Valeri Monte-Carlo Société des Bains de Mer
« On ne s’interdit pas, par le biais d’une “joint venture” commune, de créer dans les deux, trois, ou quatre prochaines années un casino au Moyen-Orient, au Japon, ou en Asie, avec nos ami de Galaxy. » Stéphane Valeri. Président-délégué de la SBM. © Photo Monte-Carlo Société des Bains de Mer

« Ce profit de 813,5 millions d’euros est vraiment exceptionnel, car on ne vendra pas deux fois BEG. Ce qui fait que le résultat net consolidé est à 896,2 millions, contre 76,4 millions l’an passé. Mais le chiffre qui reflète vraiment la réalité économique de la SBM, c’est le résultat opérationnel, qui est donc de 72,2 millions. Il faut bien distinguer la réalité économique de la dimension financière »

Stéphane Valeri. Président-délégué de la SBM

BEG

Le résultat opérationnel de la SBM, qui mesure la performance réelle de cette entreprise, s’est soldé par un bénéfice de 72,2 millions d’euros, contre un profit opérationnel de 35,4 millions d’euros en 2021-2022. C’est 36,8 millions de mieux que précédemment. Mais c’est sur le plan financier que la SBM a fait un gros coup. Depuis 2009, SBM détenait en effet une participation à 50-50 avec l’homme d’affaires français Stéphane Courbit dans le groupe de jeux en ligne BetClic Everest Group (BEG). Si les débuts ont été très difficiles [à ce sujet, lire notre dossier spécial Jeux en ligne : tout le monde perd], 14 ans après, la SBM en retire les bénéfices. Et ils sont colossaux. On se souvient que, le 30 juin 2022, la filiale de la SBM, Monte-Carlo SBM International, a vendu sa participation de 47,30 % dans BetClic à une nouvelle entité, FL Entertainment, un leader mondial du divertissement. FL Entertainment est divisé en deux filiales : la société de production Banijay, propriété de Stéphane Courbit, et BetClic. Résultat de l’opération : la SBM a mis la main sur beaucoup d’argent, ainsi que sur des actions de FL Entertainment. « L’opération valorise la quote-part du capital de BetClic Everest Group (BEG) détenue par SBM International à 850 millions d’euros, à comparer avec son investissement financier initial de 140 millions d’euros en 2009 […]. On a porté notre participation à 850 millions : on a pris 425 millions en cash, et 425 millions en actions, soit 10,39 % de la nouvelle entité. On sera libre de vendre ces actions dans un délai de 18 mois », avait expliqué Jean-Luc Biamonti en mai 2022. Cette opération financière a donc été conclue, et elle change tout. Mais bien sûr, de façon très ponctuelle, comme l’a souligné Stéphane Valeri : « Ce profit de 813,5 millions d’euros est vraiment exceptionnel, car on ne vendra pas deux fois BEG. Ce qui fait que le résultat net consolidé est à 896,2 millions, contre 76,4 millions l’an passé. Mais le chiffre qui reflète vraiment la réalité économique de la SBM, c’est le résultat opérationnel, qui est donc de 72,2 millions. Il faut bien distinguer la réalité économique de la dimension financière. »

Stéphane Valeri Monte-Carlo Société des Bains de Mer
© Photo Monte-Carlo Société des Bains de Mer

« Le “revenge travel”, c’est-à-dire la volonté post-Covid de profiter davantage de la vie, de compenser les limitations subies pendant la pandémie, est un phénomène mondial, dont nous avons aussi profité à Monaco »

