vendredi 17 avril 2026
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Covoiturage : à Monaco, la progression continue

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A partir de juin 2024, Klaxit deviendra Blablacar Daily. Il s’agit d’une nouvelle étape dans le développement du covoiturage à Monaco, avec pour objectif d’atteindre 20 000 trajets mensuels d’ici la fin de l’année 2024.

A Monaco, le covoiturage est poussé par le gouvernement monégasque depuis 18 ans. A l’époque déjà, les embouteillages et les défaillances de la SNCF inquiétaient les pouvoirs publics. Il faut dire que les chiffres ne poussaient pas à l’optimisme. En septembre 2011, une enquête intitulée Ménages déplacements réalisée dans les Alpes-Maritimes, montrait en effet que les échanges entre Nice et Monaco avaient enregistré une hausse de 40 % entre 1998 et 2009. Du coup, dès 2006, l’Etat a décidé de lancer un site Internet, monacovoiturage.mc, pour tenter de doper cette pratique, qui peinait à décoller. Objectif affiché : « Fluidifier le trafic aux heures de pointe » et « limiter la pollution. » À l’époque, seulement 21,5 % des voitures qui entraient en principauté étaient occupées par au moins deux personnes. Malgré ce volontarisme, les années qui ont suivi n’ont pas été couronnées de succès. Sans parler du nombre d’usagers très réguliers, le nombre d’inscrits est resté modeste : 550 en 2007, puis 950 en 2009, et 1 220 en 2011. « Le principal frein semble être l’offre d’appariement. Or le nombre d’appariements s’accroît avec le nombre d’inscrits », estimait l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) en juin 2010.

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Il y a 14 ans, 54 000 salariés travaillaient à Monaco, contre près de 63 500 en 2023. En ajoutant à ce tableau les 38 367 personnes qui habitaient à Monaco en 2023, selon les chiffres publiés par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (IMSEE), sans oublier les quelques 7 millions de touristes qui déferlent chaque année sur la principauté, on obtient un tableau explosif. Sur la route, le flux de véhicules entrant et sortant chaque jour de Monaco est passé de 93 000 voitures en 2003, à presque 110 000 chaque jour en 2017, selon les chiffres du Centre intégré de gestion de la mobilité (CIGM). Les routes sont donc régulièrement saturées le matin et le soir, et les TER de la SNCF, pris d’assaut, peinent à répondre à la demande. Pendant ce temps, sur les routes, en 2017, environ 80 % des automobilistes restaient seuls dans leurs voitures.

Si le covoiturage ne peut évidemment pas être l’unique solution pour désengorger à lui tout seul les routes qui mènent à Monaco ainsi que les rues de la principauté, il peinait en tout cas à s’imposer. Ce qui faisait dire au conseiller national Jean-Louis Grinda, en juillet 2018 : « Le ministre d’Etat avait évoqué un jour des horaires de travail différenciés, ce qui aurait permis d’alléger la pression à certaines heures. Je pense qu’il faut aller rapidement vers des solutions plus drastiques, et forcément impopulaires, comme la circulation alternée et le covoiturage obligatoire. Mais aussi, sur certaines périodes, une interdiction d’accès. »

A Monaco, le covoiturage est poussé par le gouvernement monégasque depuis 18 ans. A l’époque déjà, les embouteillages et les défaillances de la SNCF inquiétaient les pouvoirs publics.  Il faut dire que les chiffres ne poussaient pas à l’optimisme

1990

Refusant d’imposer quoi que ce soit, le gouvernement monégasque a fait d’autres choix. Faute de résultats probants, monacovoiturage.mc a été vendu en 2016 à IDVroom, qui était alors le site de covoiturage courte distance de la SNCF. Ce qui n’a pas empêché cette solution de continuer à exister à Monaco. « Cela prend du temps, reconnaissait en juillet 2018 la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement et l’urbanisme, Marie-Pierre Gramaglia, interrogée par Monaco Hebdo. Mais c’est en persévérant et en rappelant ses avantages que nous pouvons faire évoluer ce moyen de se déplacer. Car “covoiturer”, c’est convivial : cela permet de partager les frais et de bénéficier d’un tarif réduit dans les parkings publics. »

