lundi 9 mars 2026
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Juraj Blanár : « Sans paix, il ne peut y avoir de conditions économiques stables » 

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Le Monaco économie board (MEB) a accueilli une importante délégation en provenance de la République slovaque, le 12 novembre 2025, menée par le ministre des affaires étrangères, Juraj Blanár. Il a répondu aux questions de Monaco Hebdo

Quels sont les principaux objectifs de votre visite ? 

Monaco est un petit pays, mais c’est un partenaire très important pour la Slovaquie. Nous partageons des valeurs communes et nous coopérons au sein d’organisations multilatérales où Monaco, comme la Slovaquie, est pleinement intégré. Nous nous soutenons mutuellement sur le plan multilatéral, notamment concernant notre candidature comme membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, entre autres. Cela est très clair, et ce que nous souhaitons également, c’est relancer notre coopération économique. Nous avons déjà quelques exemples dans le passé : il y a eu un bon investissement provenant de Monaco, le groupe Mecaplast en 2016 [désormais Novares Slovakia Automotive s.r.o — NDLR], et cet investissement a été très réussi, créant 250 emplois en Slovaquie. 

Vous êtes accompagné par une importante délégation, dont la Chambre de commerce et d’industrie slovaque (SPOK) : quels sont les secteurs clés qui pourraient mener à de nouveaux partenariats ? 

Nous voulons revitaliser notre coopération. C’est pourquoi nous sommes ici avec nos représentants du monde économique, nos entrepreneurs, à l’occasion de ce forum, pour essayer d’identifier de nouvelles pistes de collaboration dans les domaines de la transformation numérique, de l’innovation, des nouvelles technologies ou encore de la transition verte. C’est un enjeu que nous partageons fortement avec votre pays, et j’apprécie grandement l’engagement du prince Albert II, qui est très impliqué dans les questions environnementales. La Slovaquie est, elle aussi, tenue d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. 

« Les plus grandes opportunités se situent dans l’industrie, la technologie, l’innovation et la transition numérique. C’est, selon moi, la perspective la plus prometteuse entre nos deux pays »

Comment faire ? 

Les défis sont nombreux, mais nous pouvons coopérer dans ces domaines, comme je l’ai expliqué, car l’innovation est très présente à Monaco. La transformation numérique y est également très développée. Nos start-up sont reconnues et performantes, et nous voulons créer des passerelles avec leurs homologues monégasques. C’est pourquoi nous sommes ici, et j’apprécie particulièrement l’étroite collaboration entre le Monaco Economic Board (MEB)  et notre chambre slovaque de commerce et d’industrie. Un autre signe de cette nouvelle ère de coopération, c’est la réouverture du consulat honoraire à Monaco. Notre consule honoraire, Tatiana Parackova, est bien connue et très établie en Principauté, ce qui constitue un signal positif pour l’avenir de nos relations. Commençons donc à explorer de nouveaux domaines de coopération. 

«Pour les Monégasques, la Slovaquie n’est peut-être pas encore identifiée comme une destination touristique. Nous avons pourtant beaucoup à offrir, notamment des stations de ski. Certes, vous en avez beaucoup en France, mais les nôtres, dans les montagnes slovaques, sont différentes.» Juraj Blanár. Ministre des affaires étrangères de la Slovaquie. © DR

Le tourisme est également un sujet important de collaboration entre Monaco et la Slovaquie : souhaiteriez-vous promouvoir le tourisme auprès des touristes français et monégasques ? 

Je pense que Monaco est déjà très connu en matière de tourisme, et de nombreux grands sportifs slovaques vivent dans votre pays. Mon ami Peter Sagan y a résidé également. Il vient d’ailleurs de ma ville natale. Donc Monaco est évidemment bien connu. En revanche, pour les Monégasques, la Slovaquie n’est peut-être pas encore identifiée comme une destination touristique. Nous avons pourtant beaucoup à offrir, notamment des stations de ski. Certes, vous en avez beaucoup en France, mais les nôtres, dans les montagnes slovaques, sont différentes. Nous avons aussi un tourisme thermal très réputé. Nous aimerions donc développer une forme de coopération dans ce domaine. Nous verrons si cette dimension de notre collaboration économique se développera. Cependant, je pense que les plus grandes opportunités se situent dans l’industrie, la technologie, l’innovation et la transition numérique. C’est, selon moi, la perspective la plus prometteuse entre nos deux pays. 

« Nous assistons aujourd’hui à une véritable érosion du droit international. Plus rien n’est appliqué comme cela devrait l’être, et nous devons nous en préoccuper. C’est pourquoi la Slovaquie souhaite être plus active au sein du Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre non permanent pour la période 2028–2029. La reconstruction, ou plutôt la réforme de l’ONU, est indispensable »

Comment la Slovaquie peut-elle attirer davantage d’investissements venant de Monaco ? 

J’ai déjà mentionné un très bon exemple de réussite dans notre coopération en matière d’investissement avec Novares Slovakia Automotive s.r.o. Il s’agissait d’un investissement d’environ 50 millions d’euros, soutenu par notre Agence slovaque pour le développement, l’investissement et le commerce. C’est le type de service que nous proposons à tous les investisseurs monégasques intéressés par la Slovaquie, qui est une économie ouverte, très industrialisée et dotée d’une main-d’oeuvre bien formée. Nous pouvons également leur fournir un accompagnement via cette agence. Nous mettons à leur disposition toute l’assistance nécessaire, ainsi que des informations précises sur les conditions d’implantation. C’est un autre objectif de notre mission ici à Monaco, et j’espère que ce forum économique apportera des résultats concrets en ce sens. 

