Un collectif de médecins et de spécialistes de la santé s’est entendu pour publier de nouvelles règlementations et recommandations sur les dangers du plastique. Hausse des cas cardiologiques, problèmes respiratoires, cancers… Les conséquences sont désormais connues. Lancé il y a quelques années, un projet de publication pour mesurer l’impact du plastique sur la santé humaine sera diffusé en septembre 2026. D’ici là, les différents spécialistes, dont le centre scientifique de Monaco, travaillent sur la recherche de données.
On estime que huit milliards de tonnes de déchets plastiques polluent la planète. Connu depuis plusieurs décennies, le problème plastique prend de l’ampleur. Malgré les recommandations des différents États à travers le globe, la dépendance à ce produit n’a jamais été aussi forte. Selon les chiffres de l’Organisation des Nations Unies (ONU), la production a augmenté de manière exponentielle, passant de 2,3 millions de tonnes en 1950, à 162 millions en 1993, puis à 475 millions en 2022. Une dynamique qui tend à rester à la hausse, puisque l’ONU estime que si rien n’est fait, c’est près d’un milliard de tonnes de plastique qui seront produites en 2050, quadruplant au passage la pollution des mers et océans au plastique. « Notre société actuelle a connu une explosion industrielle et technologique, en grande partie grâce au plastique. Aujourd’hui, il est partout, que ce soit dans l’agriculture, dans les grandes surfaces, dans la santé, dans l’armement, ou dans le nucléaire… Nous sommes devenus dépendants à défaut de trouver un produit qui offre les mêmes capacités. Le problème, c’est que le plastique n’est pas sans risque », indique Hervé Raps, médecin délégué à la recherche au département de biologie médicale du Centre Scientifique de Monaco (CSM).
Au début du mois d’août 2025, des spécialistes vont étudier différents facteurs, notamment la quantité de production de plastiques de chaque pays, la production de produits chimiques associés, le volume de déchets plastiques générés chaque année, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre en lien avec toute cette chaîne

Un projet international
Depuis plusieurs années, cet expert fait partie d’un programme international réunissant des spécialistes du monde entier qui tentent de dénoncer, et de prouver, les dangers du plastique sur la santé humaine. Ce projet est piloté et financé par quatre entités : le Boston College (USA), la fondation Minderoo (Australie), l’université d’Heidelberg (Allemagne), et le CSM (Monaco). Si la fondation Minderoo finance 95 % de ce projet, met à disposition du projet le médecin Hervé Raps, qui connaît très bien cette thématique. À tel point qu’il a été nommé co-pilote du groupe de travail sur le rôle et l’impact du plastique sur la santé des humains. L’ensemble des recherches effectuées par tous les chercheurs seront publiées en septembre 2026 dans la fameuse revue scientifique britannique The Lancet. Une fois publiée, les données seront mises en libre accès pour permettre aux décideurs politiques de s’appuyer sur des données sérieuses.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2018, 14 % de la consommation primaire de pétrole et 8 % de la consommation primaire de gaz naturel étaient consacrés à la fabrication de produits pétrochimiques, dont environ la moitié à la production de plastique
Une industrie énergivore et polluante
Mais, s’il faudra attendre un an avant d’avoir accès au document, ce spécialiste en est déjà certain, le plastique joue un rôle négatif sur notre santé. Il s’appuie notamment sur un premier rapport, paru en mars 2023, sur lequel il avait travaillé : « The Minderoo-Monaco commission on plastics and human health. » Dans ce rapport de 250 pages, les spécialistes établissent un premier lien entre l’industrie plastique et les problèmes de santé à travers le globe. Deux ans plus tard, au début du mois d’août 2025, les spécialistes autour de ce projet se sont réunis pour aller plus loin. Ensemble, ils vont étudier différents facteurs, notamment la quantité de production de plastiques de chaque pays, la production de produits chimiques associés, le volume de déchets plastiques générés chaque année, ainsi que les émissions de gaz à effet de serre en lien avec toute cette chaîne. « L’ensemble du cycle de vie du plastique est un processus énergivore. Ça équivaut à 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde », souligne Hervé Raps. Selon l’Université des Nations Unies (UNU), pour fabriquer une tonne de plastique transparent, il faut 610 kg de pétrole brut, 200 kg de gaz naturel, et 10,96 mégawatts d’énergie, soit une dépense de 2,9 tonnes d’équivalent CO2. Et c’est sur l’ensemble de ce cycle de vie du plastique que s’appuie les médecins du futur rapport publié dans The Lancet. « Les problématiques de santé ne peuvent pas seulement être prises en fin de vie du plastique, c’est à dire son impact sur la pollution. Que ce soit l’extraction des matières fossiles, la confection du plastique, son acheminement, puis son contact aux humains, il faut prendre l’ensemble de la chaîne, si on veut être cohérent », ajoute ce médecin délégué à la recherche au département de biologie médicale du CSM.
« Il existe une étude qui prouve la présence de microplastiques dans ces plaques d’athérome. Mais c’est encore trop tôt pour savoir si ce sont les microplastiques qui sont attirés par ces plaques, ou si ce sont les microplastiques qui favorisent la naissance de ces plaques », détaille Hervé Raps

Un lien établi entre omniprésence du plastique et problèmes de santé ?