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En parallèle de monacovoiturage.mc, une autre histoire s’est jouée, avant de venir se mêler à celle de Monaco. Lancée en septembre 2013 par Julien Honnart et Cyrille Courtière, l’application de covoiturage WayzUp a séduit peu à peu. Elle a gagné des clients au fil des ans. En janvier 2018, cette start-up a changé de nom pour devenir Klaxit. Dans la foulée, elle a levé trois millions d’euros auprès de la Sodexo, de la MAIF, de la RATP, de Via ID et d’Aviva Impact Investing France (Inco). Klaxit a ensuite racheté IDVroom en juillet 2019, soit trois ans après l’acquisition de monacovoiturage.mc par le site de covoiturage domicile-travail de la SNCF. Klaxit affichait alors environ 950 000 utilisateurs et 65 contrats signés avec une série d’entreprises diverses. Après Nantes en novembre 2019, Klaxit a développé son offre dès septembre 2020 dans une dizaine de villes, dont Monaco, qui espérait ainsi parvenir à faire décoller son offre de covoiturage courte distance. Le gouvernement monégasque a alors parlé d’une expérimentation d’un an, en s’appuyant sur 25 entreprises signataires du pacte national pour la transition énergétique, ce qui représentait 9 300 salariés, afin de donner à Klaxit une solide base d’usagers potentiels. La visée restait la même pour le gouvernement : parvenir à retrouver le niveau de circulation que Monaco avait dans ses rues dans les années 1990. Les premiers résultats ont été timides. Entre septembre 2020 et juillet 2022, Klaxit disposait de 1 750 « utilisateurs » en principauté, c’est-à-dire des personnes qui font du covoiturage au moins une fois par an.

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« Depuis notre lancement, en septembre 2020, nous avons fait un peu plus de 50 000 trajets », expliquait alors à Monaco Hebdo François Fantin, directeur régional du développement Paca-Monaco-Auvergne-Rhône-Alpes de l’application de covoiturage Klaxit. L’aspect écologique est aussi mis en avant par François Fantin, qui évoquait 130 000 kg de CO2 qui auraient ainsi été économisés.

En parallèle de monacovoiturage.mc, une autre histoire s’est jouée, avant de venir se mêler à celle de Monaco. Lancée en septembre 2013 par Julien Honnart et Cyrille Courtière, l’application de covoiturage WayzUp a séduit peu à peu

« Subventionnement »

Pour asseoir sa progression, Klaxit a continué de miser sur des entreprises de la principauté. Pendant l’été 2022, elles étaient une trentaine, ce qui représentait plus de 13 000 salariés, à avoir adhéré au pacte national pour la transition énergétique, et ainsi, à activement promouvoir le covoiturage en leur sein. Aujourd’hui, 39 entreprises partenaires sont mobilisées, soit environ 16 000 salariés. Pour aller plus loin, les trajets sont gratuits pour les passagers. Quant aux conducteurs, ils sont rémunérés à hauteur de 1,50 à 3 euros par trajet et par passager, selon la distance effectuée. Pour financer tout cela, le gouvernement monégasque verse une subvention annuelle à Klaxit. Au départ, en septembre 2020, l’Etat monégasque prévoyait d’injecter de l’argent pour une période de six mois, avant de prolonger cette aide jusqu’à la fin de l’année 2021, puis jusqu’à fin 2023. Et aujourd’hui, cette subvention est reconduite d’année en année. Pour une raison simple : « Dans les régions où il n’y a pas de subventionnement, il n’y a pas de covoiturage. Où que ce soit en France, quel que soit le territoire ou l’opérateur, sans cette partie incitative, on ne sait pas développer le covoiturage », expliquait en juin 2022 le directeur régional du développement Paca-Monaco-Auvergne-Rhône-Alpes de Klaxit.

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Pour le gouvernement monégasque, il s’agissait alors d’« obtenir rapidement une masse critique d’utilisateurs, afin d’entrer dans un cercle vertueux et évaluer l’efficacité de la solution auprès des pendulaires », sans nier le niveau du challenge à relever, avec « 50 000 salariés français et italiens [qui] se rendent quotidiennement en principauté, dont une majorité en voiture, avec un taux d’occupation moyen de 1,1 personne par véhicule. Ce flux de salariés est essentiel au dynamisme économique de la principauté, mais il pose un défi de poids, notamment en termes de congestion et d’émissions de gaz à effet de serre ». D’ici 2030, le gouvernement souhaite faire baisser la circulation automobile de 20 % par rapport à 2019, et le covoiturage est l’une des solutions qui doit permettre d’atteindre ces chiffres, en plus de l’apport des transports en commun électriques et de la mobilité douce. Ce qui permettrait d’absorber le nombre de véhicules supplémentaires généré par la croissance économique de la principauté. La volonté de retrouver le niveau de circulation de 1990 est toujours évoqué par les pouvoirs publics monégasques. Peu à peu, Klaxit a pris son envol en principauté. En juin 2022, 7 830 trajets ont été enregistrés, avec environ 400 trajets par jour, en semaine.