Quelle importance Monaco revêt-il comme partenaire stratégique pour la Slovaquie en matière de changement climatique, de multilatéralisme et de sécurité internationale ? 

Nous assistons aujourd’hui à une véritable érosion du droit international. Plus rien n’est appliqué comme cela devrait l’être, et nous devons nous en préoccuper. C’est pourquoi la Slovaquie souhaite être plus active au sein du Conseil de sécurité des Nations unies en tant que membre non permanent pour la période 2028–2029. La reconstruction, ou plutôt la réforme de l’ONU, est indispensable. Après 80 ans d’existence, le monde a profondément changé, et cela doit être intégré. De nombreux pays sont devenus des acteurs majeurs : les pays du sud global, l’Inde, l’Afrique du Sud, et le Brésil. Ils doivent être pleinement impliqués dans les mécanismes de coopération de l’ONU. C’est un point que je veux souligner avec force. Je vais d’ailleurs rencontrer ma collègue, madame Isabelle Berro-Amadeï, pour discuter de notre coopération multilatérale. À ce que je sais, Monaco présidera le Comité des ministres du Conseil de l’Europe à partir de mai 2026, et nous souhaitons, en tant que membre du Conseil de l’Europe, contribuer à la réussite de cette présidence. C’est essentiel, car à ce niveau multilatéral, il s’agit de promouvoir nos valeurs, la paix et la diplomatie, plutôt que la confrontation. Comme vous le savez, nous assistons à une guerre sanglante en Ukraine. Ce bain de sang doit cesser au plus vite, car il nuit aussi au climat des affaires. Sans paix, il ne peut y avoir de conditions économiques stables : les prix de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement, tout est affecté. C’est pourquoi notre coopération multilatérale avec Monaco est absolument essentielle. 

« Ce bain de sang en Ukraine doit cesser au plus vite, car il nuit aussi au climat des affaires. […] Les prix de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement, tout est affecté »

Les actions culturelles jouent un rôle important dans la diplomatie internationale : comment les liens culturels entre la Slovaquie et Monaco pourraient-ils être renforcés, à l’avenir ? 

Je l’espère vivement, car il n’est pas uniquement question de coopération économique, mais aussi culturelle. Les relations entre les peuples constituent la base de toute coopération, et de toute activité économique. C’est la fondation. J’ai été frappé par le discours du secrétaire général du MEB : il disait que la communication est la base du commerce, et aussi de la sécurité. La coopération culturelle peut justement enrichir cet échange. Nous avons un très bon exemple récent : la présentation du livre et du film Earth (2025) de l’un de nos photographes les plus renommés (1), primé à l’international pour ses clichés de paysages naturels à travers le monde. Le fait que le prince Albert II ait assisté à cet événement montre que nous partageons les mêmes valeurs. Pas seulement les valeurs politiques et démocratiques, mais aussi la valeur fondamentale qu’est la protection de notre planète. Nous voulons donc développer notre coopération à tous les niveaux, car cela peut véritablement renforcer nos liens et, à terme, notre action commune au sein des organisations internationales. 

martinet.monacohebdo@groupecaroli.mc 

@MartinetClem 

1) Le film Zem / Earth (2025) de Filip  Kulisev a été présenté en avant-première en Slovaquie le 11 septembre 2025, avant sa première internationale le 3 octobre 2025, à Monaco.

© DR


International : la Slovaquie, premier producteur de voitures au monde per capita

Les relations entre la Slovaquie et Monaco débutées dès 2013, avant d’être renforcées par la signature de deux accords de partenariat avec la SPOK en 2015, puis en 2017, lors d’un voyage officiel dru prince Albert II en Slovaquie. Un forum économique s’est aussi déroulé en Principauté en 2019. S’exprimant en français, Peter Mihók, président de la SPOK, a été l’un des acteurs de cette relation : « Nous avons le plaisir de travailler ici avec des partenaires de longue date, car rien ne remplace les rencontres, les échanges, et les consultations en personne. Nous avons ainsi des bases solides pour poursuivre ce rapprochement. » Guillaume Rose, directeur général exécutif du Monaco Economic Board (MEB) et Justin Highman, son adjoint, ont, quant à eux, mis en avant les atouts économiques de la Principauté, à l’intention des entrepreneurs slovaques présents. En complément, Fabrice Marquet, associé gérant de l’entreprise membre Monaco Global Impact Business et ancien directeur de MonacoTech, a proposé une intervention sur le thème « Monaco, terre d’innovation », dans laquelle il a notamment pointé l’apparition des premières limites de l’intelligence artificielle (IA). Comme l’ont exposé les représentants de la chambre de commerce et d’industrie Slovaque, leur pays, qui est membre de l’Union européenne (UE), a mis en place une politique très attractive pour les investisseurs grâce à une main d’oeuvre très qualifiée et des coûts de production très compétitifs : ce pays est ainsi devenu le premier producteur de voitures au monde per capita [par habitant – NDLR]. A l’issue de ces exposés, les entrepreneurs slovaques ont présenté brièvement leurs activités dans des secteurs aussi variés que l’immobilier, la construction, l’imprimerie, l’automobile de prestige, ou encore les technologies et l’innovation. La séquence de rendez-vous préparée en amont par les chambres de commerce a ensuite permis à 25 entreprises des deux pays de se rencontrer, et d’établir de nouvelles connexions à l’international. Plus de cinquante rendez-vous ciblés ont ainsi eu lieu.

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