dimanche 8 mars 2026
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Régis Bergonzi et Roland Mouflard quittent la majorité et créent « En avant Monaco »

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Le 7 février 2026, les conseillers nationaux Régis Bergonzi et Roland Mouflard ont quitté le groupe politique majoritaire L’Union. Avec Brigitte Boccone-Pagès, indépendante depuis le 3 avril 2024, ils ont fondé En avant Monaco, dans un contexte où l’union des 24 élus avait déjà pris fin deux ans plus tôt. Par Raphaël Brun

«Après une période de réflexion approfondie, nous avons pris la décision de quitter la majorité actuelle. » C’est par ces mots que débute la lettre envoyée le 7 février 2026 au président du Conseil national Thomas Brezzo par les élus Régis Bergonzi et Roland Mouflard. « Cette décision n’a pas été prise à la légère. Elle n’est ni personnelle, ni circonstancielle, ni dictée par un désaccord ponctuel. Elle procède d’un constat devenu, avec le temps, difficile à ignorer : la méthode de travail, la manière d’exercer l’action politique et la place laissée au débat ne nous permettent plus de remplir pleinement le mandat que nous ont confié les Monégasques », poursuivent ces deux personnalités politiques élues en février 2023 sur la liste L’Union.

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A l’époque, L’Union de Brigitte Boccone-Pagès avait facilement écarté les Nouvelles Idées pour Monaco (NIM) de Daniel Boeri, en décrochant la totalité des 24 sièges. Du jamais vu depuis la révision constitutionnelle de 2002. Si Nathalie Amoratti-Blanc avait alors été la mieux élue avec un total de 3 164 suffrages [sur 7 594 électeurs inscrits pour le scrutin du 5 février 2023, il y a eu 4 348 votants, ce qui représente une participation de 57,25 % — NDLR], Régis Bergonzi pointait à la sixième place, avec 3 116 voix. Quant à Roland Mouflard, il a décroché son fauteuil parmi les huit candidats élus à la proportionnelle, en terminant à la cinquième place avec 2 927 suffrages [à ce sujet, lire notre article Election nationale 2023 : L’Union reçue 24 sur 24, publié dans Monaco Hebdo n° 1273 — NDLR].

Au fil des mois, ces deux conseillers nationaux disent avoir « constaté un écart croissant entre les discours tenus et la réalité des actions menées, ainsi qu’une tension de plus en plus forte mise sur les membres de l’équipe, ne permettant plus le débat, élément constitutif d’une démocratie saine. Cela altère profondément la confiance, nourrit l’immobilisme et rend l’engagement politique difficile à défendre »

« Retrouver une cohérence »

Mais si la majorité dirigée par Thomas Brezzo depuis le 3 avril 2024 et son élection au poste de président du Conseil national, dispose encore aujourd’hui de 21 sièges sur 24, le temps de l’union est donc définitivement révolue. Se disant toujours « profondément attachés aux institutions de la Principauté, au modèle principiste et à l’équilibre qui fait la singularité et la force de Monaco », Régis Bergonzi et Roland Mouflard estiment aussi que c’est par rapport à ces principes qu’ils doivent aujourd’hui « assumer une position claire ». Et cela, parce qu’au fil des mois, ces deux conseillers nationaux disent avoir « constaté un écart croissant entre les discours tenus et la réalité des actions menées, ainsi qu’une tension de plus en plus forte mise sur les membres de l’équipe, ne permettant plus le débat, élément constitutif d’une démocratie saine. Cela altère profondément la confiance, nourrit l’immobilisme et rend l’engagement politique difficile à défendre. Notre décision vise à retrouver une cohérence entre convictions, responsabilités et l’action que nous souhaitons porter ».

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Dans une interview publiée par Monaco-Matin le 9 février 2026, Régis Bergonzi fait remonter le point de non-retour au 25 novembre 2025, et au débat sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) [à ce sujet, lire notre article Dépénalisation totale de l’IVG : le gouvernement enterre la proposition de loi des conseillers nationaux, publié dans Monaco Hebdo n° 1402 — NDLR]. Les propos de la conseillère nationale Christine Pasquier-Ciulla ont heurté Régis Bergonzi. Pour mémoire, cette élue a dit : « Le 15 juin 2007, dans l’ancienne enceinte du Conseil national, lors de la non-transformation de la proposition de loi sur l’IVG, je déclarais : « L’obscurantisme est victorieux aujourd’hui. Nos institutions viennent de faire la parfaite démonstration que l’Etat monégasque est inféodé aux promoteurs de dogmes. Entre le Vatican et Paris, c’est à se demander qui gouverne à Monaco. » Eh bien, Mesdames et Messieurs, 18 ans après, j’ai la réponse : ce n’est pas Paris ! »

