lundi 9 mars 2026
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Incendie de Crans-Montana — Stéphane Valeri : « Chez nous, un feu ne pourrait pas se propager à cette vitesse »

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A l’occasion de ses vœux à la presse, le président-délégué de la Société des bains de mer (SBM), Stéphane Valeri, a réagi au drame de Crans-Montana, qui a fait 40 morts et plus d’une centaine de blessés dans la nuit du 1er janvier 2026.


En fin de matinée, le 7 janvier 2026, la cérémonie des vœux du président-délégué de la Société des bains de mer (SBM), Stéphane Valeri, a été l’occasion d’évoquer le drame survenu dans la nuit du 1er janvier 2026 dans le bar Le Constellation à Crans-Montana (Suisse). Vers 1 h 30, un incendie s’est déclaré. Il aurait été déclenché par des bougies festives accrochées à des bouteilles de champagne qui auraient mis le feu à des matériaux isolants du plafond. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 13 janvier 2026, le bilan était de 40 morts, dont plusieurs mineurs, et de 116 blessés d’une vingtaine de nationalités, notamment des Suisses, des Français et des Italiens. Au-delà de ces bougies étincelantes, c’est le non-respect de multiples règles de sécurité qui serait à l’origine de ce bilan particulièrement lourd.

1931

Ce sinistre et l’ampleur de ses conséquences ont poussé Stéphane Valeri à réagir : « J’ai immédiatement consulté nos services, et notamment notre service « sécurité incendie », qui doit être le plus grand dans le secteur privé à Monaco. Nous avons 120 collaborateurs uniquement dédiés à la sécurité incendie dans nos établissements, ainsi que six postes de contrôle « sécurité incendie ». J’ai demandé un point très précis, en particulier sur nos établissements de nuit. » Du côté de la SBM, les dispositifs pyrotechniques c’est fini, ou alors, leur utilisation est très encadrée, a assuré ce dirigeant : « Depuis longtemps, nous avons remplacé les feux de bengale par des LED. Dans les établissements de nuit de la SBM, il n’y a donc plus de feux de bengale. Ou alors à titre très exceptionnel, une ou deux fois dans l’année, quand c’est absolument indispensable et demandé. Cela se déroule alors toujours avec l’accord du gouvernement princier et de la commission de sécurité de la direction de la prospective, de l’urbanisme et de la mobilité (DPUM), avec un cahier des charges extrêmement précis. »

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Du point de vue réglementaire, la Suisse, ce n’est pas Monaco, a ensuite souligné le président-délégué de la SBM : « A Monaco, il existe une ordonnance souveraine [du 15 avril 1931, ainsi que l’arrêté ministériel n° 2018‑1079, du 21 novembre 2018 et ses modifications ultérieures — NDLR] qui est très proche de la loi française. Les matériaux qui ont malheureusement servi à la propagation du feu à Crans-Montana sont totalement interdits par les réglementations françaises et monégasques. Il n’y a donc pas de matériaux inflammables dans nos établissements de nuit, comme cela était le cas dans ce triste établissement en Suisse. Chez nous, un feu ne pourrait pas se propager à la vitesse où il s’est propagé à Crans-Montana, parce qu’il n’y a pas de matériaux inflammables autorisés dans nos établissements de nuit. » En Suisse, la sécurité incendie des bars et des boîtes de nuit repose sur des prescriptions techniques coordonnées par l’Association des établissements cantonaux d’assurance incendie (AEAI). Appliquées par les cantons, elles imposent des issues de secours conformes, des systèmes d’alarme et de détection, l’utilisation de matériaux limitant la propagation du feu, ainsi que des contrôles de sécurité réguliers.

« Depuis longtemps, nous avons remplacé les feux de bengale par des LED. Dans les établissements de nuit de la SBM, il n’y a donc plus de feux de bengale. Ou alors à titre très exceptionnel, une ou deux fois dans l’année »

Stéphane Valeri. Président-délégué de la Société des bains de mer

Crans-Montana : la commune reconnaît un « manquement »

C’est ensuite sur le rythme des contrôles et sur la sensibilisation du personnel de la SBM à cette problématique que Stéphane Valeri a insisté : « Tous les personnels de nos établissements de nuit sont formés à la manipulation des moyens d’extinction du feu. Ils sont sensibilisés aux risques de départ de feu. Tous les ans, des contrôles de la DPUM ont lieu dans les hôtels, et tous les deux ans au Monte-Carlo Sporting Club. Apparemment, il n’y a pas eu de contrôles depuis six ou sept ans de cet établissement de Crans-Montana pour les normes de sécurité. Ça, ce n’est pas possible en Principauté. » Au bar Le Constellation, les dernières inspections de sécurité, incluant le risque incendie, remontent à 2016, 2018 et 2019. À ces occasions, des modifications ont été demandées. Entre 2020 et 2025, aucune inspection périodique n’a été effectuée, malgré l’obligation légale d’inspections régulières dans les établissements recevant du public : la commune de Crans-Montana l’a publiquement reconnu, en évoquant un « manquement », et en regrettant cet oubli. La sécurité impose aussi d’accepter de limiter son chiffre d’affaires, a également admis ce dirigeant de la SBM, ce qui ne va pas sans heurts : « Parfois, notre direction des ventes est en colère, parce que les normes de sécurité incendie étant de plus en plus draconiennes en Europe, en France, et donc à Monaco, nos jauges d’accueil du public sont de plus en plus petites. Alors, forcément, ce n’est pas bon pour le chiffre d’affaires. Je me rappelle de soirées à la salle des Etoiles, il n’y a même pas vingt ans, avec 1 000 couverts. Désormais, avec les nouvelles jauges de sécurité, nous avons perdu 30 % de capacité pour cette salle. Alors que la salle des Etoiles pourrait accueillir 1 100 couverts, elle est limitée à environ 770 couverts. Mais la sécurité, c’est aussi cela : c’est ne pas entasser trop de gens dans un espace contraint. Je crains que ce fût le cas à Crans-Montana, malheureusement. »

« Vous dire que jamais rien ne se passera jamais, je ne suis pas Dieu pour vous le garantir. Mais je peux vous dire que le drame tel qu’il s’est passé à Crans-Montana ne pourra jamais arriver dans un établissement monégasque. Ça, c’est sûr »

Stéphane Valeri. Président-délégué de la Société des bains de mer

Le drame du 5-7 ressurgit

En France, sur ce sujet, la mémoire collective a été marquée par un fait divers survenu il y a 55 ans. « J’étais encore adolescent, mais j’ai été marqué par le drame du 5-7, qui a été un drame épouvantable. Une centaine de jeunes français sont morts brûlés [142 morts, 10 blessés dont 4 décèderont des suites de leurs blessures, portant le total des victimes à 146, et entre 34 et 54 survivants selon les sources — NDLR], le 1er novembre 1970 [à Saint-Laurent-du-Pont (Isère) — NDLR]. Depuis, la France et Monaco ont pris des mesures. » Si la tonalité de cette intervention visait à rassurer, bien sûr, impossible d’affirmer qu’aucun incendie ne se produira dans un établissement de nuit à Monaco. Stéphane Valeri le reconnaît volontiers : « Vous dire que jamais rien ne se passera jamais, je ne suis pas Dieu pour vous le garantir. Mais je peux vous dire que le drame tel qu’il s’est passé à Crans-Montana ne pourra jamais arriver dans un établissement monégasque. Ça, c’est sûr. »

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