mardi 6 décembre 2022
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Marc Mourou : « La politique permet de proposer sa propre vision du futur »

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Suite à l’entrée de l’élu Priorité Monaco (Primo !), Christophe Robino, au gouvernement, au poste de conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, un autre élu Primo !, Marc Mourou, lui a succédé le 25 avril 2022, et a pris la présidence de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses du Conseil national. Pour Monaco Hebdo, il dresse un premier bilan, à huit mois des élections nationales de février 2023.

Suite au départ de l’élu Priorité Monaco (Primo !) Christophe Robino au gouvernement pour occuper le poste de conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, vous avez été élu président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses le 25 avril 2022 : pourquoi avoir été candidat ?

La nomination de Christophe Robino en tant que conseiller de gouvernement – ministre des affaires sociales et de la santé a en effet rendu le poste de président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses (CISAD) du Conseil national vacant. Ayant pu intervenir sur de nombreux sujets dans le domaine social, en plus des thèmes éducatifs depuis le début de cette mandature, avec notamment les problématiques liées au Covid-19 pour les élèves de la principauté, j’ai souhaité faire part de ma candidature, afin d’assurer la continuité de l’action entamée par Christophe Robino depuis 2018.

Avec quels objectifs ?

Mon but est de mener à bien les différents projets de loi qui permettront à Monaco de renforcer son modèle social, mais aussi d’impulser de nouvelles propositions émanant de l’Assemblée. Mes collègues du Conseil national m’ont ainsi élu à ce poste, avec pour but d’arriver au bout des négociations sur des textes très attendus, tels que le nouveau statut des fonctionnaires de l’État, le droit à l’oubli pour les personnes en rémission thérapeutique, ou bien encore la préservation de la santé des patients dans les structures de soins.

« Avec Christophe Robino, nous aurons, bien sûr, un contact privilégié tous les deux, puisque nous avons siégé ces quatre dernières années côte à côte dans l’hémicycle »

Le départ de l’ancien élu Primo ! Christophe Robino au poste de conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé va-t-il vous permettre d’améliorer le dialogue avec le gouvernement monégasque ?

Nous aurons, bien sûr, un contact privilégié tous les deux, puisque nous avons siégé ces quatre dernières années côte à côte dans l’hémicycle. Nous serons cependant chacun dans nos rôles, et dans le respect des prérogatives de chacun, avec comme but commun de travailler pour la collectivité, et de faire avancer les différents sujets sociaux pour Monaco. Nous aurons une approche constructive, mais franche, et un objectif mutuel, afin que les lois de la principauté soient toujours aux plus hauts standards.

« Un projet de loi sur la préservation de la santé des patients dans les structures de soins, texte également très important et sensible, sera à l’étude lors de la session d’automne 2022, avec pour but de mieux protéger et indemniser les patients sur le sol monégasque »

Vous laissez derrière vous la présidence de la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports que vous occupiez depuis 2018 : quel bilan faites-vous de votre passage à ce poste ?

Ces dernières années avec la commission de l’éducation, de la jeunesse et des sports ont été riches et intenses, et nous ont permis de remettre les aspirations des jeunes au cœur de notre pays. Nous avons ainsi pu faire avancer de nombreux projets pour eux comme, par exemple, l’augmentation des bourses d’études, l’élargissement du Pass’port culture, l’organisation d’un grand concert gratuit, le MC Summer Concert, pour tous les jeunes de Monaco, la proposition et le vote de la loi sur le harcèlement scolaire, une meilleure répartition des subventions publiques pour les associations sportives, un city stade en libre-service, ou bien encore la création du Conseil national des jeunes. Je n’oublie pas également la période Covid, où nous avons porté leur voix, et ce, notamment concernant la problématique des masques en milieu scolaire, ou bien encore de l’accent à mettre sur la santé mentale et les troubles DYS pendant cette période. Savoir se mettre à l’écoute de leurs besoins, les comprendre, et les aider à surmonter certaines de leurs difficultés, a constitué l’une de mes motivations quotidiennes.

Le président du Conseil national, Stéphane Valeri, a estimé que « la grande majorité des objectifs du mandat auront été atteints avec succès » : quels sont les objectifs dont vous êtes le plus fier ?

