vendredi 17 avril 2026
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Covoiturage — François Fantin : « Notre objectif est de dépasser les 20 000 trajets par mois d’ici fin 2024 »

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Suite au rachat de Klaxit par Blablacar (1), dès le mois de juin 2024 Klaxit va prendre le nom de Blablacar Daily. Fin mars 2024, pendant quelques jours, un bug a rendu l’application Klaxit payante pour les passagers, alors que la gratuité est assurée par une subvention du gouvernement monégasque. Les explications de François Fantin, directeur régional de Klaxit.

Du 30 mars au 4 avril 2024, un bug a rendu Klaxit payant pour les passagers : que s’est-il passé ?

Nous nous sommes excusés auprès de l’ensemble des utilisateurs concernés par ce bug. Ils seront remboursés, s’ils ont dû payer leurs trajets. Car, dans le cadre du partenariat entre Klaxit par Blablacar Daily et Monaco, tous les trajets doivent être gratuits, à partir du moment où ils ont un point d’arrivée ou de départ sur la principauté. Les utilisateurs lésés seront remboursés rapidement.

C’est aux utilisateurs de faire une demande de remboursement : pourquoi ne pas avoir remboursé les personnes lésées de manière automatique ?

Les remboursements vont devenir automatique. Cela sera fait dans les prochains jours.

Au total, combien de personnes avez-vous dû rembourser ?

Cela représente moins de 100 personnes.

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À Monaco, les usagers se plaignent parfois de bugs sur votre application : que répondez-vous aux mécontents ?

Nous n’avons pas de remontées plus importantes que cela dans le cadre de la principauté. Les trajets augmentent, le nombre d’inscrits aussi, donc on est ravi. Mais cela peut aussi provoquer davantage de retours de la part des utilisateurs. Une problématique a été relevée dans le cas de Monaco : il s’agit d’une problématique de réseau. L’application demande d’être géolocalisé pour pouvoir vérifier que les trajets sont bien effectués, et pour que la principauté puisse participer financièrement, dans le cadre de l’accord entre Klaxit et le gouvernement monégasque. Cette problématique de réseau n’est pas de notre fait [à ce sujet, lire notre article Réseau mobile : le temps des réglages et l’interview du directeur général de Monaco Telecom, Martin Peronnet : « C’est un projet pharaonique », publiés dans Monaco Hebdo n° 1324 — NDLR]. Nous avons besoin d’avoir le plus de réseau possible sur les téléphones de nos utilisateurs pour pouvoir valider les trajets. Aujourd’hui [cette interview a été réalisée le 17 avril 2024 — NDLR], c’est la seule problématique qui nous a été remontée. Nous invitons nos utilisateurs à ne pas hésiter de se rapprocher de notre service support en cas d’éventuel bug ou de questionnements, pour que nos équipes puissent les accompagner de la meilleure manière possible.

Pour Monaco, en mai 2022, Klaxit annonçait 2 800 inscrits et seulement 1 300 utilisateurs réguliers : où en est-on aujourd’hui ?

Depuis mai 2022, nous avons beaucoup évolué, puisque nous allons atteindre les 6 000 utilisateurs actifs vers ou depuis Monaco. L’année 2023 a été marquée par une belle croissance. Un changement de cap s’est effectué. Il est lié à certaines actions. Il y a une partie contextuelle, qui concerne la poursuite des prix très élevés des carburants qui incite à la pratique régulière du covoiturage. Du côté français, il y a eu le plan national du covoiturage quotidien qui impacte aussi les utilisateurs monégasques, avec des campagnes de communication en France, et des avantages financiers complémentaires à ceux de Monaco, avec une prime de 100 euros donnée aux nouveaux conducteurs qui viennent tester le covoiturage par le biais de Klaxit ou de Blablacar Daily. La poursuite des actions de communication et d’explication par la principauté et les employeurs du territoire monégasque a vraiment porté ses fruits sur les résultats des derniers mois.

Qu’appelez-vous un « utilisateur régulier » ?

En moyenne, sur Klaxit, les utilisateurs font appel à l’application quatre fois par semaine. Quant à ce chiffre de 6 000 utilisateurs en 2023, il s’agit de 6 000 personnes qui ont utilisé au moins une fois l’application l’année dernière.

Mais combien de personnes utilisent Klaxit chaque semaine ?

Concernant les utilisateurs actifs, depuis début 2024, entre 1 300 et 1 600 personnes utilisent l’application chaque semaine.

