Depuis 2004, Monaco développement durable (MC2D) réunit des associations monégasques pour préserver l’environnement. Son président Raoul Viora évoque les deux projets phares de l’association : Transport rapide Eze-Monaco et la voie verte.
Par Caroline Sellier.
Une Principauté plus sensible à l’environnement, c’est l’objectif que s’est donné l’association MC2D. Créée en juillet 2004, MC2D a pour but de réunir les différentes associations monégasques visant à la protection de l’environnement afin de sensibiliser la population monégasque au développement durable. Regroupant notamment l’Association monégasque pour la protection de la nature, le Club des véhicules électriques de Monaco ou encore Ecolopolis, le champ d’action de MC2D est large. En partenariat avec la mairie de Monaco, l’association organise les « jeudis verts » afin de sensibiliser et informer les résidents des différents projets développés. Avec le programme « Monaco s’engage contre la déforestation », MC2D s’adresse directement aux professionnels de la filière bois en Principauté en leur demandant de signer « la charte sur l’utilisation et la gestion vertueuse du bois ». L’association s’engage également à réduire les nuisances et la pollution à Monaco et ce au travers de deux projets.
Des navettes souterraines pour désengorger le trafic
Le projet TREM — Transport rapide Eze-Monaco — a pour but principal de fluidifier le transport en Principauté et dans les communes avoisinantes. « Quand vous devez vous rendre à une réunion à Monaco avant 11h en venant de l’extérieur, il vaut mieux venir en hélicoptère ! », sourit Raoul Viora, président de MC2D. Il est de notoriété publique que circuler à Monaco en voiture n’est pas une chose facile. Pour ce faire, MC2D propose un service de navettes souterraines, qui s’apparente à un système de transport de type urbain « en site propre » (TCSP). Une sorte de tramway « d’allure Orlyval », destiné à diminuer la circulation intramuros en effectuant des allers-retours entre Eze et le centre de Monaco, au niveau de l’ancienne gare, en cinq minutes. A l’initiative de Bernard Fautrier, ancien président de l’association, le projet a été relancé il y a cinq années. « Je m’étais dit qu’en trois ans, c’était faisable, mais au final aujourd’hui, nous en sommes toujours au même point », confie Raoul Viora. Pourtant, le projet possède de bonnes bases : le parking du TREM serait installé dans une carrière située sur la commune d’Eze, lieudit la Brasca, un terrain qui provient en fait du comblement d’un vallon. « C’est un terrain plutôt aménageable avec beaucoup de volume, qui permettrait d’accueillir 3 000 voitures », souligne Raoul Viora. « De quoi gagner des heures de trafic en dégageant la circulation, et réduire le nombre de voitures entrant en principauté entre 25 et 30 % ». Une solution que Raoul Viora ne prétend pas être la meilleure mais qui permettrait aux pendulaires de gagner du temps. Néanmoins le projet a du mal à séduire les autorités et avance pianissimo. « Le gouvernement monégasque s’est complètement axé sur le tunnel descendant. Je ne suis pas sûr qu’il aide à améliorer l’état de la circulation, au mieux il fera gagner aux conducteurs une ou deux minutes ». Si le TREM n’en est à l’heure actuelle qu’au stade d’étude, le projet nécessitera forcément un financement — dont on ne connaît pas le montant —, et un affinement des trajectoires à définir plus précisément car elles traversent quelques « points durs, comme par exemple le passage sous le tunnel du côté de Monte-Carlo. On ne peut pas faire passer la voie routière et en même temps le petit train… » Il possède cependant un avantage majeur. Un de ses points d’arrêts se situe près de l’hôpital et, « parait-il, le plus gros problème de l’hôpital, c’est les parkings ! », s’amuse Raoul Viora.
Reste que pour le moment le TREM « est sur la touche », en attente d’initiatives de la part des mairies voisines (le président de MC2D n’a pour l’instant eu « que des avis favorables » du côté des édiles français). La faisabilité technique et administrative semble « solvable » du point de vue de Raoul Viora. En ce qui concerne le côté financier, en revanche, « il faudrait peut-être penser à des participations françaises de la part du conseil régional… » MC2D regrette qu’on ne prenne pas plus « le taureau par les cornes. Aujourd’hui, Monaco a l’impression d’avoir fait ce qu’il fallait avec le tunnel descendant, mais à mon sens, c’est faux. » Raoul Viora se désole que l’on donne trop la priorité aux voitures et prône une prise de conscience : « Je crois qu’il n’y a pas assez de volonté. Les usagers acceptent trop cette situation, ils s’adaptent mais ne se demandent pas s’il y aurait des moyens d’améliorer les choses ». Le TREM en sera peut-être une. Il bénéficie en tout cas déjà du soutien de la fédération patronale.
Véhicules doux sur voie verte
En attendant que le TREM ne desserve la Principauté et les communes voisines, l’association MC2D entend bien réduire toujours plus le nombre de voitures en principauté. Et pour cela, elle propose un nouveau projet : la voie verte. « Bien que la politique urbanistique de Monaco est, à mon sens, un peu décousue, nous bénéficions ici de beaucoup d’espaces verts et de jardins. Nous nous orientons même sur des techniques de jardineries plus respectueuses de l’environnement », déclare Raoul Viora. Afin de bénéficier de ces zones vertes et de promouvoir l’utilisation des moyens de transports « doux » — comprendre vélos, rollers, trottinettes ou à pieds, tout simplement —, les résidents monégasques profiteront désormais d’un endroit sécurisé pour en user. « A ne pas confondre avec une piste cyclable, la voie verte sera une zone sur laquelle on ne va pas vite, limitée à 5 kilomètres/heure. Il y a certaines conditions de sécurité à respecter afin de faire de la voie verte un endroit agréable ». Cette voie traverserait Monaco, d’un bout à l’autre : « L’idée serait de la faire partir du parking des pêcheurs au pied du Rocher, de lui faire faire le tour du port, avec peut-être des éventuelles extensions vers Fontvieille même s’il y a un passage « dur » sous le tunnel, puis de longer le port et de continuer jusqu’à l’autre bout de Monaco ». Un tracé sommes toutes agréable, longeant le bord de mer, plat et accessible à tous, notamment par l’intermédiaire de différents ascenseurs publics. Un projet qui rejoint l’idée du TREM dans son intention d’améliorer la circulation dans la Principauté et de la rendre attrayante d’un certain côté. Un clin d’œil également à l’organisation mondiale de la santé (OMS) qui préconise trente minutes d’effort modéré par jour, comme la marche ou le vélo par exemple. Une voie verte utile et surtout symbolique d’une circulation apaisée, douce et active pour une population qui est prête à évoluer et à changer d’approche de sa mobilité.