Les trajets sont gratuits pour les passagers. Quant aux conducteurs, ils sont rémunérés à hauteur de 1,50 à 3 euros par trajet et par passager, selon la distance effectuée. Pour financer tout cela, le gouvernement monégasque verse une subvention annuelle à Klaxit

Bug

Un épisode est récemment venu troubler cette progression. Du 30 mars au 4 avril 2024, Klaxit est devenu payant. Ce qui a surpris beaucoup d’utilisateurs, et assez vite mis un coup de frein à l’activité. « Cette tarification résultait d’un incident technique temporaire, survenu dans les systèmes de Klaxit, notre prestataire, qui a entraîné la coupure de l’incitation financière mise en place par Monaco, et une facturation de 0,50 euros pour les trajets ayant pour origine, ou destination, la principauté, réservés durant la période du vendredi 29 mars 2024 au mardi 2 avril 2024, au matin », raconte la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement, et l’urbanisme, Céline Caron-Dagioni [à ce sujet, lire son interview Baisse de la circulation automobile : « Le covoiturage est l’un des leviers », publiée dans le cadre de ce numéro spécial — NDLR]. La gratuité a finalement été rétablie le 4 avril, mais cette séquence a contraint les équipes de Klaxit à gérer la crise.

Covoiturage Klaxit
Un épisode est récemment venu troubler cette progression. Du 30 mars au 4 avril 2024, Klaxit est devenu payant. Ce qui a surpris beaucoup d’utilisateurs, et assez vite mis un coup de frein à l’activité.

« Nous nous sommes excusés auprès de l’ensemble des utilisateurs concernés par ce bug. Ils seront remboursés, s’ils ont dû payer leurs trajets. Car, dans le cadre du partenariat entre Klaxit par Blablacar Daily et Monaco, tous les trajets doivent être gratuits, à partir du moment où ils ont un point d’arrivée ou de départ sur la principauté. Les utilisateurs lésés seront remboursés rapidement », assure François Fantin [à ce sujet, lire son interview « Notre objectif est de dépasser les 20 000 trajets par mois d’ici fin 2024 », publiée dans le cadre de ce numéro spécial — NDLR]. Comme pour venir étayer les propos du directeur régional de Klaxit ce bug a montré combien la gratuité des trajets était primordiale pour ce type de mobilité. « A Monaco, comme partout où Klaxit ou Blablacar Daily déploient leurs solutions, le subventionnement est une clé indispensable du développement, souligne François Fantin. On l’a vu avec ces quelques jours de trajets payants, fin mars 2024 : la pratique du covoiturage nécessite, encore aujourd’hui, un vrai changement de comportement. »

« A Monaco, comme partout où Klaxit ou Blablacar Daily déploient leurs solutions, le subventionnement est une clé indispensable du développement. On l’a vu avec ces quelques jours de trajets payants, fin mars 2024 »

