dimanche 25 septembre 2022
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Inflation, pouvoir d’achat, énergie… Que prévoit le gouvernement ?

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Le ministre d’État, Pierre Dartout, a convié, vendredi 16 septembre 2022, les médias locaux à une conférence de presse de rentrée au cours de laquelle le chef du gouvernement a balayé plusieurs sujets d’actualité. De la question du pouvoir d’achat à la crise énergétique, en passant par l’attractivité et l’accueil des réfugiés ukrainiens… Monaco Hebdo fait le point sur les principales annonces.

« J’espère que vous avez passé de bonnes vacances, puisque nous avons une rentrée qui va être très active ». Après quelques semaines de repos, Pierre Dartout a fait sa rentrée médiatique, vendredi 16 septembre 2022. Accompagné de sa cheffe de cabinet, Laurence Garino, et du nouveau secrétaire général du gouvernement, Marc Vassallo, le ministre d’État a accepté de se plier à l’exercice du « question-réponse » sur les dossiers chauds du moment, avec la dizaine de journalistes présents pour l’occasion. Inflation, pouvoir d’achat, crise énergétique… Tour d’horizon des principales déclarations.

Inflation et pouvoir d’achat

© Shutterstock

« Nous sommes dans un contexte difficile et complexe, dont il faut que Monaco “en” tienne compte. Car la principauté n’est pas coupée du monde. Elle est liée à l’ensemble des autres pays. Et ceci nous crée quelques contraintes ». Le ministre d’État, Pierre Dartout, n’y est pas allé par quatre chemins au moment de dresser le scénario de cette rentrée 2022. Avec une inflation galopante, un pouvoir d’achat en berne, et une crise énergétique inédite, les dossiers brûlants s’accumulent sur la table du gouvernement et laissent présager des semaines et mois agités place de la Visitation. Car les dernières prévisions n’incitent guère à l’optimisme. Selon le ministère de l’économie français, l’inflation pourrait en effet atteindre 5,3 % en 2022 contre 5 % attendus jusqu’ici, et 4,3 % en 2023 contre 3,2 % prévus initialement. Si ces taux restent inférieurs à ceux constatés au Royaume-Uni et aux États-Unis, par exemple, « pour autant, c’est un rythme d’inflation que nous n’avions pas connu depuis les années 1983-1984, rappelle Pierre Dartout. Et c’est quelque chose qui mérite d’être pris en compte, dans la mesure où l’inflation générale a toujours eu pour effet d’éroder le pouvoir d’achat des actifs et des retraités ». Face à ce contexte économique dégradé, l’exécutif a donc décidé, en accord avec le prince Albert II, de donner un coup de pouce aux foyers monégasques en augmentant les rémunérations des fonctionnaires de l’État et de la commune, ainsi que celles du personnel hospitalier, de 3,5 % à compter du 1er septembre 2022.

Face à ce contexte économique dégradé, l’exécutif a donc décidé, en accord avec le prince Albert II, de donner un coup de pouce aux foyers monégasques

Il s’agit déjà de la troisième revalorisation depuis le début de l’année, après celle de janvier (+1,2 %) et de juillet (+2 %). À cette augmentation des salaires de la fonction publique s’ajoute également « un ajustement à la hausse des bons Carlo ». Les salaires les plus bas bénéficieront ainsi, à la fin de l’année, d’une prime de 850 euros (+ 200 euros d’augmentation), les salaires médians de 650 euros (+ 150 euros), et les salaires les plus élevés de 450 euros (+ 100 euros). Ces mesures en faveur du pouvoir d’achat des fonctionnaires, actifs et retraités, coûteront 7,7 millions d’euros à l’État, pour la période allant de septembre à décembre 2022 : 6,2 millions d’euros pour la majoration de 3,5 % et 1,5 million pour la majoration de la prime Carlo. Et sûrement bien plus à venir, puisque le gouvernement envisage d’ores et déjà de « refaire un point » en début d’année 2023, afin de procéder à un nouvel ajustement en fonction de l’évolution de l’inflation. Pour le secteur privé, reconnaissant que les possibilités d’intervention du gouvernement sont plus limitées, le ministre d’État a invité les employeurs à discuter avec les partenaires sociaux. « Un effort a été mené dans certains secteurs, comme l’hôtellerie et la restauration, où les salaires étaient les moins élevés. Mais cela dépend des entreprises. Ce que nous faisons — et c’est la politique menée par le conseiller-ministre aux affaires sociales et à la santé, Christophe Robino — c’est d’encourager fortement au dialogue social, par filière et par entreprise, pour trouver des bonnes solutions », insiste Pierre Dartout.