Brigitte Boccone-Pagès Janvier 2024
Poussant leur logique jusqu’au bout, Régis Bergonzi et Roland Mouflard ont créé un nouveau groupe politique aux côtés de Brigitte Boccone-Pagès [notre photo — NDLR], évincée de la présidence du Conseil national en avril 2024, et indépendante depuis cette date. « En avant Monaco » a donc vu le jour le 7 février 2026 avec Régis Bergonzi à la présidence, Brigitte Boccone-Pagès comme secrétaire générale et Roland Mouflard au poste de trésorier. © Photo Conseil national

IVG

« Cette phrase, difficile à entendre, m’a semblé en contradiction totale avec mes valeurs. Nous sommes un pays qui s’efforce depuis 700 ans, malgré l’exiguïté de son territoire à démontrer son indépendance, à renforcer sa souveraineté. Nous devons nous serrer les coudes face à l’adversité et jouer pour Monaco. Il n’y avait donc que deux choix : se soumettre ou se démettre. Nous avons pris nos responsabilités pour marquer ce désaccord et retrouver une pleine liberté de parole à l’avenir, si des dérapages devaient encore se reproduire », prévient Régis Bergonzi. « Personnellement, je partage les convictions de Christine Pasquier-Ciulla sur l’IVG, mais le souverain avait arbitré. On peut défendre ses convictions, oui, mais faire ce genre de déclarations… J’ai eu peine à être à l’aise sur ces propos et ceux de l’an passé sur « Monaco, État Cahuzac » (1). Nous avons essayé de jouer pour l’équipe Conseil national le plus longtemps possible, mais on se rend compte que certaines libertés sont prises alors que, par ailleurs, on est corrigé sur certaines tournures de phrase dans nos interventions », a estimé pour sa part Roland Mouflard, également dans Monaco-Matin.

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Pour la suite de leur mandat, qui prendra donc fin en février 2028, ces élus assurent qu’ils continueront à agir « avec le même sens du devoir, dans le respect des institutions, et avec une volonté constante de dialogue, au service exclusif de Monaco et des Monégasques ». Poussant leur logique jusqu’au bout, Régis Bergonzi et Roland Mouflard ont créé un nouveau groupe politique aux côtés de Brigitte Boccone-Pagès, évincée de la présidence du Conseil national en avril 2024, et indépendante depuis cette date. « En avant Monaco » a donc vu le jour le 7 février 2026 avec Régis Bergonzi à la présidence, Brigitte Boccone-Pagès comme secrétaire générale et Roland Mouflard au poste de trésorier.

« Le constat est sévère »

Contacté par Monaco Hebdo, ce nouveau groupe politique n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 24 février 2026. Ces trois élus nous ont fait parvenir un texte d’environ une page qui résume leurs positions. En revanche, du côté de L’Union, le vice-président du Conseil national, Jean-Louis Grinda, a répondu à chacune de nos interrogations [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR], et il ne mâche pas ses mots : « Il est inutile de vouloir comprendre ces départs par du mécontentement. Lorsqu’on crée un mouvement, fut-ce un groupe minoritaire, j’ose imaginer, en parlant de fond, qu’il y a quelque chose de plus sérieux, un projet, une dynamique. Pour l’instant, je n’ai rien vu. » De leur côté, les élus d’En avant Monaco assurent être restés trois ans au sein de L’Union « par sens des responsabilités, par respect des institutions et parce que nous pensions qu’un travail exigeant, fondé sur le dialogue et la stabilité, permettrait d’obtenir des avancées concrètes. Ce temps n’a pas été inutile. Mais le constat est sévère et nous commande d’agir. Ces années ont permis de mesurer les forces, mais aussi les limites d’une méthode qui, aujourd’hui, ne permet plus d’avancer avec la clarté, la lisibilité et l’efficacité attendues ». Se disant certains que les Monégasques n’attendent pas de leurs élus « la gestion d’équilibres internes ou l’agitation médiatique », ils jugent que c’est plutôt « des résultats concrets et un échange pragmatique et engagé » qu’il faut aller chercher. Et cela, sur des dossiers très concrets, dont ils font la liste ainsi : « Pouvoir se loger, préserver la qualité de vie, améliorer l’inclusion, accéder à une santé efficace, offrir des perspectives solides aux jeunes générations, et maintenir la crédibilité internationale de la Principauté, dans un monde en profonde mutation. »

Une proposition de loi devrait donc voir le jour tous les mois et demi. Ce qui ferait un total d’au moins 16 nouveaux textes d’ici la fin de cette mandature 2023-2028, en février 2028. Il faudra trouver le temps et les ressources nécessaires pour soutenir un rythme aussi élevé