Stéphane Valeri. Président-délégué de la SBM

International

A quoi va servir cette rentrée d’argent exceptionnelle ? Elle sera réinvestie à travers SBM International, une filiale de la SBM, pour financer des nouveaux relais de croissance à l’étranger. Notamment à travers l’achat, ou la création, d’établissements hôteliers, de restaurants, et de casinos. « Notre priorité absolue, c’est acquérir un hôtel de prestige dans les Alpes du Nord. Nous y travaillons beaucoup. D’ici la fin du mois de juin 2023, on pourra sans doute commencer à donner des informations plus précises. Car, pour le moment, nous sommes tenus à la confidentialité. Le vendeur ne souhaite pas que l’on communique son nom, si l’opération ne se réalise pas », a glissé le président-délégué de la SBM. Le Monégasque Pascal Camia, avec sa nouvelle fonction de directeur du développement international, est chargé d’étudier « beaucoup de projets », a révélé Stéphane Valeri : « Depuis que l’on a annoncé que l’une de nos priorités, c’était de nous développer à l’international, si je vous dis que je reçois une proposition de vente par jour, je suis un peu en dessous de la réalité… Ça va de “deal” au large de la Floride, en passant par des établissements hôteliers et des restaurants dans le monde entier. Mais il ne faut pas qu’on se disperse trop. Notre priorité, c’est un hôtel de prestige dans les Alpes du Nord. On ne va pas non plus passer de zéro acquisition dans l’histoire de l’entreprise à cinq acquisitions dans l’année. Pour la première année, si on achète cet hôtel et un restaurant, par exemple, ça sera déjà bien. » Le projet d’achat d’un casino à Londres est toujours dans les cartons, a confirmé le président-délégué de la SBM, qui n’a pas oublié l’opportunité qui s’est présentée en octobre 2021. En séance publique au Conseil national, dans la soirée du 7 octobre 2021, les élus avaient fait part de leur incompréhension, tout en évoquant des « dysfonctionnements ». Pour leur répondre, le ministre d’État, Pierre Dartout, avait assuré que « cette possibilité a fait l’objet d’un examen attentif. Tel que partagé avec le Conseil national en commission tripartite, cette acquisition incluait d’autres établissements de jeux situés au Royaume-Uni et en Égypte. Leur reprise impliquait un investissement important de modernisation, ainsi que des discussions avec les syndicats. De plus, le contexte n’était plus le même qu’en août 2019, puisque la SBM venait à peine de boucler un plan de sauvegarde de l’emploi. Bien sûr, des divergences d’appréciation peuvent être relevées autour de cette décision. Mais elles ne peuvent être qualifiées de « dysfonctionnements ». Et la SBM demeure attentive à toute nouvelle opportunité de développement à l’international. »

Stéphane Valeri Monte-Carlo Société des Bains de Mer
© Photo Monte-Carlo Société des Bains de Mer

« Depuis que l’on a annoncé que l’une de nos priorités, c’était de nous développer à l’international, si je vous dis que je reçois une proposition de vente par jour, je suis un peu en dessous de la réalité… Ça va de “deal” au large de la Floride, en passant par des établissements hôteliers et des restaurants dans le monde entier. Mais il ne faut pas qu’on se disperse trop. Notre priorité, c’est un hôtel de prestige dans les Alpes du Nord »

Stéphane Valeri. Président-délégué de la SBM

Une prime de 2 000 euros

Immanquablement, avec l’ancien président du Conseil national dans le fauteuil du président-délégué de la SBM, ce sujet a refait surface : « Je ne renonce pas à cette idée. Encore faudrait-il qu’il y ait, un jour, une opportunité de pouvoir postuler pour acheter un casino à Londres. C’est une place très importante pour nous et pour les jeux. Londres, c’est la porte d’entrée de la clientèle asiatique en Europe, mais aussi de la clientèle du Moyen-Orient. On est convaincu qu’avoir une porte d’entrée à Londres serait extrêmement profitable pour l’arrivée de clients à Monaco. Nous avons aussi des projets avec nos amis chinois. On ne s’interdit pas, par le biais d’une “joint venture” commune, de créer dans les deux, trois, ou quatre prochaines années un casino au Moyen-Orient, au Japon, ou en Asie, avec nos amis de Galaxy. » Ces bons résultats permettent aussi d’augmenter l’intéressement, qui est versé une fois par an à la quasi-totalité des salariés de la SBM, « qui sont près de 4 000 pendant l’hiver, et près de 5 000 pendant l’été », a précisé Stéphane Valeri. Après avoir touché une prime d’environ 1 000 euros pour l’exercice 2021-2022, et comme la SBM a doublé son résultat opérationnel, les salariés percevront un bonus d’environ 2 000 euros. A l’exception d’une quinzaine de dirigeants de la SBM, dont les 9 du comité exécutif, la quasi-totalité des salariés toucheront cette prime en octobre 2023. Mettant en avant son attachement au « modèle social de la SBM », le président-délégué de la SBM a rappelé que tous les trois mois, les salaires sont automatiquement alignés sur l’inflation, « ce qui est particulièrement apprécié en cette période de forte inflation ». Du côté des actionnaires, un total de 24,5 millions d’euros a été versé en octobre 2022 pour l’exercice précédent, l’exercice 2021-2022, ce qui correspond à un euro par action. Le montant des dividendes correspondant aux résultats 2022-2023 sera proposé par le conseil d’administration, et ratifié par l’assemblée générale des actionnaires, qui se déroulera au mois de septembre 2023.

« La SBM appliquera avec la plus stricte rigueur les règles internationales, mais elle ne s’interdit pas d’avoir encore des clients asiatiques, du Moyen-Orient, ou de l’Europe de l’Est. Sinon, on tomberait dans l’excès inverse, de discrimnation par la nationalité. Et ce n’est pas un principe acceptable »

Stéphane Valeri. Président-délégué de la SBM

Moneyval, Ukraine

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022, plusieurs millions de réfugiés ont fui leur pays. Les Nations Unies estiment que près de 8 millions de personnes seraient désormais disséminées en Europe. Au sein de cet énorme mouvement de population, des oligarques ukrainiens, qualifiés de « bataillon de Monaco », se sont réfugiés sur la Côte d’Azur. « On ne voit pas tellement pourquoi ça s’appelle le « bataillon Monaco », avait protesté le ministre d’Etat Pierre Dartout le 16 septembre 2022 [à ce sujet, lire notre article Inflation, pouvoir d’achat, énergie… Que prévoit le gouvernement ?]. Car finalement, « vraisemblablement, il y a un nombre très limité de personnes visées qui sont résidentes à Monaco. Ce n’est donc pas drôle et ce n’est pas vrai. L’appellation me paraît excessive. Elle n’est ni bien choisie, ni justifiée. » D’après l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee), à Monaco, avec 749 résidents, la communauté russe est la 8ème nationalité présente sur son territoire. Depuis la publication par l’Union européenne (UE) d’une liste de personnalités russes sanctionnées par un gel de leurs avoirs en février 2022, les autorités monégasques procèdent à des vérifications bancaires. Dans ce contexte tendu, le 23 janvier 2023, Moneyval, le comité d’experts du Conseil de l’Europe sur l’évaluation des mesures de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, a placé Monaco en procédure de « suivi renforcé ». Pour en sortir, Monaco a jusqu’au mois de mars 2024 pour se mettre à jour [à ce sujet, lire notre article Moneyval — « Bénéficiaires effectifs » : le gouvernement lance un appel]. Interrogé sur les contrôles réalisés dans les casinos de la principauté, Stéphane Valeri a assuré que « depuis toujours, le casino est particulièrement surveillé. C’est normal. Notamment par les services monégasques du Service d’information et de contrôle sur les circuits financiers (Siccfin). Depuis le 25 avril 2023, nous avons trois inspecteurs. Toutes les portes des casinos sont ouvertes. La SBM est exemplaire. Quand je regarde ce qu’il se passe dans la “compliance” [la conformité — NDLR], il n’y a pas un autre casino en Europe qui a autant de personnes consacrées à ces tâches. De plus, nous avons des systèmes très performants d’analyse de la provenance de nos clients, et de leur réputation. Tout est fait pour donner les garanties absolues que tout l’argent qui est joué sur les tables de jeu des casinos provient de revenus parfaitement légaux, validés par des banques de renommée mondiale. Depuis des années, on ne peut pas amener plus de 1999 euros en cash dans nos casinos. Toutes les sommes qui arrivent sont épluchées par nos services “compliance” ».

Le projet d’achat d’un casino à Londres est toujours dans les cartons, a confirmé le président-délégué de la SBM, qui n’a pas oublié l’opportunité qui s’est présentée en octobre 2021

« Discrimination »

Mais il faut aussi agir avec discernement, a estimé le président-délégué de la SBM : « Comme l’a dit le prince Albert II dans son discours d’investiture le 12 juillet 2005, il faut concilier la finance et la morale. Donc Monaco se doit d’être aux plus hauts niveaux des standards internationaux de lutte contre le blanchiment et l’argent sale. Mais il ne faut pas tomber dans la discrimination, qui est aussi un principe important, notamment par rapport à la convention européenne des droits de l’homme. Ce n’est pas parce que l’on n’a pas la nationalité d’un pays de l’Union européenne (UE) que l’on est forcément un voyou ou un mafieux. Nous avons des clients qui viennent d’Asie, du Moyen-Orient, des clients qui viennent de pays situés à l’Est de l’Allemagne, et qui sont pour autant des hommes d’affaires parfaitement honnêtes. La SBM appliquera avec la plus stricte rigueur les règles internationales, mais elle ne s’interdit pas d’avoir encore des clients asiatiques, du Moyen-Orient, ou de l’Europe de l’Est. Sinon, on tomberait dans l’excès inverse, de discrimnation par la nationalité. Et ce n’est pas un principe acceptable. » Si la guerre en Ukraine et le rapport de Moneyval mettent une pression supplémentaire, Stéphane Valeri a assuré que son entreprise travaille de toute façon sur le contrôle de ses clients depuis longtemps : « Il y a une tendance très forte, et elle est nécessaire, à un renforcement toujours plus grand et à des précautions toujours plus grandes prises par rapport à l’argent qui est joué au casino. Avant moi, le président-délégué précédent, Jean-Luc Biamonti, a créé un comité d’accréditation des clients. Ça fait toujours mal à une entreprise commerciale, mais quand nous n’avons pas les garanties souhaitables, nous refusons des clients. Par exemple, le dernier comité d’accréditation, validé par le conseil d’administration du 31 mai 2023, a refusé deux clients, parce que nous n’avions pas les garanties nécessaires sur la provenance de leurs fonds. »

Avenir

Comme il l’a indiqué au mois de mai 2023, à court terme, l’objectif de la SBM n’a pas changé : pour 2023-2024, il s’agit de faire « aussi bien » que l’exceptionnelle année qui vient de s’achever, et donc atteindre environ 70 millions d’euros de résultat opérationnel. Depuis le 1er mai 2023, l’activité de la SBM se situe « dans la continuité de l’exercice qui s’achève, en tout cas pour l’hôtellerie-restauration et pour l’immobilier » a avancé Stéphane Valeri, confirmant au passage que le phénomène de “revenge travel” était toujours là. Sans pouvoir communiquer de chiffres précis, car la SBM est cotée en Bourse, il a indiqué que, pour le moment, dans le secteur immobilier, la tendance est aussi positive. Les bureaux, les commerces, et les appartements sont quasiment tous loués. « Ces secteurs sont en légère progression par rapport à l’année exceptionnelle qui s’achève », a ajouté le président-délégué de la SBM. Le volume de jeux est aussi en progression. « En revanche, le résultat net pour le casino est en recul, parce que les clients ont beaucoup plus gagné que la moyenne. Mais sur un an, si le volume de jeux continue de progresser, on devrait retrouver des résultats conformes à ceux de l’an dernier. Ils étaient très bons, avec une hausse de 7 % des jeux de table », a commenté Stéphane Valeri. Quant au Grand Prix 2023, il a été qualifié d’« exceptionnel » parce que « le résultat global est au niveau de l’année exceptionnelle de l’an dernier. On fait un peu mieux que l’an dernier sur l’hôtellerie et la restauration, et un peu moins bien sur les gains du casino, même si le volume de jeux est toujours très important. » A long terme, Stéphane Valeri a indiqué que le nouveau directeur général de la SBM, le Monégasque Albert Manzone, travaille sur le potentiel de développement des jeux de casinos en ligne. « En France, une proposition de loi d’un député Modem, qui fait partie de la majorité présidentielle, légaliserait les jeux de casinos en France à partir de 2030. Ce n’est qu’une proposition de loi, mais nous sommes extrêmement attentifs, car si un jour, les jeux de casinos en ligne étaient autorisés, la SBM se devrait d’être présente, d’une manière ou d’une autre », a estimé le président-délégué de la SBM. Avant d’ajouter : « Quand on fait un sondage dans le monde, et que l’on demande de citer trois casinos, Monaco en fait partie, avec Las Vegas et Macao. Nous sommes la référence des jeux en Europe. Monte-Carlo SBM et casinos de Monte-Carlo sont des marques iconiques. Il est donc évident que cette marque devra être présente, si les jeux de casinos en ligne sont légalisés. Mais on parle d’un horizon à sept ans. Donc nous avons le temps de nous y préparer. »