Je remercie le président Valeri qui m’a fait confiance pour faire avancer de nombreux projets concernant l’éducation depuis 2018. Sans aucun doute, le projet de loi n° 1036, voté à l’unanimité en séance publique, constitue une réelle satisfaction, car il a eu pour but de doter la principauté de règles destinées à identifier, prévenir, signaler, traiter, et réprimer les situations de harcèlement et de violence en milieu scolaire. Ce texte a fait de Monaco l’un des pays d’Europe les plus avancés en termes de lutte contre le harcèlement scolaire, à l’image des pays scandinaves et nordiques, qui sont régulièrement cités comme référence dans ce domaine.

Que prévoit ce texte contre le harcèlement et la violence en milieu scolaire ?

Ce texte prévoit l’élaboration, au sein de chaque établissement d’enseignement public ou privé de la principauté, d’un plan de prévention et de lutte contre le harcèlement et la violence, avec des mesures pédagogiques, mais aussi dissuasives pour les cas de harcèlement les plus graves. Pour autant, si des actes de harcèlement persistent, ce projet de loi comporte un certain nombre de dispositions qui ont pour vocation d’établir les responsabilités, soit administratives en cas de défaut d’organisation du service public de l’éducation, soit pénales, notamment envers l’auteur de ce harcèlement ou de cette violence.

« Un des sujets que nous avons toujours poussé, mais qui reste à ce jour vain, est le projet de loi sur le sport, que le gouvernement s’était pourtant engagé à déposer sur la table du Conseil national lors de la précédente mandature »

Vous voyez autre chose ?

Je citerai également le Conseil national des jeunes (1), où nous avons créé avec 12 jeunes Monégasques une assemblée de jeunes parlementaires force de proposition pour le Monaco qu’ils veulent voir dans les 5, 10, ou 15 prochaines années. Cela a été une expérience humaine et générationnelle extraordinaire. Encore un grand bravo aux jeunes. Ils ont été particulièrement créatifs et dynamiques pour apporter leurs idées, que nous allons à présent défendre dans les futures négociations budgétaires.

À l’inverse, quels sont les sujets sur lesquels vous n’avez pas pu avancer suffisamment vite ?

Un des sujets que nous avons toujours poussé, mais qui reste à ce jour vain, est le projet de loi sur le sport, que le gouvernement s’était pourtant engagé à déposer sur la table du Conseil national lors de la précédente mandature. À travers la commission nationale des sports, nous avons réussi à mettre en place de nouveaux critères pour une répartition des subventions plus équitable. Mais il est impératif d’encadrer le fonctionnement et la pratique du sport en principauté, avec un vrai cadre législatif.

Alors que les prochaines élections auront lieu en février 2023, quels vont être les dossiers prioritaires pour votre nouvelle commission ?

Après avoir voté deux projets de loi sur l’art dentaire et sur l’élargissement des compétences des sages-femmes en deux mois, ainsi qu’une proposition de loi sur le droit à l’oubli, la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses vient de voter le projet de loi concernant le statut des fonctionnaires de l’État. Ce projet, déposé il y a près de 11 ans sur la table de la Haute assemblée constitue une réforme d’envergure depuis la loi votée en 1975 pour les fonctionnaires à Monaco. Un projet de loi sur la préservation de la santé des patients dans les structures de soins, texte également très important et sensible, sera à l’étude lors de la session d’automne 2022, avec pour but de mieux protéger et indemniser les patients sur le sol monégasque.

En quoi consistera ce dernier texte pour les patients ?

La CISAD vient de finir les consultations de différentes structures de soins et de professionnels de santé. Nous allons ainsi commencer l’étude du texte, et y apporter certainement de nombreux amendements par rapport au projet initial déposé par le gouvernement. L’enjeu sera de prendre de la meilleure manière, et la plus équilibrée possible le préjudice des accidents médicaux et des infections nosocomiales pour les patients. Le pays voisin dispose d’une structure appelée Office national d’indemnisation des accidents médicaux (ONIAM) qui apporte un nouveau droit pour la victime, et qui lui permet d’obtenir une indemnisation en cas d’accident médical. Bien évidemment, de solides garde-fous sont mis en place, et des preuves doivent être apportées, et vérifiées, avec un degré de gravité dans l’erreur commise. Notre système de santé monégasque nous est souvent envié, et nous disposons d’infrastructures et de professionnels de très haute qualité en principauté. Ce sujet reste cependant crucial, afin de prendre en charge les patients qui auraient connu un réel désagrément.