L’objectif est donc d’être cohérent « notamment pour démontrer que le plastique joue un rôle dans la dégradation de la santé humaine ». Les différentes études publiées à ce jour révèlent que certains problèmes médicaux sont liés à l’omniprésence des microplastiques dans notre environnement. C’est ce qu’explique Hervé Raps : « On les détecte dans tous les écosystèmes marins, polaires et glaciers. On les retrouve dans l’ensemble de la chaîne alimentaire, et, désormais, on commence à les retrouver dans le corps humain. Assez récemment, on a découvert que ces microplastiques étaient dans les organes du corps humain. Mais on doit encore affiner les méthodes pour avoir un diagnostic précis. » C’est notamment le cas sur les plaques d’athérome, chez les personnes à fort taux de cholestérol : « Sur les vaisseaux sanguins, on va avoir des lipides qui vont s’accumuler, et qui vont finalement réduire le diamètre des vaisseaux. Ça peut causer des infarctus dans les artères coronaires, des problèmes de vertiges, des syncopes, ou un accident vasculaire cérébral. Il existe une étude qui prouve la présence de microplastiques dans ces plaques d’athérome. Mais c’est encore trop tôt pour savoir si ce sont les microplastiques qui sont attirés par ces plaques, ou si ce sont les microplastiques qui favorisent la naissance de ces plaques », détaille Hervé Raps.
Du plastique dans les poumons, la rate, le cerveau et le cœur
S’il faudra attendre septembre 2026 pour avoir accès à la publication complète du collectif de professionnels, un premier document est paru sur Internet, le lundi 4 août 2025. Il s’agit de la méthodologie sur laquelle vont s’appuyer les spécialistes pour construire leur étude. Dans ce document, on peut lire : « Les particules microplastiques et nanoplastiques (MNP) sont de plus en plus signalées dans les échantillons biologiques humains, notamment le sang, le lait maternel, le foie, les reins, le côlon, le placenta, les poumons, la rate, le cerveau et le cœur, dans les populations du monde entier. » Problèmes cardiovasculaires, cancers, infertilité, complications respiratoires, impact sur la santé mentale… La liste des complications présentée par les spécialistes est longue, et elle tend à augmenter au fur et à mesure des nouvelles études réalisées. Pour alerter les pouvoir publics, ce collectif de spécialistes a souhaité mettre en place un système mondial de surveillance indépendant, qui permettrait de « suivre les progrès réalisés en matière de réduction de l’exposition aux plastiques et d’atténuation de leurs effets nocifs sur la santé humaine et planétaire ». C’est l’objectif de cette publication qui sortira en septembre 2026. Puis, une autre étude suivra tous les deux ans, pour rester au plus près des évolutions du terrain.
« Entre suspecter et dire qu’on est certain de la responsabilité du plastique, il y a toujours un délai. […] On est sur du long terme. La dernière chose, c’est qu’une fois que le lien est établi, il faut aussi faire passer l’information au public et aux décideurs politiques »
Hervé Raps. Médecin délégué à la recherche au département de biologie médicale du Centre Scientifique de Monaco (CSM)
Pourquoi une réaction aussi tardive ?
Mais pourquoi cela a-t-il autant traîné ? Dès les années 1970, les plastiques ont été pointés du doigt, notamment dans la pollution marine et dans la pollution de surface. On peut notamment s’appuyer sur des écrits scientifiques, notamment le texte Plastiques à la surface de la mer des Sargasses, publié en 1972 dans la revue Science, qui révélait déjà l’abondance de particules de microplastiques dans les eaux de surface et dans les sédiments océaniques. C’était il y a 23 ans… Hervé Raps explique cela par la lenteur du processus scientifique : « Depuis longtemps, les doutes existent. Toute la difficulté en médecine et en science c’est de pouvoir prouver. Entre suspecter et dire qu’on est certain de la responsabilité du plastique, il y a toujours un délai. Lorsque l’on fait des études sur la santé, cela prend du temps, notamment sur cette thématique du plastique. On est sur du long terme. La dernière chose, c’est qu’une fois que le lien est établi, il faut aussi faire passer l’information au public et aux décideurs politiques. » Une prise de conscience qui semble désormais s’engager, mais qui accumule du retard face à l’omniprésence des plastiques. Un constat alarmant que les scientifiques ne condamnent pas pour autant : « Bien évidemment, nous sommes dépendants, mais le plastique a permis à l’humanité de passer dans une autre dimension industrielle et technologique. Avec notre publication, ce n’est pas l’interdiction du plastique que nous prônons, simplement une consommation plus raisonnée, moins systématique. En faisant prendre conscience aux gens de la dangerosité sur leur santé de cette omniprésence, on peut aussi les sensibiliser à réduire leur consommation. Et outre la santé, il y a la thématique de la gestion des déchets qui est cruciale. » Autant de problématiques qui s’annoncent être un défi, alors qu’il faudra, un jour ou l’autre, trouver une alternative à cette matière créée en extrême majorité (1) avec des énergies fossiles.
1) Selon des chiffres issus de l’étude scientifique « L’empreinte environnementale croissante des plastiques due à la combustion du charbon », publiée dans la revue Nat Sustain en 2022, plus de 98 % du plastique mis en circulation dans le monde en 2021 était fabriqué depuis des énergies fossiles.