Surélévation de l’Aigue Marine

En ce qui concerne les différents chantiers engagés par la SBM, les plus importants devraient se terminer d’ici la fin de l’année 2023. Le plus gros chantier toujours en cours reste celui du bâtiment du Café de Paris, avec une ouverture fin octobre 2023. Les commerces intégrés dans ce projet seront livrés progressivement. « Ceux qui sont sur la façade face à l’hôtel de Paris seront disponibles en octobre ou en novembre 2023. Ceux qui sont derrière, notamment dans l’allée François Blanc et à côte de l’entrée du Moods, seront prêts pour le printemps 2024, en même temps que l’ouverture du restaurant Amazonico », a précisé Stéphane Valeri. Du côté de l’allée François Blanc, « des discussions très avancées » ont lieu avec des marques de prêt-à-porter, afin de boucler l’offre commerciale sur ce secteur. Toujours au rayon des chantiers de forte envergure, la surélévation de l’Aigue Marine, qui est l’immeuble où est installé le siège de la SBM, et qui abrite environ 400 salariés, a été évoquée. Propriétaire d’un tiers de ce bâtiment, la SBM a lancé une surélévation de deux étages, qui se déroule sous sa maîtrise d’ouvrage. Les travaux devraient prendre fin d’ici la fin de l’année 2023. « Deux plateaux de 900 m2 seront ensuite disponibles à la location en janvier 2024 à destination d’entreprises désireuses de s’installer à l’Aigue Marine, car nos effectifs étant logés dans les étages actuels, nous n’avons pas besoin d’utiliser ces deux étages supplémentaires », a glissé le président-délégué de la SBM. Les travaux lancés au Maona, un restaurant « festif » installé avant l’entrée du Monte-Carlo Beach dont l’offre est construite autour d’une cuisine méditerranéenne et d’artistes qui se produisent en direct, ont bien avancé. Ce restaurant ouvrira le 1er juillet 2023. Dans le cadre de l’entretien des différents hôtels de la SBM, une rénovation progressive de l’hôtel Hermitage et du Monte-Carlo Bay se dérouleront sur le prochain exercice. Enfin, le Moods, un club de musique ouvert en 2009 et fermé le 30 avril 2011, devrait rouvrir ses portes au printemps 2024 [à ce sujet, lire notre encadré, par ailleurs — NDLR]. Au menu, toujours de la musique, mais aussi de l’humour, avec un Comedy Club assuré par Hassan de Monaco et le producteur Salim Zeghdar. Enfin, la cuisine a été confiée au chef deux étoiles Michelin du Blue Bay, Marcel Ravin.

« Ebauches d’idées »