François Fantin. Directeur régional de Klaxit

Objectif

Mais, désormais, le covoiturage semble s’être installé dans les habitudes de certains salariés de la principauté. Résultat, le nombre de trajets annuels a presque doublé. En 2022, il y a eu 85 099 trajets en covoiturage, contre 169 387 trajets pour 2023. Les premiers mois de l’année 2024 sont encourageants, avec environ 16 000 trajets enregistrés mensuellement. Quant aux utilisateurs de Klaxit, il étaient 5 815 en mars 2024, pour 9 887 inscrits. « En moyenne, sur Klaxit, les utilisateurs font appel à l’application quatre fois par semaine. Quant à ce chiffre de 6 000 utilisateurs en 2023, il s’agit de 6 000 personnes qui ont utilisé au moins une fois l’application l’année dernière, explique François Fantin. Concernant les utilisateurs actifs, depuis début 2024, entre 1 300 et 1 600 personnes utilisent l’application chaque semaine. » Il reste donc encore une marge de progression, estime-t-on chez Klaxit. Et, en accord avec le gouvernement monégasque, la barre des 20 000 trajets par mois d’ici la fin d’année 2024 est désormais érigée en objectif. Le rachat de Klaxit par Blablacar en avril 2023, pourrait faire pencher favorablement la balance. « La connexion entre les communautés de Klaxit et de Blablacar daily va nous permettre dans les prochaines semaines et les prochains mois d’arriver à amener une population très large vers la pratique du covoiturage courte distance. En France, Blablacar c’est près de 25 millions de membres. On doit amener cette communauté à réfléchir à leur mobilité plus quotidienne, avec les trajets domicile-travail », estime le directeur régional de Klaxit.

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Covoiturage Ecov Karos
En France, d’autres acteurs se sont lancés sur le marché du covoiturage. Ecov est, par exemple, tourné vers le covoiturage dans les territoires ruraux et périurbains. De son côté, Karos s’intéresse au covoiturage domicile-travail.

Mobicoop

D’autres acteurs sont déployés en France sur le covoiturage domicile-travail, notamment Karos. De son côté, Ecov est davantage tourné vers le covoiturage centré sur les territoires ruraux et périurbains. Autre solution qui prend de l’ampleur : Mobicoop, une plate-forme coopérative de covoiturage qui prend la forme d’une société coopérative d’intérêt collectif, avec 1 200 sociétaires. Avec un principe simple : un sociétaire égale une voix. Ce sont ces sociétaires qui décident de la stratégie de Mobicoop, à l’occasion d’une assemblée générale annuelle. Aujourd’hui, Mobicoop réunit plus de 600 000 inscrits en France. « On ne commissionne pas, cela veut dire que toutes les sommes que le passager verse à son conducteur sont entièrement reversées au conducteur. On vend nos services à des entreprises ou collectivités, et ce sont leurs abonnements qui nous rémunèrent. […] La mobilité n’est pas une marchandise comme les autres, elle ne doit pas être sujette à la loi de l’offre et de la demande », estime la présidente de Mobicoop Bénédicte Rozes, interrogée par France Bleu, le 19 janvier 2024. Avec l’application Mobicoop, ni le conducteur, ni le passager ne sont notés, contrairement à Klaxit ou à Blablacar. Et en cas de prix trop élevé, les conducteurs sont prévenus par un système d’alerte. Le site Internet de Mobicoop est basé sur un logiciel libre, ce qui est, là aussi, une volonté affichée et défendue. « En faisant le choix de produire un site entièrement en logiciel libre nous garantissons ainsi la souveraineté numérique de tous les usagers du covoiturage et la protection des données. Chacun peut contribuer au code source, et faire de la mobilité partagée un bien commun » détaille Mobicoop sur son site Internet. Questionnée par Monaco Hebdo, Céline Caron-Dagioni rappelle que Mobicoop n’est « pas gratuit pour le passager : celui-ci doit donner une participation. Or, dans des territoires où il n’y a pas de subventionnement, le développement du covoiturage est généralement plus faible. En effet, il faut obtenir rapidement une masse d’utilisateurs réguliers suffisante, afin d’entrer dans un cercle vertueux, et évaluer l’efficacité de la solution auprès des pendulaires ». Monaco a donc fait le choix d’injecter de l’argent dans le covoiturage, afin d’essayer d’avancer plus vite. En 2022, le financement de l’Etat monégasque a été de 344 000 euros, puis 646 000 euros en 2023. Pour le premier trimestre 2024, le total a déjà atteint 157 000 euros, « hors partie applicative », ajoute la conseillère-ministre pour l’équipement, l’environnement, et l’urbanisme. Suite au rachat de Klaxit par Blablacar, dès le mois de juin 2024, les utilisateurs de Klaxit seront invités à basculer sur l’application Blablacar Daily, qui constitue l’offre de covoiturage domicile-travail de Blablacar. L’opération s’annonce délicate, car il faudra négocier ce virage avec prudence et minutie pour ne perdre personne en route. Et ainsi, pouvoir profiter de la force de frappe et de la notoriété de Blablacar, afin de continuer à inscrire un peu plus le covoiturage dans les habitudes des salariés de la principauté.

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