Lire aussi | Baisse de la circulation automobile – Céline Caron-Dagioni : « Le covoiturage est l’un des leviers »

Toujours pour Monaco, entre le 1er septembre 2021 et le 31 août 2022, 50 000 trajets avaient été totalisés, soit environ 4 200 trajets par mois : quels sont les derniers chiffres en votre possession ?

En 2023, il y a eu 169 700 trajets effectués. Sur les premiers mois de l’année 2024, on est autour de 16 000 trajets par mois.

Quelles sont les incitations financières pour les conducteurs ?

Aujourd’hui, les incitations financières pour les conducteurs n’ont pas vocation à évoluer. Mais cela reste à la main de la principauté de Monaco. Les trajets sont gratuits pour les passagers et les conducteurs sont rémunérés entre 1,50 et 3 euros par passager et par trajet, en fonction de la distance qui est effectuée. A cela s’ajoute la prime de 100 euros pour les nouveaux conducteurs à destination de la France. Dès le premier trajet effectué en covoiturage, 25 euros sont versés. Cela incite à venir tester la pratique du covoiturage. Les 75 euros restants sont versés aux conducteurs dès le dixième trajet.

On a senti un petit vent de panique chez les utilisateurs de Klaxit lorsque l’application est momentanément devenue payante, fin mars 2024 : cela confirme que sans gratuité pour les passagers et sans les incitations financières pour les conducteurs, le covoiturage est voué à l’échec ?

A Monaco, comme partout où Klaxit ou Blablacar Daily déploient leurs solutions, le subventionnent est une clé indispensable du développement. On l’a vu avec ces quelques jours de trajets payants, fin mars 2024 : la pratique du covoiturage nécessite encore aujourd’hui un vrai changement de comportement. On a besoin d’impacter le plus de monde possible, pour inviter le maximum de personnes à quitter leurs voitures individuelles et à tester le covoiturage, pour ensuite répéter cela de la manière la plus régulière possible. Evidemment, l’intérêt financier est extrêmement important dans ce développement-là.

On l’observe aussi dans toutes les collectivités, et la principauté de Monaco en fait partie : on voit un décollage de cette pratique qui est permis par le subventionnement. Le subventionnement offre une solution qui est concurrentielle face à l’autosolisme, et cela permet de vraiment se rendre compte de l’intérêt de la pratique du covoiturage. Et puis, le covoiturage a aussi une dimension écologique et sociale que nous souhaitons également partager avec nos utilisateurs.

Lorsque ce bug a rendu Klaxit payant, quel a été l’impact sur le nombre d’utilisateurs ?

Il y a eu une chute. Mais ce bug a eu lieu pendant un week-end et pendant un pont, ce qui rend cela difficilement comparable. En effet, dans un tel contexte, la chute du nombre d’usagers est naturelle.

Quels sont les verrous qu’il faut encore faire sauter pour que le covoiturage poursuive son développement, et s’impose définitivement ?

Cela dépend de la maturité de chacun des territoires face à la question du covoiturage. À Monaco, on peut être ravi du nombre d’inscrits et de personnes qui ont testé la pratique du covoiturage, puisque depuis le lancement de Klaxit en principauté en septembre 2020, ils sont presque 6 000 à l’avoir essayé. Ce n’est pas négligeable. Pour aller plus loin, il y a un vrai travail d’explication et de communication à faire.

C’est un travail que nous menons, avec la principauté, et avec les employeurs installés à Monaco. Car, naturellement, plus on arrivera à avoir de monde sur notre application, et plus elle pourra mettre en relation des utilisateurs, leur proposer des solutions, et ainsi, faciliter la pratique. Le maintien du soutien financier par la principauté compte aussi. Enfin, il y a tout un travail d’explication, même si on sait que les changements de comportements prennent du temps. Nous avons une partie importante de la population qui a l’habitude de prendre sa voiture seul le matin pour aller là elle le souhaite. Il faut changer ces comportements, pour arriver à ce que le covoiturage soit une habitude.

Certaines femmes ont parfois peur de faire du covoiturage (2) avec des hommes : comment faire pour les rassurer ?

Il y a un travail au niveau des employeurs qui est extrêmement important. L’application permet de savoir avec qui on va covoiturer, de voir les commentaires, et les notes données par les utilisateurs. Il est aussi possible, si on le souhaite, de covoiturer avec des personnes de son entreprise, ou d’une entreprise proche. Nous essayons de travailler autour de cette confiance entre utilisateurs.

En février 2024, une affaire de viol lors d’un covoiturage entre Toulouse et Clermont-Ferrand (3) a marqué les esprits : ce type de faits divers vous impacte ?