Crise de l’énergie

Crise énergétique
© 2022 Leonid Sorokin/Shutterstock.

Singulièrement accentuée par la guerre en Ukraine, la crise de l’énergie est un autre sujet de préoccupation majeure en principauté. Et ce, en dépit d’une augmentation somme toute « très modérée » pour la principauté en 2022, « car il y a eu des anticipations menées par la Société Monégasque de l’Électricité et du Gaz (SMEG), qui a fait preuve d’une vision objective et efficace », reconnaît Pierre Dartout. Il n’empêche, les prix continuent d’augmenter très fortement, et pourraient, à terme, entamer le portefeuille des résidents nationaux. C’est, en substance, ce qu’a laissé entendre le ministre d’État au cours de sa conférence de presse de rentrée. Pour étayer ses propos, Pierre Dartout s’appuie notamment sur l’intervention de son homologue française, Elisabeth Borne, qui a annoncé, mercredi 14 septembre 2022, une hausse des prix « contenue » à 15 % pour les particuliers. « Mais la hausse réelle est beaucoup plus élevée, nuance le chef du gouvernement monégasque, elle dépasse 100 %. Clairement, ça veut dire qu’elle est largement compensée pour le contribuable ». Si, pour le moment, aucune décision gouvernementale n’a officiellement été prise concernant le taux d’augmentation effective de l’électricité pour les particuliers monégasques, le ministre d’État a toutefois confirmé qu’« il y aura une hausse, pas très loin de ce que la France annonce, ce qui voudra dire qu’il y aura un effort substantiel à faire pour la financer ». Car, rappelle-t-il, « la principauté est très liée à la France sur le plan énergétique, notamment par la fourniture d’électricité, mais aussi par le fait qu’il y a un objectif d’avoir des tarifs comparables ». Et le ministre d’État d’ajouter : « Bien évidemment cela s’inscrira dans une démarche à la fois de vérité — il y a une augmentation du prix à la base — mais également avec une volonté de compenser par le budget ces hausses très élevées : c’est ce qu’on appelle le boucler énergétique ». Faut-il alors craindre des coupures et des rationnements, comme évoqué de l’autre côté de la frontière ? Pierre Dartout ne l’entend pas ainsi : « Avant de parler de coupure, il y aura d’autres mesures d’économies d’énergie à prendre. Mais il faut faire passer à tous un message de responsabilisation pour que nous soyons plus économes. Je n’aime pas trop le mot « sobriété ». Je préfère celui de maîtrise de la consommation. Car nous sommes tous responsables de cela ».

« Avant de parler de coupure, il y aura d’autres mesures d’économies d’énergie à prendre » 

Pierre Dartout. Ministre d’État

À commencer par l’État, qui se dit prêt à participer à l’effort collectif, en réduisant par exemple l’éclairage public ou le chauffage des bâtiments publics. « Il y a incontestablement des progrès à faire dans ce domaine. Rien n’est écarté dans les mesures que nous pourrions proposer ». Si rien n’est encore abouti, le gouvernement devrait très prochainement dévoiler son plan de bataille pour passer l’hiver face à la crise énergétique : « Ce que nous présenterons dans les prochaines semaines, c’est le taux d’augmentation qui sera retenu pour les particuliers et les mesures qui pourraient être prises pour les entreprises pour mieux économiser l’énergie. Je sais qu’elles sont inquiètes et les décisions seront prises en concertation avec elles. Mais que chacun soit bien conscient qu’il faut économiser l’énergie, c’est parfois plus efficace qu’une mesure trop contraignante ».

Attractivité

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© Iulian Giurca / Monaco Hebdo

