vendredi 2 décembre 2022
AccueilEconomieSBM : vers un exercice 2022-2023 record ?

SBM : vers un exercice 2022-2023 record ?

Publié le

À l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires, le président délégué de la Société des Bains de Mer, Jean-Luc Biamonti, s’est félicité des résultats de la première moitié de l’année 2022. Et il espère boucler un exercice record en termes de résultats.

Il espère tout simplement réaliser « l’année record de toute l’histoire de la Société des Bains de Mer (SBM) ». Le 23 septembre 2022, en marge de l’assemblée générale des actionnaires de cette entreprise, le président délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti, a commenté devant les journalistes les premiers mois de 2022. D’avril à août 2022, les résultats ont été « excellents », a-t-il indiqué, mettant en avant un chiffre d’affaires en hausse de 22 % pour la période juillet-août 2022, par rapport à juillet-août 2021. En revanche, ce chiffre est « inférieur de 2 % à ces mêmes deux mois en 2019, l’aléa dans le secteur jeux ayant été particulièrement favorable en août 2019 », précise néanmoins la SBM dans un communiqué de presse publié le 23 septembre 2022. Si le départ de Jean-Luc Biamonti fin mars 2023, et son remplacement par Stéphane Valeri, ont alimenté les discussions pendant cette assemblée générale, les regards étaient aussi tournés vers les résultats chiffrés des derniers mois. Le contexte international étant très tendu, les interrogations étaient en effet nombreuses. Pendant l’été 2022, à cause de la guerre en Ukraine, Monaco a très logiquement attiré moins de Russes et de clients issus des pays d’Europe de l’Est. Les Français, les Moyen-Orientaux, et les Américains ont constitué le plus gros de la clientèle. Du 1er avril 2021 au 30 juin 2022, le chiffre d’affaires consolidé se monte à 207,8 millions d’euros, contre 110,9 millions d’euros lors de l’exercice précédent, ce qui représente une hausse de 96,9 millions d’euros. « Cette réalisation est également supérieure de 18 % au chiffre d’affaires du premier trimestre de l’exercice 2019-2020 », ajoute la SBM dans ce même communiqué. En 2021-2022, le chiffre d’affaires a atteint 530,5 millions d’euros, contre 336,9 millions pendant l’exercice fortement impacté par le Covid bouclé en 2020-2021. Ce qui représente une hausse de 57 %, soit 193,6 millions.

« Nous pouvons envisager la réalisation d’un résultat opérationnel supérieur à celui de l’exercice record 2007-2008. Au cours de cet exercice, le groupe SBM avait enregistré un profit opérationnel de 64,1 millions d’euros, jamais égalé depuis »

Les 850 millions d’euros de BetClic

L’exercice 2022-2023 devrait donc battre des records, selon la SBM, qui n’oublie pas que si l’activité du groupe « s’inscrit dans un contexte de sortie progressive de la crise sanitaire et reste dépendante de l’évolution du contexte géopolitique avec la situation de guerre affectant l’Ukraine et la crise avec la Russie, les résultats favorables constatés au cours des cinq premiers mois [de 2022 — NDLR] devraient permettre d’enregistrer encore une forte augmentation du résultat opérationnel en 2022-2023. Compte tenu des informations à disposition, nous pouvons envisager la réalisation d’un résultat opérationnel supérieur à celui de l’exercice record 2007-2008. Au cours de cet exercice, le groupe SBM avait enregistré un profit opérationnel de 64,1 millions d’euros, jamais égalé depuis ». Toujours au rayon des bonnes nouvelles, le dossier BetClic reste la vraie satisfaction de ces derniers mois. En effet, le 30 juin 2022, la filiale de la SBM, Monte-Carlo SBM International, a cédé sa participation de 47,30 % dans BetClic à une nouvelle entité, FL Entertainment, un leader mondial du divertissement. FL Entertainment est organisé autour de deux filiales : la société de production Banijay et BetClic. La SBM a donc encaissé l’argent, ainsi que des actions de cette nouvelle entité, comme l’avait expliqué Jean-Luc Biamonti en mai 2022 : « L’opération valorise la quote-part du capital de BetClic Everest Group (BEG) détenue par SBM International à 850 millions d’euros, à comparer avec son investissement financier initial de 140 millions d’euros en 2009 […]. On a porté notre participation à 850 millions : on a pris 425 millions en cash, et 425 millions en actions, soit un peu plus de 10 % de la nouvelle entité. On sera libre de vendre ces actions dans un délai de 18 mois. » Ces informations ont donc été confirmées. SBM International possède donc désormais 4,95 % des droits de vote, et 10,39 % des droits économiques effectifs de FL Entertainment, qui est cotée sur le marché réglementé d’Euronext Amsterdam depuis le 1er juillet 2022. Cette opération représente une véritable bouffée d’oxygène, alors que, ces dernières années, la SBM a dû faire face à des pertes qui se chiffrent à plusieurs dizaines de millions d’euros [à ce sujet, voir notre tableau SBM dix ans de chiffre d’affaires et de résultats nets, publié par ailleurs — NDLR]. « Cette opération se traduira par la constatation d’un profit exceptionnel de 814 millions d’euros dans les comptes consolidés du groupe SBM pour l’exercice 2022-2023, et donne les moyens financiers à SBM International de poursuivre sa stratégie de développement, tout en conservant une participation importante dans un leader mondial du divertissement opérant dans des segments de marché attractifs à fort potentiel de croissance », souligne le communiqué de la SBM.

SBM : dix ans de chiffres d’affaires et de résultats nets

SBM Chiffres d'affaires

Pour prévenir des départs à la retraite qui devraient être nombreux parmi les employés des jeux lors des trois années à venir, la SBM va ouvrir une école des jeux en octobre 2022. Elle accueillera une dizaine de personnes qui seront opérationnelles en avril 2023. Deux autres écoles des jeux « d’au moins 15 personnes » se dérouleront en 2023 et en 2024

Inflation

Parmi les interrogations formulées le 23 septembre 2022 par les actionnaires à l’occasion de cette assemblée générale, certaines ont porté sur la rémunération des salariés, le contexte lié à l’inflation étant présent dans tous les esprits [à ce sujet, lire l’interview de Jean-Pierre Petit, président des Cahiers Verts de l’Économie, publiée dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. À la question « dans la mesure où les comptes sont plutôt bons cette année, vous avez décidé de donner 24 millions aux actionnaires, et un peu plus de 1,2 million au conseil d’administration, donc ne pensez-vous pas qu’une prime de 1 000 euros pour 3 000 salariés, donc 3 millions d’euros, serait possible ? », Jean-Luc Biamonti a répondu que « le personnel est associé aux résultats de l’entreprise ». Et que, du coup, « pour l’exercice 2021-2022, l’ensemble du personnel, et il est possible que l’on élargisse aux cadres, va toucher en octobre 2022 un intéressement qui ne devrait pas être loin de 1 000 euros par salarié ». Le président délégué de la SBM a aussi rappelé que l’ensemble des salaires est indexé sur l’inflation, tout en assurant que des primes de transport ont été proposées à davantage de salariés. Pour prévenir des départs à la retraite qui devraient être nombreux parmi les employés des jeux lors des trois années à venir, la SBM va ouvrir une école des jeux en octobre 2022. Elle accueillera une dizaine de personnes qui seront opérationnelles en avril 2023. Deux autres écoles des jeux « d’au moins 15 personnes » se dérouleront en 2023 et en 2024, a indiqué Jean-Luc Biamonti. Autre sujet de préoccupation soulevé par les actionnaires : le devenir du Méridien, dont les murs et le terrain sont la propriété de l’État monégasque. La SBM n’est donc que locataire, et un exploitant, le Méridien, fait fonctionner cet hôtel. Or, l’ensemble des contrats, de l’État avec la SBM, et de la SBM avec le manager de l’hôtel, prennent fin en septembre 2023. « Nous avons demandé à l’État monégasque de prolonger le système actuel d’au moins deux ans, et peut-être trois. Nous sommes donc dans une phase de prolongation, et rien ne change », a détaillé Jean-Luc Biamonti.

Le nouveau Café de Paris devrait être livré d’ici fin juin ou début juillet 2023. « Malheureusement, impossible d’être prêt pour le Grand Prix 2023, c’était trop tendu », a regretté Jean-Louis Biamonti

« Très festif »

En ce qui concerne les travaux engagés du côté du Café de Paris, sur la place du casino, et dans lesquels la SBM a décidé d’investir 40 millions d’euros, 9 ou 10 boutiques seront terminées et livrées « brut de décoffrage » en janvier 2023. La SBM discute avec plusieurs acteurs, et les négociations seraient sur le point d’aboutir. « Pour certaines de ces boutiques, nous parlons avec des marques qui ne sont pas encore installées en principauté », avait indiqué en mars 2022 le président-délégué de la SBM, sans donner plus de détails. « Les droits au bail des boutiques que nous sommes en train de finaliser, couvrent une grande partie, voire peut-être la totalité, des travaux », a glissé Jean-Luc Biamonti. En tout cas, le nouveau Café de Paris devrait être livré d’ici fin juin ou début juillet 2023. « Malheureusement, impossible d’être prêt pour le Grand Prix 2023, c’était trop tendu », a regretté Jean-Louis Biamonti devant les actionnaires. Dans cette nouvelle version du Café de Paris, une bonne partie des regards seront tournés vers Amazónico, un concept de restaurant latino-brésilien lancé à Madrid, qui disposera d’une terrasse de 1 000 m2. Avec plusieurs ambiances différentes offertes par ce restaurant et la présence d’un jazz bar, l’ensemble promet d’être « très festif ». Enfin, toujours au rayon des projets, la direction travaille sur la création d’un restaurant tourné vers « les dîners et vers la fête », qui devrait ouvrir pour l’été 2023. Pour cela, la SBM devrait injecter trois millions d’euros.

Été 2023 : pourquoi Bruce Springsteen ne donnera pas de concert sur la place du casino

La question de la réfection du Sporting d’été et de sa salle de concert, la salle des Étoiles, a été abordée à l’occasion de l’assemblée générale des actionnaires de la Société des Bains de Mer (SBM), le 23 septembre 2022. Ouvert en 1975, cet outil est peu à peu devenu « obsolète », a jugé le président délégué de la SBM, Jean-Luc Biamonti, même si « technologiquement parlant, la salle des Étoiles tient encore le coup ». Mais, depuis quelques années, la mutation de l’économie de la musique est en œuvre. Désormais, avec l’explosion de la diffusion de la musique sur Internet et le “streaming”, les artistes ne gagnent plus suffisamment d’argent à travers la vente de disques et de CD. Désormais, ce sont les concerts qui sont générateurs de bénéfices. « Pour ces artistes, aujourd’hui, le “business model” [modèle économique — NDLR] c’est la location par le producteur de la tournée d’une salle de spectacle, ou d’un stade, à un prix fixe, comme le ferait un locataire, a expliqué Jean-Luc Biamonti. Ensuite, il exploite l’ensemble. Donc il a la billetterie pour lui, les ventes de produits dérivés comme les casquettes et les mugs par exemple, et souvent aussi, la buvette. Mais, quand ces artistes viennent dans une petite salle comme chez nous, on ne peut pas leur offrir tout ça. Nous n’avons pas une billetterie importante, on ne vend pas de tee-shirts à la sortie du concert, et le vin qui est vendu est celui de la SBM… Du coup, il y a eu une inflation des cachets. » À titre d’exemple, le président délégué de la SBM a révélé que la direction avait évoqué l’idée d’organiser un concert de Bruce Springsteen pendant l’été 2023, sur la place du casino. « Je vous ai fait tous rêver. Maintenant, voici la douche froide, a prévenu le président délégué de la SBM. Le cachet de Bruce Springsteen pour une soirée, c’est 3 millions de dollars. Donc, on ne peut pas se le payer. » Ce qui n’a pas empêché Biamonti de donner sa vision de ce que devrait être le futur Sporting d’été. Ce serait un bâtiment organisé sur trois niveaux : « Une salle de spectacle plus grande, des restaurants, une boîte de nuit, bref une sorte de « mini Vegas ». Au-dessus, il faudrait construire 20 ou 30 étages d’hôtel et de résidences, pour payer le tout. Cela nous permettrait d’avoir un produit “glamour”, James Bond, Aston Martin et smoking, sur la place du casino. Et au Sporting, nous aurions un second produit davantage “mass market” [marché de masse — NDLR], un peu plus « végassien », si je peux m’exprimer ainsi. C’est ma vision, mais il n’y a rien dans les cartons. Pour le moment, le Sporting reste comme ça. »

1) À ce sujet, lire notre article La SBM sort la tête de l’eau, publié dans Monaco Hebdo n° 1243.

Publié le

Monaco Hebdo