dimanche 29 janvier 2023
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Étendre le travail du dimanche : ce qu’en pensent les syndicats

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Pour repeupler Monaco le week-end, l’union des commerçants et artisans de Monaco (UCAM) suggère d’étendre le travail dominical à davantage de commerces de la principauté, pourtant déjà autorisés à ouvrir. Pour ou contre ? Monaco Hebdo fait le point avec les syndicats patronaux et de salariés.

Il y a le camp des « pour », et celui du « contre ». En faveur du travail dominical, la fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM) a toujours été ouverte à son extension en principauté, comme en témoigne son secrétaire général : « Le travail dominical, nous sommes « pour » depuis le début. Nous avions convenu de quelques conditions pour sa mise en place à Monaco : le volontariat, deux jours de repos garantis dans la semaine, ne pas dépasser 39 heures de travail hebdomadaire, et garantir la double paie. Chez Carrefour, par exemple [Cédrick Lanari occupe la fonction de cadre chez Carrefour Monaco — NDLR] nous payons triple nos salariés qui travaillent le dimanche, et les gens se « bagarrent » pour le faire. » Faudrait-il alors l’étendre à davantage de commerces de la principauté, pour repeupler Monaco le week-end, comme le suggère le président de l’union des commerçants et artisans de Monaco (UCAM), alors que certaines boutiques restent trop souvent portes closes, selon lui [à ce sujet, lire son interview dans ce dossier spécial — NDLR] ? « Le dimanche, c’est très calme à Monaco. Ouvrir quelques dimanches dans l’année serait bénéfique pour tous : les commerçants eux-mêmes, et les salariés, qui pourraient augmenter leur pouvoir d’achat », estime Cedrick Lanari. « Au départ, le chiffre d’affaires était plutôt moyen, mais, aujourd’hui, ça devient bon. Ce n’est pas aussi fort qu’un jour de travail classique, notamment sur l’amplitude horaire — nous faisons 9 heures — 19 heures, au lieu de 8 heures — 21 heures. Mais les clients commencent à savoir que nous sommes ouverts toute la journée, et les résultats suivent. Ce débat s’apparente à celui de l’ouverture le midi. À l’époque, certains commerçants étaient réticents. Puis, il y a eu un déclic, et toute la principauté en est sortie grandie. » Reste un problème à résoudre dans cette équation du travail du dimanche : l’équilibre des effectifs. Comment organiser les équipes, pour assurer leur roulement en cas de travail dominical ? « Il y a en effet un équilibre à trouver pour ne pas pénaliser les salariés. Se pose la question du chiffre d’affaires et de l’acceptabilité des heures supplémentaires. Mais il faut le voir comme un service client. »

Adaptation

La fédération des entreprises monégasques (Fedem) se positionne également en faveur du travail dominical. Au lendemain du vote de la loi sur l’aménagement du temps de travail (1), la Fedem se disait en effet « satisfaite » de ce texte, tout en estimant que ce nouveau dispositif « allait dans le sens de la sauvegarde de l’activité économique du pays et du maintien de l’emploi, en permettant une adaptabilité à la saisonnalité de nos marchés surtout dans l’hôtellerie-restauration, qui en a bien besoin. Ce dispositif est également bon pour le BTP et pour l’industrie, qui pourront mieux adapter leur activité en fonction des commandes. ». « Cela va permettre d’inscrire dans le droit monégasque, de façon pérenne, la possibilité pour les entreprises d’aménager le temps de travail, sur une période de référence supérieure à la semaine, et ne pouvant excéder une année, ajoutait le président de la Fedem, Philippe Ortelli. Les entreprises pourront donc s’adapter plus rapidement aux variations saisonnières, ainsi qu’aux circonstances exceptionnelles générées par une crise économique, dès lors qu’un accord avec les salariés sera trouvé, et cela sans variation de rémunération pour ce dernier. » Toujours selon Philippe Ortelli, la possibilité de travailler le dimanche va au bénéfice des salariés, car la loi leur accorde une « compensation de 10 % supplémentaires en rémunération ou en temps récupérateur, au-delà des 39 heures de travail hebdomadaire. Enfin, humainement, ce dispositif est également très intéressant pour les salariés sans contrainte d’écoles, jeunes actifs, ou parents en fin de carrière, qui n’ont plus d’enfants scolarisés, et qui souhaitent obtenir des congés payés supplémentaires. »

Olivier Cardot. Secrétaire général de l’USM. © Photo USM

Préserver le commerce local

De son côté, l’union des syndicats de Monaco (USM), représentée par son secrétaire général Olivier Cardot, est historiquement contre le travail du dimanche. Il n’est donc pas question d’étendre davantage son usage en principauté, aux yeux du secrétaire général : « Nous y sommes opposés depuis le début. Et nous allons de concert avec le diocèse, en respect des valeurs catholiques qui sont celles de la principauté, et qui protègent le repos dominical. Le dimanche doit rester un jour de repos, à passer en famille pour ceux qui le souhaitent, car le temps perdu ne se rattrape pas. Mais, au-delà de cet aspect, on peut se questionner sur l’utilité d’étendre davantage le travail du dimanche, quand on sait que Monaco est très peu peuplée le week-end. » Et si la loi du 2 juillet 2019 impose le volontariat comme l’une des conditions pour instaurer le travail dominical dans son entreprise, sa portée resterait très relative, selon Olivier Cardot : « Il est bon de rappeler qu’avec l’article 6, qui permet de licencier un collaborateur sans motif, il plane sur les réfractaires au travail dominical la menace de perdre leur emploi. C’est une véritable mise sous pression, notamment dans le secteur du commerce. » Enfin, l’extension du travail du dimanche à l’ensemble des enseignes de Monaco porterait atteinte au petit commerce local, estime Olivier Cardot : « La place du marché est très importante le dimanche à Monaco, et il faut la préserver de la grande distribution. Il faut laisser ce créneau aux boulangers, aux bouchers, et aux primeurs pour ne pas perturber leur activité. »

1) Contactée par Monaco Hebdo, la Fedem n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, mardi 28 juin 2022.

Pour lire la suite de notre dossier « Faut-il travailler le dimanche pour relancer le commerce à Monaco ? », cliquez ici.

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