Naturellement, ce type de faits divers peut impacter, comme c’est le cas pour l’ensemble des mobilités, malheureusement. Cela reste extrêmement minoritaire, et heureusement. Je touche du bois pour que cela continue. Au sein de Klaxit-Blablacar Daily, on est vraiment sur un système qui est très orienté sur des parcours domicile – travail. C’est aussi pour cela que nous avons mis en place un système de notes et de commentaires entre les utilisateurs de notre application.

En mai 2024, dans une vidéo devenue virale sur TikTok (voir photo), des Anglaises ont assuré qu’elles préféraient se retrouver seules dans une forêt avec un grizzly, plutôt qu’avec un homme. La presse française, et notamment 20 Minutes, a sollicité ses lectrices, et la même réponse s’est imposée.

À Monaco, fin 2023, il y avait près de 64 000 salariés du secteur privé et public (4), et il y aura forcément un plafond pour le covoiturage : à combien d’utilisateurs réguliers estimez-vous ce plafond ?

C’est très compliqué à définir. Aujourd’hui, dans le covoiturage, et par rapport aux éléments comparatifs par rapport à d’autres collectivités, on ne se fixe pas de plafond. Parce que nous sommes sur une mobilité nouvelle, en cours de création, avec Monaco qui a de l’avance par rapport à d’autres territoires comparables. Notre objectif, c’est de toucher l’ensemble des personnes qui sont seules dans leurs voitures. Nous voulons que notre action soit visible, et que, lorsqu’on regarde les rues de Monaco, le matin et le soir, on se rende compte que les voitures sont mieux remplies et qu’il y a moins de bouchons. On considère que l’on n’est pas encore à l’objectif que l’on doit se donner. Car il faut que notre action soit visible dans notre vie quotidienne et qu’elle soit impactante pour notre environnement.

Quel est le montant de la subvention que le gouvernement monégasque a versé à Klaxit pour l’année 2024, et quel est le montant prévu pour 2025 ?

Une très large partie du budget qui est défini par Monaco est entièrement reversé aux utilisateurs. C’est le fameux subventionnement des trajets. La subvention versée par la principauté dépend donc du nombre de trajets qui seront réalisés sur l’année à venir, et sur les années suivantes. En 2023, le budget a été autour de 500 000 euros pour l’ensemble des trajets réalisés.

Créée en 2012 par Julien Honnart et Cyrille Courtière, Klaxit a été racheté par Blablacar en avril 2023 (1) : que va changer ce rachat ?

Dans les prochaines semaines, tout le monde va être informé qu’à partir de début juin 2024 les utilisateurs de l’application Klaxit seront amenés à basculer sur l’application Blablacar Daily, avec le même système, toujours en partenariat avec la principauté de Monaco, et toujours avec le même subventionnement des trajets. Le vrai intérêt pour les utilisateurs sera le partage des communautés entre les utilisateurs de Klaxit et les utilisateurs de Blablacar Daily. Cela fera encore plus de monde, et donc cela aura encore plus d’impact et de possibilités de covoiturages proposés à nos inscrits. Les utilisateurs de Klaxit seront informés de la démarche à suivre par le biais de l’application et par e-mail.

Moins connue, la marque Klaxit va donc disparaître pour laisser la place à Blablacar Daily, qui bénéficie de davantage de notoriété ?

Tout à fait. Cela sera fait pour les utilisateurs de Monaco, à partir de début juin 2024. Cela a déjà été fait dans un grand nombre de nos collectivités partenaires en France. Les utilisateurs de Klaxit à Monaco vont basculer chez Blablacar Daily en même temps que les utilisateurs de la métropole de Nice, avec qui nous avons aussi un partenariat. Nous avons aussi des partenariats avec Sophia Antipolis, Grasse, Cannes, Fréjus, Saint-Raphaël, etc.

Klaxit a racheté OpenCar et iDvroom, avant d’être racheté à son tour par Blablacar : dans votre secteur, la concentration se poursuit ?

Je pense que nous sommes arrivé un peu au bout de cette concentration du secteur du covoiturage. Blablacar reste l’opérateur principal dans le covoiturage. Le covoiturage domicile – travail a ses spécificités. C’est un secteur parallèle au covoiturage longues distances, lancé par Blablacar. Ce rapprochement Klaxit – Blablacar représente l’association de ce que l’on peut espérer de mieux pour le secteur. Avec à la fois l’expertise qu’a Klaxit sur ce covoiturage très spécifique quotidien domicile – travail, à l’image de ce qui a été développé assez tôt, finalement, par la principauté de Monaco (5). Et puis, il y a aussi l’expertise de Blablacar sur le covoiturage, de manière générale. La communauté et la notoriété de cette application Blablacar vont faciliter le fait de faire connaître le covoiturage quotidien, courtes distances, au même titre que Blablacar a réussi à démocratiser pendant ces vingt dernières années le covoiturage longue distance que tout le monde connaît maintenant.

