Edito n°1399 : Vertigineux

« La science se trouve aujourd’hui confrontée au péril de l’idéologie et du relativisme, alors même qu’elle n’a jamais été aussi sûre, si accessible et surtout si claire. » A la tribune du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, les 6 et 7 novembre 2025, en prélude à la COP30 sur le climat à Belem, au Brésil, le prince Albert II a évoqué les dangers du climatoscepticisme, qui flirte souvent avec le complotisme. Face au déni du réchauffement climatique, il a appelé, comme le président français Emmanuel Macron, à « choisir la science face à l’idéologie ». D’autres, comme l’enseignant de philosophie, Gilles Barroux dans une tribune publiée le 19 novembre 2023 par Le Monde, appellent à redéfinir cette sphère, en estimant que le « climatoscepticisme n’a rien à voir avec le scepticisme », car « le sceptique prend très au sérieux les fondements de la connaissance, la quête des méthodes pour élaborer un raisonnement fiable, il ne se ridiculise pas dans le déni du réel ». Par conséquent, « le climatoscepticisme relève bien d’une entourloupe, et des termes comme « climatodénialistes » ou bien « climatonégationnistes » siéraient nettement mieux à leur démarche », estime ce chercheur associé au laboratoire Sphere du CNRS. Au-delà des mots, la lutte contre le réchauffement climatique semble se heurter sans fin à la question du financement. « Les flux financiers vers l’économie bleue n’ont jamais été aussi importants », a toutefois indiqué Albert II, tout en rappelant les conclusions du Blue Economy and Finance Forum organisé à Monaco en juin 2025, qui s’est soldé par 25 milliards d’euros injectés.

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Si les investissement augmentent, les besoins sont colossaux. Lors de la conférence COP29 de novembre 2024 à Bakou, il a été convenu que les pays industrialisés prendraient la tête d’un objectif collectif quantifié de financement : au moins 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, pour soutenir les pays en développement. Dans le même accord, il a été fixé que le flux total public et privé à mobiliser pour les pays du sud devra atteindre au moins 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035. Mais il s’agit d’un objectif à atteindre, et les modalités restent à définir. S’ils sont vertigineux, ces chiffres risquent aussi de se heurter aux visées du monde des affaires, qui sont souvent de court ou de moyen terme. Une logique jugée par certains incompatible avec la sauvegarde de la nature, qui repose nécessairement sur un temps très long. « La préférence des investisseurs pour le court terme fera toujours de la nature une perdante. Ne fonder la protection d’un écosystème que sur son utilité telle que définie par les intérêts humains, c’est la condamner à échouer », estime ainsi Vincent Escoffier, enseignant à Sciences Po Paris et consultant sur les sujets de transition énergétique et environnementale, dans Le Monde. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro, le 11 novembre 2025, les conclusions de cette COP30 s’annonçaient plus que jamais incertaines. Pendant que les pays européens peinaient à trouver une position commune, la Maison Blanche a annoncé qu’ils n’enverront pas de représentants de haut niveau à Belem. Plus que jamais, tout reste à faire.