lundi 9 mars 2026
AccueilActualitésInternationalCOP30 : Face aux dérives idéologiques, Albert II plaide pour la science

COP30 : Face aux dérives idéologiques, Albert II plaide pour la science

Publié le

Le prince Albert II a défendu la rigueur scientifique et le multilatéralisme à la tribune du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, les 6 et 7 novembre 2025, en prélude à la COP30 à Belem, au Brésil. Du 10 au 21 novembre 2025, la COP30 occupe le terrain pour tenter d’agir contre le dérèglement climatique. Dix ans après l’accord de Paris, le souverain monégasque a exhorté les États à « faire de cette conférence une étape décisive » dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Sous la canopée, les chefs d’État prennent racine. La trentième Conférence des Nations unies sur le climat s’est ouverte à Belem, au nord du Brésil, dans un climat de gravité. Réunis pour deux semaines, jusqu’au 21 novembre 2025, une trentaine de chefs d’État et de gouvernement participent à ce rendez-vous crucial, dix ans après l’accord de Paris. Si la COP30 se veut celle de l’évaluation et de la relance, elle s’ouvre sur un constat d’échec. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a reconnu que la promesse de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C était désormais hors d’atteinte : la trajectoire mondiale avoisine les 2,5 °C. « La fenêtre d’opportunité d’action se referme rapidement », a alerté le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, lors de la séance d’ouverture.

COP30 Brésil Prince Albert II Monaco
« La Cour internationale de justice et le Tribunal international du droit de la mer ont récemment établi un lien clair entre nos activités anthropiques, les bouleversements que connaît le climat et la responsabilité qui pèse sur nos États. » Le prince Albert II (ici en compagnie du président du Brésil, Luiz Inacio Lula da Silva). © Photo Michael Alesi / Palais Princier

Le plaidoyer d’Albert II pour la rigueur scientifique

Devant un parterre de dirigeants, de chercheurs, d’ONG et de représentants de la société civile, le prince Albert II a prononcé un discours ferme, défendant la science contre les dérives idéologiques qui minent l’action internationale. « La science se trouve aujourd’hui confrontée au péril de l’idéologie et du relativisme, alors même qu’elle n’a jamais été aussi sûre, si accessible et surtout si claire », a-t-il déclaré, rejoignant l’appel du président français, Emmanuel Macron, à « choisir la science face à l’idéologie ». Pour le prince, ces attaques sapent les fondements mêmes du multilatéralisme climatique. « La Cour internationale de justice et le Tribunal international du droit de la mer ont récemment établi un lien clair entre nos activités anthropiques, les bouleversements que connaît le climat et la responsabilité qui pèse sur nos États », a-t-il rappelé, insistant sur la nécessité d’une réponse collective fondée sur le droit et la connaissance. Au-delà de son allocution inaugurale, Albert II a participé à une table ronde coprésidée par Lula da Silva et consacrée aux océans et aux forêts – deux écosystèmes au cœur des priorités de la COP30. Fidèle à son engagement de longue date, il a défendu une « économie bleue » durable, alertant sur la fonte accélérée de la cryosphère, la pollution marine et l’acidification des eaux. « Les flux financiers vers l’économie bleue n’ont jamais été aussi importants », a-t-il souligné, évoquant les conclusions du Blue Economy and Finance Forum organisé à Monaco en juin 2025. Le prince a aussi rappelé le rôle central de l’Amazonie dans la régulation climatique mondiale. En accueillant la conférence dans la région de Belem, le Brésil souhaite replacer la forêt et les peuples autochtones au cœur des discussions, ces derniers étant les premiers garants de la biodiversité selon plusieurs agences onusiennes.

« La science se trouve aujourd’hui confrontée au péril de l’idéologie et du relativisme, alors même qu’elle n’a jamais été aussi sûre, si accessible et surtout si claire », a déclaré le prince Albert II, rejoignant l’appel du président français, Emmanuel Macron, à « choisir la science face à l’idéologie »

Lire aussi | Blue Economy and Finance Forum : 25 milliards d’euros investis

Monaco double son financement climatique

Dans une séquence plus politique, Albert II a réaffirmé l’engagement de la Principauté en matière de financement et de réduction des émissions. Dix ans après « le formidable élan de coopération » de l’accord de Paris, il a annoncé que Monaco doublerait d’ici 2028 sa contribution internationale dédiée à l’action climatique des pays en développement, prolongeant les décisions prises lors de la COP29 de Bakou. Albert II a également rappelé les objectifs fixés par la nouvelle contribution nationale : une baisse de 67,6 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2035 par rapport à 1990, en limitant le recours aux énergies fossiles au profit des renouvelables, notamment la thalassothermie. « Nous disposons d’un outil efficace : l’accord de Paris. Dix ans plus tard, il reste notre pierre angulaire », a-t-il insisté.

COP30 Brésil Prince Albert II Monaco
Le prince Albert II a défendu une « économie bleue » durable, alertant sur la fonte accélérée de la cryosphère, la pollution marine et l’acidification des eaux. « Les flux financiers vers l’économie bleue n’ont jamais été aussi importants », a-t-il souligné. © Photo Michael Alesi / Palais Princier

Si la COP30 se veut celle de l’évaluation et de la relance, elle s’ouvre sur un constat d’échec. António Guterres, secrétaire général de l’ONU, a reconnu que la promesse de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C était désormais hors d’atteinte : la trajectoire mondiale avoisine les 2,5 °C

COP30 Brésil Prince Albert II Monaco
© Photo Michael Alesi / Palais Princier

Des négociations à haut risque

La COP30 se déroule cependant dans un contexte de crispation mondiale. Si le plan européen adopté dans la douleur demeure l’un des plus ambitieux, la lenteur des engagements et les reculs observés dans plusieurs pays industrialisés – de l’Allemagne à la Norvège – fragilisent la dynamique. Les 198 États signataires sont tenus de présenter une nouvelle version de leur feuille de route climatique, mais seuls 101 l’ont fait, à la veille du sommet. Les enjeux financiers s’annoncent déterminants : les pays développés doivent garantir au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour soutenir la transition dans les pays du Sud, alors que ces derniers réclament jusqu’à 1 300 milliards par an pour atteindre la neutralité carbone. Le prince Albert a, sur ce point, appelé à éviter les mécanismes qui « alimentent la dette » et freinent la transition écologique. En conclusion, Albert II a exhorté les délégués à renouer avec l’audace de leurs prédécesseurs : « Le contexte de la première COP, il y a trente ans, ou celui de l’accord de Paris, n’étaient pas propices à de telles avancées. Pourtant, la conscience collective de l’urgence climatique a prévalu. » Salué pour la clarté de son message, le prince Albert II s’est ainsi positionné comme l’un des porte-voix de la rationalité et de la coopération scientifique, dans un débat mondial souvent miné par la polarisation. Son vœu final résonne comme un avertissement : « Nous nous trouvons à un moment décisif. Ne le laissons pas passer. »

Les 198 États signataires sont tenus de présenter une nouvelle version de leur feuille de route climatique, mais seuls 101 l’ont fait, à la veille du sommet

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail