lundi 9 mars 2026
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Sécurité routière : faut-il laisser le volant aux seniors ?

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Alors que les élus du Conseil national viennent de voter un nouveau texte de loi qui vient renforcer l’arsenal répressif de la Principauté (1), la question des seniors au volant continue de se poser. A quel âge faut-il s’arrêter de conduire ? Comment arbitrer entre autonomie, lien social et sécurité routière ? Monaco Hebdo a questionné le gouvernement monégasque à ce sujet. 

Quand on parle de sécurité routière, c’est l’une des questions que tout le monde se pose : les seniors sont-ils, plus que les autres, responsables d’accidents à Monaco ? « Au cours de l’année 2024, 161 faits d’accidents corporels de la circulation ont été enregistrés. Parmi les auteurs de ces faits, seuls 8 étaient des conducteurs âgés de plus de 65 ans », répond le département de l’intérieur du gouvernement monégasque. Quant au nombre d’accidents provoqués par une inaptitude à la conduite constatés en Principauté, difficile d’avoir des chiffres précis, car « généralement, les causes de survenance d’un accident corporel de la circulation sont multifactorielles », ajoute-t-on du côté du département de l’intérieur : « Concernant plus particulièrement les situations qui ont impliqué cette population de conducteurs, des fautes de conduite ont été relevées à leur encontre à l’occasion des enquêtes diligentées. » Il s’agit, dans le désordre, de changement de direction sans précaution, de refus de priorité à un ou des piétons, de défaut de précaution, d’un défaut de maîtrise ou d’un franchissement de ligne continue.

A Monaco, le nombre total de permis de conduire actifs en Principauté s’élève à 27 121, dont 8 556 sont détenus par des personnes qui ont 65 ans et plus

Mais impossible de cibler clairement les seniors. « Il ne nous paraît pas possible d’indiquer si ces accidents ont été provoqués par une inaptitude générale et permanente, à la conduite, de leurs auteurs, ou s’ils ont été la conséquence d’une simple faute d’inattention », ajoute le département de l’intérieur.

Les seniors n’ont pas plus d’accidents que le reste de la population

En France, les seniors, en particulier les plus de 75 ans, présentent un risque d’accident mortel ou grave par kilomètre parcouru plus élevé que la moyenne. Pourtant, cela ne veut pas dire qu’ils causent plus d’accidents. En revanche, si leur exposition est plus faible, leurs accidents ont plus de conséquences graves. En 2024, pour la tranche 65-74 ans, il y a eu 365 morts sur les routes, indique l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) du gouvernement français. Pour la tranche 75-84 ans, il y a eu 346 décès en 2024.

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Mais, selon les données disponibles en France, les 65-74 ans et les 75 ans et plus ne semblent pas être plus souvent responsables d’accidents que toutes les autres tranches d’âge. Et même, selon l’ONISR, pour la tranche 65-74 ans, « la responsabilité en matière d’accidentalité est plus faible que pour l’ensemble de la population ». Les conducteurs de 75 ans et plus ne représentent que 9 % des accidents mortels pour la catégorie « 65 ans et plus », ce qui est relativement bas comparé à d’autres tranches d’âge.

« Au cours de l’année 2024, 161 faits d’accidents corporels de la circulation ont été enregistrés. Parmi les auteurs de ces faits, seuls 8 étaient des conducteurs âgés de plus de 65 ans »

Le département de l’intérieur du gouvernement monégasque 

Les 18-35 ans, qui représentent à peu près la même proportion de la population (21 %) que les seniors, sont impliqués dans 48 % des morts sur la route, toujours selon l’ONISR. Si le vieillissement a un impact sur la capacité à conduire, notamment concernant la vision, les réflexes et l’ouïe, la plupart des seniors s’en aperçoivent, et ils ont tendance à lever le pied. Souvent, ils adoptent une conduite plus prudente, choisissent des créneaux horaires avec moins de circulation, et ils prennent globalement moins de risques, en misant sur une conduite plus sage. Cet ensemble d’éléments contribue à expliquer pourquoi les seniors ne causent pas plus d’accidents que les autres tranches d’âges. Ils ne sont pas, non plus, surreprésentés en tant que responsables d’accidents mortels à l’échelle des conducteurs actifs.