Quelles ont été les plus grandes avancées obtenues concernant le projet de loi sur la modernisation du statut des fonctionnaires ?

Le projet de loi 895 sur le statut des fonctionnaires a eu pour objectif principal de rendre l’administration toujours plus attractive et efficace, notamment, en favorisant la mobilité des fonctionnaires au sein de l’administration, et en précisant les modalités de leur déroulement de carrière. Pour ce faire, la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses a réalisé de nombreux amendements qui ont notamment pour objet d’octroyer dans la loi une prime de vacances et une prime de fin d’année, majorées de 10 % au total. Mais aussi une meilleure compensation des heures supplémentaires et une priorité en interne pour l’évolution de leur carrière.

Quoi d’autre ?

Il y a aussi une meilleure prise en compte des compétences des fonctionnaires qui exercent des métiers particulièrement techniques, et qui peuvent rencontrer actuellement certaines difficultés lorsqu’ils souhaitent changer de service. Ainsi serait créée, pour ceux-ci, une prime venant récompenser l’ancienneté. Mais également une meilleure reconnaissance de la qualité du travail et de l’engagement au sein de l’administration, au travers d’avancements plus rapides pour celles et ceux qui sont les plus investis. Ou bien encore, la possibilité pour les fonctionnaires qui cessent définitivement leurs fonctions, d’obtenir le rachat des jours de congés qu’ils n’ont pas été en mesure de prendre. De nombreuses autres mesures sociales, comme l’allongement du congé paternité, maternité ou d’adoption ont également été améliorées, afin de permettre un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie familiale.

Avec ce texte, les attentes des fonctionnaires sont-elles toutes véritablement comblées ?

Ce texte est une véritable modernisation de leur statut. Il permettra d’obtenir des avancées concrètes et des meilleures conditions de travail pour les fonctionnaires de l’État, qui participent chaque jour au développement de l’État monégasque. Comme indiqué lors du vote, nous souhaitons le prolongement des mesures obtenues pour les fonctionnaires de la commune, avec un projet de loi que s’est engagé à déposer le gouvernement dans les prochains mois, ainsi qu’une ordonnance souveraine pour les agents de l’État, qui, eux non plus, ne doivent pas être oubliés. Leur statut se doit d’être plus sûr et attrayant qu’aujourd’hui.

« Les jeunes ne se reconnaissent peut-être pas forcément dans des formations politiques, mais ils sont désireux de représenter des valeurs à travers leurs propres actions et initiatives »

Vous êtes né le 3 mai 1986 : à 36 ans, d’une manière générale, quel regard portez-vous sur la politique ?

Faite avec les meilleures intentions, la politique peut être le plus beau métier du monde, car elle permet d’améliorer tous les sujets du quotidien de nos compatriotes : social, logement, éducation, économie, etc. Pour moi, elle doit donc se conjuguer avec passion, détermination, et beaucoup de travail. L’engagement politique permet de prendre la mesure de tous les enjeux actuels de la principauté, et de travailler sur les grands sujets qui concernent le pays. C’est donc un milieu où l’on peut apporter, modestement, sa pierre à l’édifice, et proposer sa propre vision du futur.

En France, beaucoup de jeunes se disent « désenchantés » par les partis politiques et s’abstiennent au moment de voter : les jeunes monégasques sont-ils dans le même état d’esprit ?

Je ne peux évidemment pas répondre pour l’ensemble des jeunes, mais je sens à Monaco un fort intérêt pour la chose publique, et un fort attachement à leur pays et aux nouvelles problématiques qui se posent, que ce soit sur les thèmes de l’éducation, de l’environnement, mais aussi sur le sens à apporter à leur carrière et futur professionnel. Les jeunes ne se reconnaissent peut-être pas forcément dans des formations politiques, mais ils sont désireux de représenter des valeurs à travers leurs propres actions et initiatives. Il y a chez eux de nombreuses formes d’engagement aujourd’hui. Comme indiqué précédemment, le Conseil national des jeunes a prouvé que les jeunes générations monégasques sont « surmotivées », et ont envie de s’investir de manière sérieuse et dynamique dans la vie publique.

1) À ce sujet lire nos articles Conseil national des jeunes : Les premières pistes présentées, publié dans Monaco Hebdo n° 1236, et Conseil national des jeunes : la promotion 2022-2023 se dévoile, publié dans Monaco Hebdo n° 1239.

 

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