En parallèle de ces deux dossiers chauds du moment, la principauté continue de mener une large réflexion pour renforcer son attractivité sous la tutelle de Frédéric Genta. « Nous sommes en train d’élaborer et de finaliser un plan comportant des mesures qui répondent à un certain nombre de points qui ont été évoqués par les personnes que nous avons consultées depuis mars dernier [via le Conseil stratégique d’attractivité — NDLR] », a annoncé à ce sujet le ministre d’État, Pierre Dartout. Sans entrer dans le détail de ces mesures qui doivent encore être soumises au souverain pour validation, le chef du gouvernement a simplement indiqué vouloir présenter ce plan « assez rapidement » car « il s’agit d’un sujet prioritaire ». « Pour dissiper un éventuel malentendu, ce plan ne procède pas du constat que Monaco n’est pas attractif. Ce n’est pas du tout ça. Mais il ne faut jamais s’endormir sur ses lauriers, il ne faut jamais considérer qu’une situation est figée et faire des efforts. Surtout dans un contexte global où, du fait de la crise, des concurrents peuvent se battre encore plus fortement et plus efficacement », a tenu à éclaircir Pierre Dartout. Dans le viseur du ministre d’État, plusieurs destinations « hors du continent européen », comme Dubaï, Singapour ou certaines villes américaines, notamment en Floride qui séduisent de plus en plus investisseurs et résidents fortunés. « Mais Monaco a beaucoup d’atouts », tempère-t-il énumérant la sécurité du territoire, des systèmes éducatif et de santé performants, la stabilité du cadre institutionnel sans oublier les aspects fiscaux particulièrement avantageux en principauté. Seule ombre au tableau : le manque de foncier. « Nous avons la plus haute densité démographique du monde, supérieure à celle de Hong Kong ou de Singapour », regrette le ministre d’État qui n’en oublie pas non plus la mobilité, notamment des quelque 50 000 pendulaires. Sur ces questions, le chef du gouvernement s’est voulu clair : « Il va falloir apporter un plus ». Et ce, dans deux domaines : « La première, il s’agit de rapprocher les salariés en termes d’habitat de leur lieu de travail. Nous avons des progrès à faire dans le logement de nos actifs, les maires des communes voisines en sont conscients. Mais cela ne pourra pas tout régler. Nous ne pouvons pas construire tous ces logements aux portes de la principauté. Il faudra optimiser, car nous n’avons pas le foncier ». Le développement des liaisons de et vers la principauté se trouve également au cœur de la réflexion. « Mais le sujet est très complexe, car il ne concerne pas que Monaco, mais aussi la France », souligne le ministre d’État. Métro, navette maritime… plusieurs projets ont été creusés ces derniers temps pour faciliter l’accès à la principauté, mais sans aboutir pour l’instant. « Nous devons nous poser la question de nos choix. Sont-ils pertinents sur le plan technique et sur le plan budgétaire ? C’est ce qui nous permettra de distinguer ce qui peut être fait à court terme et ce qui devra être fait à moyen et long terme. De grands projets ont été présentés, ils sont intéressants mais ils n’ont pas été discutés avec la France. Je compte aborder certains sujets en commission franco-monégasque », a ainsi lâché le ministre d’État sans donner davantage de précisions. La situation budgétaire, bien différente entre les deux pays, pourrait toutefois venir contrarier ses plans, tout comme certaines contraintes techniques et environnementales. Alors, avant de se lancer dans des opérations coûteuses, la principauté envisage dans un premier temps de se tourner vers des projets de moindre ampleur tels que des parkings de dissuasion. « Ceux-ci règlent le problème de la circulation à Monaco, certes pas en amont du parking, mais c’est quand même un progrès », estime Pierre Dartout. Il en va de l’attractivité et de la pérennité du modèle économique selon le ministre d’État.

Bilan positif pour la saison estivale

monaco ville
© Photo Clément Martinet / Monaco Hebdo.

Cette conférence de presse de rentrée a aussi été l’occasion pour le ministre d’État, Pierre Dartout, de dresser un premier bilan de la saison estivale. Avec un taux d’occupation à 74 % (80 % en 2019) et un revenu par chambre disponible en augmentation de 23 %, passant de 443 euros en moyenne à 589 euros, les acteurs du tourisme monégasques enregistrent des chiffres en hausse, proches de ceux connus avant la crise du Covid-19. « À cela s’ajoute la fréquentation des restaurants dans ou en dehors de l’hôtel, des boutiques de luxe comme des autres… Personne ne se plaint. Y compris sur le Rocher, où il y a eu incontestablement plus de dynamisme cette année avec une clientèle européenne nombreuse », s’est félicité Pierre Dartout. La baisse de la clientèle russe, redoutée avant le début de la saison, a bien eu lieu mais a finalement été largement compensée par l’afflux de touristes venant d’autres pays, notamment des États-Unis et du Golfe. L’embellie pourrait d’ailleurs bien se prolonger à l’automne à en croire le ministre d’État puisque « non seulement il y aura le Yacht Show, le Luxe Pack… mais il y a à nouveau, ce qui avait été interrompu en 2020 et 2021, les Rendez-vous de septembre qui rassemblent les assureurs de la planète. C’est un événement extrêmement important sur le plan économique pour la principauté ». Cet optimisme doit tout de même être nuancé. Car à Monaco, comme en France, le secteur de l’hôtellerie-restauration a souffert, et souffre encore, d’une pénurie de main d’œuvre exacerbée par la crise sanitaire liée au Covid-19. « Certains établissements ont été contraints d’avoir des heures d’ouverture plus régulées, certains devant même fermer le midi ou le soir. Monaco a peut-être été moins touché, mais pas épargné. C’est un sujet qui, pour nous, nécessite beaucoup de réflexion pour trouver des solutions à ces difficultés », a indiqué le ministre d’État.