Un contrôle médical obligatoire d’aptitude à la conduite au-delà d’un certain âge

Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’à Monaco, le nombre total de permis de conduire actifs en Principauté s’élève à 27 121, et que 8 556 sont détenus par des personnes qui ont 65 ans et plus. La question des seniors au volant reste un sujet sensible, et si plusieurs pays européens (2), dont Monaco, imposent une visite médicale à partir d’un certain âge, ce n’est pas le cas en France. Mais les choses pourraient changer, car une proposition de loi de mars 2025, portée par Frédéric Valletoux (Horizons), vise à rendre obligatoire une visite médicale pour les permis A et B : tous les 15 ans pour tous, et tous les 5 ans à partir de 70 ans. En Principauté, un contrôle médical est parfois imposé, comme l’explique le département de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme du gouvernement monégasque : « Une visite médicale est obligatoire lors de la sollicitation d’une première catégorie de permis de conduire ou de toute catégorie de permis supplémentaire, puis pour renouveler son permis de conduire, après l’âge de 70 ans. De façon plus spécifique, les titulaires d’un permis de conduire poids lourd sont soumis à un contrôle médical tous les cinq ans, jusqu’à l’âge de 45 ans, puis tous les trois ans entre 45 ans et 55 ans, tous les deux ans de 55 ans et 60 ans, et enfin tous les ans, après 60 ans. Une personne désirant échanger un permis de conduire poids lourd délivré à l’étranger avec un permis de conduire monégasque, devra également se soumettre à un examen médical d’aptitude à la conduite. »

« Pour tous les résidents âgés de 70 ans titulaires d’un permis de conduire, Monaco dispose déjà d’un contrôle médical d’aptitude à la conduite obligatoire. Ce contrôle est effectué par des médecins agréés, qui ont suivi une formation spécifique »

Le département de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme du gouvernement monégasque

Alors que la France envisage la mise en place d’un contrôle médical obligatoire d’aptitude à la conduite au-delà d’un certain âge, Monaco a déjà franchis le pas : « Pour tous les résidents âgés de 70 ans titulaires d’un permis de conduire, Monaco dispose déjà d’un contrôle médical d’aptitude à la conduite obligatoire. Ce contrôle est effectué par des médecins agréés, qui ont suivi une formation spécifique. »

Aller et venir : un droit fondamental

Au-delà des visites médicales et des contrôles, certaines stratégies se sont développées ces dernières années pour celles et ceux qui veulent continuer à conduire en toutes circonstances, au-delà de l’âge et parfois même sans permis. Ainsi, en France, un senior qui se verrait retirer son permis de conduire, aura toujours la possibilité d’opter pour une voiture sans permis, ce qui peut aussi se révéler dangereux. Ce type de véhicule peut être conduit sans permis B, à condition que le conducteur ait au moins 14 ans et possède le brevet de sécurité routière ou un permis AM, qui est la catégorie européenne de permis pour les cyclomoteurs et voitures sans permis. En revanche, à Monaco, la notion de « voiture sans permis » n’existe pas. «Pour conduire un quadricycle léger il faut être titulaire d’un permis AM. Or, toutes catégories de permis de conduire sont délivrées à l’issue d’une épreuve pratique de conduite devant un inspecteur. Dans le cas d’une inaptitude physique définitive à la conduite, les droits à conduire sont annulés, et le titre est récupéré par le service des titres de circulation. L’usager ne peut plus conduire de véhicule terrestre à moteur, car il serait alors en « défaut de permis»», explique-t-on du côté du département de l’équipement, de l’environnement et de l’urbanisme. Quoi qu’il en soit, pour beaucoup de seniors, le permis de conduire est un facteur d’autonomie et de lutte contre l’isolement. Entre sécurité sur les routes de la Principauté et préservation du lien social chez les plus âgés, le point d’équilibre est difficile à trouver. Lorsqu’il devient difficile, voire dangereux, de conduire, c’est vers les transports en commun qu’il faut se tourner immédiatement, plaide le département de l’équipement : « Monaco est aujourd’hui doté d’un réseau de transport en commun performant, bus et ClicBus, permettant de se déplacer facilement. Les Monégasques et les résidents de plus de 60 ans, ainsi que tous les retraités de plus de 60 ans qui ont un droit à pension de retraite ou de réversion à un régime monégasque à l’issue d’une période d’activité d’au moins dix ans, y ont accès gratuitement. Les seniors en situation de handicap peuvent également faire appel aux services de Mobi’bus pour se déplacer en Principauté. » Si aller et venir est un droit fondamental, le garantir, y compris pour les seniors, passe donc à Monaco par l’accès gratuit aux transports en commun et par l’utilisation de Mobi’bus pour les personnes handicapées.