Désormais, en France, vos concurrents sont Karos et Ecov ?

Oui. De manière simple, c’est ça.

Quels sont vos atouts face à vos concurrents ?

Chez Klaxit – Blablacar Daily nous avons menés de nombreux partenariats avec les collectivités. Nous sommes présents auprès de 110 collectivités partout en France, et notamment autour de Monaco et dans les Alpes-Maritimes : la métropole de Nice, la communauté d’agglomération Cannes Pays de Leyrins, la communauté d’agglomération du pays de Grasse, la communauté de communes Alpes d’Azur, Estérel Côte d’Azur Agglomération… De Monaco jusqu’à Saint-Raphaël, l’ensemble des collectivités travaille aujourd’hui avec Klaxit, et demain avec Blablacar Daily. C’est une vraie force en termes de communication, mais aussi en termes d’offre pour les utilisateurs. Plus globalement, notre force c’est cette expertise avec les collectivités et la connaissance du secteur.

Quoi d’autre ?

La connexion entre les communautés de Klaxit et de Blablacar daily va nous permettre dans les prochaines semaines et les prochains mois d’arriver à amener une population très large vers la pratique du covoiturage courte distance. En France, Blablacar c’est près de 25 millions de membres. On doit amener cette communauté à réfléchir à leur mobilité plus quotidienne, avec les trajets domicile-travail.

Quel est le chiffre d’affaires de Klaxit ?

Nous ne communiquons pas sur le chiffre d’affaires de Klaxit, car l’entreprise a été rachetée par BlaBlaCar en avril 2023.

A Monaco, quels objectifs visez-vous en termes de nombre d’usagers et de trajets pour fin 2024, début 2025 ?

Avec la principauté, nous avons pour objectif de dépasser les 20 000 trajets par mois d’ici la fin de l’année 2024. C’est notre objectif de croissance pour 2024. Nous avons un suivi très régulier pour voir ce que nous pouvons améliorer, et voir aussi comment nous pouvons modifier notre démarche pour continuer d’accompagner les principaux employeurs de Monaco. Nous allons étudier cette migration de Klaxit vers Blablacar daily de manière très fine. En tout cas, nous avons vocation à aller plus loin encore. Nous avons encore de la marge et du potentiel à exploiter pour que l’ensemble des Français, des Monégasques, ou des Italiens s’impliquent davantage encore.

Pour atteindre les 20 000 trajets par mois d’ici fin 2024, il faudra donc parvenir à toucher certains employeurs qui ne sont pas suffisamment sensibilisés au covoiturage ?

Evidemment. C’est un travail du quotidien avec les employeurs de la principauté, mais aussi en termes de communication grand public, et ce travail sera relancé dans les prochaines semaines à Monaco. Il y a une tâche permanente d’accompagnement des principaux employeurs de la principauté, chez qui nous avons des référents. Ces référents sont nos relais de communication au sein même des entreprises, pour faire connaître nos solutions auprès des salariés monégasques.

  1. A ce sujet, lire notre article Klaxit bientôt racheté par BlaBlaCar?, publié dans Monaco Hebdo n°1 282.
  2. Début mai 2024, dans une vidéo devenue virale sur TikTok, des Anglaises ont affirmé qu’elles préféraient se retrouver seules en forêt avec un grizzly, plutôt qu’avec un homme. En France, 20 Minutes a mené la même expérience, et, là encore, les lectrices de ce journal ont choisi l’ours, plutôt que l’homme. 
  3. Le 12 février 2024, la cour criminelle de la Corrèze a condamné un homme de trente ans à huit ans de prison pour un viol commis sur une victime âgée de 22 ans, à l’occasion d’un covoiturage effectué avec Blablacar. Les faits se sont déroulés le 18 février 2022, près de l’A20, autour de Vigeois, en Corrèze.
  4. Selon des chiffres publiés par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee), fin 2023, il y avait 58 326 salariés du secteur privé et 5 153 salariés de la fonction publique, soit un total de 63 479 salariés privé et public. 
  5. Le gouvernement monégasque a lancé le covoiturage en principauté en 2006, avec le site Internet monacovoiturage.mc. A ce sujet, lire notre article Covoiturage : vite, ça bouchonne !, publié dans Monaco Hebdo n°767. 

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