Budget

Gouvernement Monaco
© Photo Stephane Danna / Direction de la Communication

Les discussions entre le gouvernement et les élus du Conseil national autour du budget rectificatif 2022 ont commencé. Et selon Pierre Dartout, il devrait à nouveau présenter un excédent, estimé à 8,8 millions d’euros. « Nous nous appuyons sur la dynamique économique en principauté, qui s’est traduite cette année dans le secteur hôtellerie-restauration mais aussi dans d’autres secteurs, ce qui nous permet d’avoir des rentrées fiscales et de TVA importantes, justifie le ministre d’État. Cela nous permet à la fois d’assumer un certain nombre de dépenses supplémentaires mais également des dépenses structurelles, notamment en termes d’équipements, qui sont indispensables à la principauté pour son attractivité et pour la qualité de vie de ceux qui y résident. Le tout avec un souci d’équilibre ». Le vote de ce budget rectificatif aura lieu à la mi-octobre 2022. Le budget primitif 2023 sera lui soumis au vote des élus à la mi-décembre 2022. Au sujet de ce dernier, le ministre d’État n’a avancé aucun chiffre assurant seulement vouloir « un budget excédentaire, qui fait à la fois face aux dépenses indispensables, mais aussi à la nécessité de maintenir des équilibres ».

Logement

© Photo Iulian Giurca / Monaco Hebdo

En matière d’investissement d’équipements, le poste le plus élevé demeure le plan national logement (PNL). En 2022, 208 millions d’euros lui auront été destinés. « Le PNL est, cela ne m’a pas échappé bien qu’étant ici seulement depuis deux ans, particulièrement sensible sur un plan social et politique. Son déroulement et sa mise en œuvre se font dans des très bonnes conditions », affirme Pierre Dartout qui rappelle que 1 690 logements nouveaux auront été construits dans le cadre de ce plan. « Plus précisément, il s’agit de 1 416 logements nets car 274 logements sont réservés à des personnes qui ont perdu leur logement du fait de la construction des projets ».

Accueil des réfugiés ukrainiens et « Bataillon Monaco »

réfugiés ukrainiens déplacement monaco
© Photo DR

Conséquence de la guerre en Ukraine, plusieurs millions de réfugiés ont fui leur pays depuis le début de l’offensive russe, le 24 février 2022. Selon les Nations unies, ils seraient plus de 7 millions, majoritairement des femmes et des enfants, disséminés dans toute l’Europe. Y compris à Monaco. « Nous accueillons dans l’ensemble du système éducatif 46 élèves qui viennent d’Ukraine, en plus des enfants des personnes résidentes. Nous avons environ 180 résidents d’origine ou de nationalité ukrainienne », indique Pierre Dartout, précisant qu’il s’agit d’« un chiffre mouvant puisqu’il y a des départs, des retours, et des arrivées ». Ainsi, 26 ressortissants ukrainiens auraient déjà quitté le territoire national, alors que 190 s’y trouvaient toujours à l’heure où Monaco Hebdo bouclait ce numéro, mardi 20 septembre 2022. L’immense majorité de ces réfugiés sont accueillis dans leur famille, chez des amis, mais aussi dans sept appartements, mis à disposition par l’État, à Monaco et dans les communes limitrophes. Le ministre d’État a par ailleurs réagi à l’affaire dite du « Bataillon Monaco », nom donné aux oligarques ukrainiens qui auraient quitté leur pays en guerre pour la Côte d’Azur. Et ce, alors qu’ils seraient en âge de combattre : « Je pourrais vous dire que cela m’a amusé, mais ce n’est pas le cas. On ne voit pas tellement pourquoi ça s’appelle le « Bataillon Monaco », s’interroge Pierre Dartout. Car finalement, vraisemblablement, il y a un nombre très limité de personnes visées qui sont résidentes à Monaco. Ce n’est donc pas drôle et ce n’est pas vrai. L’appellation me paraît excessive. Elle n’est ni bien choisie, ni justifiée ».

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Monaco Hebdo