« Des examens médicaux d’aptitude périodiques, y compris avant 60 ans »

Alors que la question des seniors au volant n’a pas été directement abordée lors du vote du projet de loi au Conseil national sur la sécurité routière, le 6 novembre 2025 [à ce sujet, lire notre article Sécurité routière : à la recherche de l’équilibre, entre répression et prévention, publié dans ce numéro de Monaco Hebdo – NDLR], le sujet est délicat. Certains estiment notamment que légiférer autour des seniors et du permis de conduire, c’est prendre le risque de stigmatiser une partie de la population. A Monaco, on est parvenu à éviter ce débat sensible. «En Principauté, les visites médicales d’aptitude à la conduite ne concernent pas spécifiquement les seniors. L’aptitude médicale à la conduite de toutes les personnes désirant obtenir leur permis de conduire est également contrôlée. La dangerosité de certains véhicules justifie également la mise en œuvre d’un suivi médical renforcé. C’est la raison pour laquelle les conducteurs de poids lourds sont soumis à des examens médicaux d’aptitude périodiques, y compris avant 60 ans», répond le département de l’équipement.

« Les écoles de conduite pourraient proposer aux seniors des stages de remise à niveau, notamment sur simulateur, concernant notamment les règles de circulation et la signalisation. Celles-ci pourraient également effectuer des sessions de sensibilisation auprès des seniors, afin de les informer des risques liés à la conduite au-delà d’un certain âge »

Pendant ce temps, d’autres pays avancent avec un certain nombre d’idées et de dispositifs pour tenter d’assurer davantage de sécurité sur leurs routes. Des pays, comme la Belgique par exemple, proposent des stages de remise à niveau, sur la base du volontariat. Pourrait-on aller plus loin à Monaco ? Pourquoi pas, glisse le département de l’équipement : « Les écoles de conduite pourraient proposer aux seniors des stages de remise à niveau, notamment sur simulateur, concernant notamment les règles de circulation et la signalisation. Celles-ci pourraient également effectuer des sessions de sensibilisation auprès des seniors, afin de les informer des risques liés à la conduite au-delà d’un certain âge en raison notamment de la diminution des réflexes ou de la vigilance. »

  1. 1) A ce sujet, lire notre article Sécurité routière : à la recherche de l’équilibre, entre répression et prévention, publié dans ce numéro de Monaco Hebdo.
  2. 2) L’Espagne, l’Italie, la Finlande, les Pays-Bas, la Suisse ou le Danemark, entre autres, rendent obligatoire une visite médicale, à partir d’un certain âge.

Seniors au volant : « Il est essentiel de trouver un équilibre entre sécurité et autonomie, entre bienveillance et responsabilité »

Du côté du département des affaires sociales et de la santé du gouvernement monégasque, on plaide en faveur d’une recherche de solutions au cas par cas, en se fixant pour objectif de préserver au maximum le bien-être et l’autonomie des seniors. 

Pour beaucoup de personnes âgées, la voiture ne se limite pas à un simple moyen de transport. Elle symbolise l’indépendance et elle permet de maintenir des liens sociaux, notamment se rendre chez le médecin, faire ses courses, ou visiter des proches, sans dépendre des autres. La conduite représente un symbole : celui d’une continuité de vie active, une véritable liberté, dont il est très difficile de se passer. Cependant, avec l’avancée en âge, certaines aptitudes indispensables à une conduite sûre peuvent diminuer. Troubles visuels, maladies neurodégénératives naissantes, comme Alzheimer ou Parkinson, effets secondaires de certains traitements, fatigue accrue, diminution de la mobilité articulaire et des réflexes ou encore troubles de l’attention, sont autant de facteurs qui peuvent accroître les risques d’accidents.

Dialogue

Dans ce contexte, la question de l’équilibre, difficile à trouver, entre sécurité et autonomie, devient centrale. L’approche défendue par le gouvernement monégasque, et par son département des affaires sociales et de la santé, repose sur l’évaluation individuelle : un dialogue entre le senior, ses proches et le médecin traitant, parfois complété par des examens spécialisés : gériatrie, ophtalmologie, neurologie ou psychomotricité. Tout cela doit permettre de mesurer la capacité réelle à conduire. « On peut aussi déployer une mise en situation, ou bien miser sur une adaptation du mode de conduite, avec des parcours limités, une conduite en journée, l’évitement des autoroutes… Le cas échéant, un accompagnement progressif vers d’autres formes de mobilité peut être souhaitable : transport à la demande, transports en commun, taxis… », souligne-t-on du côté du département des affaires sociales et de la santé.

« Une réflexion partagée »

Quant au retrait du permis, il est loin d’être anodin pour un senior, car il peut se traduire par des effets négatifs sur sa santé. « Le retrait de la faculté de conduire peut être à l’origine d’un isolement social, d’une perte d’estime de soi, et parfois, accélérer le déclin cognitif. À l’inverse, maintenir une conduite inadaptée peut exposer à des risques graves pour le conducteur et pour les autres usagers. Il est donc essentiel de trouver un équilibre respectueux entre sécurité et autonomie, entre bienveillance et responsabilité. La conduite, chez les seniors, ne doit pas être un tabou, mais un sujet de réflexion partagée », estiment les services du département des affaires sociales et de la santé.  

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