Une proposition de loi tous les 45 jours

C’est aussi une manière d’agir différente que prônent les trois conseillers nationaux dissidents de L’Union. Pour cela, ils mettent en avant une méthode basée sur « la clarté, le pragmatisme, le respect des institutions et l’action mesurable ». Tout en prévenant : « Il ne s’agit pas de s’opposer pour s’opposer, mais de pouvoir travailler librement sur des propositions concrètes, évaluables et suivies dans le temps. » Le travail sera donc mené différemment chez En avant Monaco, et « ce choix n’est pas un renoncement », assurent-ils : « C’est un engagement renouvelé, sans bruit inutile, mais avec détermination, au service de Monaco et des Monégasques. La loyauté n’est pas le silence ; elle est la lucidité. Et aujourd’hui, la lucidité impose de changer de méthode, pour mieux servir l’intérêt général. Il est temps de passer des promesses aux preuves. Cela suppose une méthode claire et lisible : avancer par étapes, avec un rythme assumé de pas en avant, plutôt que des annonces ponctuelles sans suivi. » C’est une annonce choc que font aussi Régis Bergonzi, Brigitte Boccone-Pagès et Roland Mouflard : « Nous voulons inscrire l’action publique dans une dynamique régulière : un pas après l’autre, chaque fois qu’une proposition est prête, utile et mesurable. Un pas en avant, chaque 45 jours, pour améliorer concrètement la vie des Monégasques, plutôt que d’attendre des cycles longs et souvent déconnectés du quotidien. »

Lire aussi | Génération Monaco — Marc Mourou : « Notre volonté est de proposer un véritable renouveau du paysage politique »

Une proposition de loi devrait donc voir le jour tous les mois et demi. Ce qui ferait un total d’au moins 16 nouveaux textes d’ici la fin de cette mandature 2023-2028, en février 2028. Il faudra trouver le temps et les ressources nécessaires pour soutenir un rythme aussi élevé. Quant aux sujets sur lesquels pourraient porter ces propositions de loi, ils concerneront les sujets du quotidien, qui touchent très directement les Monégasques : « Par exemple, sur le soutien aux familles monoparentales, sur l’inclusion des personnes en situation de handicap, sur la santé et la dignité des femmes, sur la qualité de vie, la protection de l’environnement, sur une numérisation efficace, responsable et éthique, sur l’avenir des jeunes, ainsi que sur le renforcement de la crédibilité internationale de Monaco, notamment par la sortie durable de la liste grise », ont indiqué ces trois conseillers nationaux à Monaco Hebdo. Avant de lancer un appel aux Monégasques : « Dites-nous quelles sont vos idées, quels sont vos besoins pour que nous décidions des propositions de loi que nous pourrons mettre en œuvre dans les deux prochaines années. »

Quels scénarios pour février 2028 ?

L’avenir, ce sont aussi les élections nationales de février 2028. Est-ce qu’En avant Monaco présentera une liste ? « C’est vraiment hors sujet, pour le moment. Lorsque vous avez encore deux ans de mandat, il faudrait être stupide pour ne pas se concentrer sur un temps aussi important », a commenté Régis Bergonzi dans les colonnes de Monaco-Matin, sans en dire davantage. Mais ce n’est pas le seul scénario possible. Alors que l’ancien conseiller national de 2018 à 2023, Marc Mourou, a lancé son mouvement Génération Monaco en février 2025 [à ce sujet, lire l’interview de Marc Mourou : « Notre volonté est de proposer un véritable renouveau du paysage politique », publiée dans Monaco Hebdo n° 1363 — NDLR], certains imaginent déjà un rapprochement entre En avant Monaco et Génération Monaco. « J’ai naturellement entendu parler de son projet, tout comme d’autres ambitions similaires qui se manifesteront, ou pas, d’ici 2028. Aucun « deal » n’est passé. Notre choix, aujourd’hui, ne porte pas sur des calculs politiques », a répondu Régis Bergonzi à Monaco-Matin, tout en se disant persuadé que L’Union n’incarne plus l’avenir : « Lors de la réunion publique sur la mobilité, 38 personnes étaient présentes : des non-nationaux et des proches d’élus. Je formule donc le pronostic que personne, à l’avenir, ne se présentera aux prochaines élections sous cette bannière. Le lien entre la population et ce groupe m’apparaît profondément distendu. » Thomas Brezzo et ses colistiers apprécieront. Une certitude : les deux prochaines années devraient être encore un peu plus animées dans l’hémicycle.

1) Dans la soirée du 21 décembre 2023, à l’occasion du vote du budget primitif 2024, la conseillère nationale Christine Pasquier-Ciulla a voté contre cette loi de budget, justifiant son vote ainsi : « Vous soumettez à notre vote ce soir un budget qui ne respecte pas… la loi de budget ! Nous exigeons pourtant bien des Monégasques et des résidents qu’ils les respectent nos lois… Alors, à titre personnel, je refuse de faire partie d’une sorte d’Etat « Cahuzac » qui imposerait le respect des lois aux autres, sans les respecter lui-même ! Je voterai contre cette loi de budget avec regret, car il aurait suffi d’un programme triennal d’équipement public rectifié, de quelques feuillets de vérité et de légalité pour obtenir ma voix ».

Pour lire la suite de notre dossier consacré au départ de Régis Bergonzi et Roland Mouflard de la majorité du Conseil national, cliquez ici.

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