Questionné au sujet de sa vision du bord de mer du Larvotto, sur lequel sont implantés des hôtels de la SBM, Stéphane Valeri est revenu sur ses propos, tenus lors de sa toute première conférence de presse, le 12 mai 2023. Concernant l’hôtel Méridien, les murs et le terrain appartiennent à l’Etat monégasque. Jusqu’en 2026, la SBM est locataire, et l’exploitation de cet hôtel a été confiée au Méridien. Au-delà, il y aura un appel d’offres auquel la SBM prendra part. Stéphane Valeri avait alors évoqué son désir de détruire le bâtiment actuel pour en faire un complexe hôtelier et balnéaire de luxe, quatre ou cinq étoiles [à ce sujet, lire notre article Les ambitions de Stéphane Valeri pour la SBM]. Il a profité de ce moment avec les journalistes pour préciser sa pensée : « Si modifier le bord de mer du Larvotto était facile, ça fait déjà quelques années que, notamment le Méridien, aurait été refait », a-t-il commencé. Avant de poursuivre : « Je défends les intérêts de la SBM. Je suis là pour ça. Je me dois de porter la candidature de cette belle entreprise. Je suis dans mon rôle. On a le savoir-faire, on a la compétence pour postuler, et pour être l’entreprise qui pourrait reconstruire et exploiter le futur Méridien. Mais, comme je l’ai déjà dit, nous ne sommes pas décisionnaires. Le terrain appartient à l’Etat monégasque. Donc c’est l’Etat qui décidera de retenir, ou pas, le projet que présentera, le moment venu, la SBM. Tout ceci ce sont des phrases et des ébauches d’idées. Actuellement, il n’y a pas de projet préparé. C’est beaucoup trop tôt pour le Méridien. Nous n’avons pas travaillé sur un « projet Méridien ». Et encore moins sur ce qu’il y aura après, sur la presqu’île. Pour le moment, ce ne sont que des ébauches d’idées. »

Treize ans après, le Moods est de retour, avec un Comedy Club et Hassan de Monaco

La réouverture du Moods, a de nouveau été évoquée. Trois ans après son ouverture, le directeur général de la SBM de l’époque, Bernard Lambert, avait annoncé sa fermeture définitive en 2011, pour le remplacer par un Jimmy’z Winter Club. Pour protester contre cette décision, des pétitions avaient été lancées, notamment par le batteur de jazz André Ceccarelli ou par le guitariste anglais John McLaughlin, entre autres. Mais elles étaient restées lettre morte [à ce sujet, lire notre article Moods : le « non » à la disparition des concerts], et le Moods a définitivement fermé ses portes le 30 avril 2011. C’est en tout cas ce que l’on pouvait croire. Le 1er juin 2023, lors d’une conférence de presse, le président-délégué de la SBM, Stéphane Valeri, a confirmé sa volonté de rouvrir le Moods. Des travaux sont donc lancés et le New Moods ouvrira au printemps 2024. « Le conseil d’administration a donné son feu vert. Les travaux ne se verront pas, puisqu’ils se dérouleront à l’intérieur de cette grande salle », a indiqué Stéphane Valeri. Si la décoration sera donc entièrement revue, la cuisine a été confiée au chef du Blue Bay, doublement étoilé au Michelin, Marcel Ravin [à ce sujet, lire son interview Marcel Ravin : « Les étoiles Michelin appartiennent d’abord aux clients »]. Sur scène, Stéphane Valeri a promis de la musique “live”, mais aussi davantage de comédie et d’humour. Pour cela, c’est le producteur Salim Zeghdar et l’humoriste de la principauté Hassan de Monaco [à ce sujet, lire son interview Hassan de Monaco : « L’humour est cyclique »], qui ont été choisis. « J’ai joué dans des comedy club un peu partout : au Kings of Comedy Club en Belgique, en Suisse, à Paris… Or, dans la région, il n’y a pas vraiment de clubs qui font venir des artistes très talentueux. Alors, j’ai eu envie d’essayer. Je suis donc allé frapper à la porte du patron de Monaco Live Productions, Salim Zeghdar, qui me fait confiance depuis mes débuts », expliquait Hassan de Monaco à Monaco Hebdo, en mars 2020. A l’époque, il expliquait vouloir réunir trois humoristes, une fois par mois, le jeudi, au Star Deck, au dessus du Stars’n’Bars. Chacun devait alors se partager la scène pendant 20 minutes. « A Monaco, nous devons rassembler nos forces, et non pas les diviser. C’est une très belle opportunité. Ils cherchent depuis un certain temps un lieu. Et nous, nous cherchons de beaux spectacles vivants. Nous étions donc faits pour nous rencontrer. Salim Zeghdar nous apportera son soutien pour que le Moods accueille ce Comedy Club », a conclu Stéphane Valeri.

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