lundi 20 avril 2026
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La mobilité en questions au Conseil national

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Bouchons, retards de trains, circulation piétonne complexe… Les problèmes de mobilité tendent à bloquer la Principauté, qui doit composer avec un nombre de travailleurs croissant. Dans ce contexte, comment Monaco pourrait-il accueillir jusqu’à 134 000 salariés en 2062 ? Pour tenter de faire avancer les choses, dans la soirée du 3 décembre 2025, les élus du Conseil national ont invité les Monégasques, les résidents et les salariés de la Principauté à s’exprimer.

« Avant de s’occuper de ce qui va mal ailleurs, regardons chez nous. On circule de plus en plus mal, même s’ils investissent beaucoup. Mais on ne voit pas le résultat. » Cet e-mail de plainte, est l’un des dizaines de témoignages reçus par le Conseil national en marge de sa réunion publique du mercredi 3 décembre 2025. Les Monégasques, les résidents et les travailleurs étaient invités à participer à des discussions avec les élus pour trouver des solutions sur la mobilité. Une soixantaine de personnes étaient présentes pour évoquer leurs problèmes et proposer leurs idées. « Mobilité ? On en parle », peut-on lire sur les écrans du Conseil national. « On est là pour que les choses bougent », assure Thomas Brezzo, le président du Conseil national, qui souhaite transformer cette assemblée, en électrochoc pour un gouvernement « qui réfléchit beaucoup mais qui… ». Il ne finira pas sa phrase.

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« Le matin et le soir, Monaco est un entonnoir »

Au total, ce sont 14 des 24 conseillers nationaux qui ont fait le déplacement pour cette soirée spéciale. En tête de gondole, la commission environnement et qualité de vie, présidée par Nathalie Amoratti-Blanc : « Le matin et le soir, Monaco est un entonnoir. Pour moi, l’une des meilleures solutions c’est d’améliorer la desserte des transports en commun. C’est la solution qui paraît la plus logique, pour limiter les embouteillages sur la moyenne corniche. » Une petite phrase qui a poussé Philippe Ortelli, président de la Fédération des entreprises monégasques (Fedem) à prendre la parole. Lors de la rentrée de septembre 2025, il avait organisé une conférence de presse pour relancer le projet d’une ligne de métro entre Nice et Vintimille [à ce sujet, lire notre article La Fedem creuse l’idée d’un métro transfrontalier pour désengorger Monaco, publié dans Monaco Hebdo n° 1390 — NDLR]. Philippe Ortelli avait alors mis en avant une étude privée, dont les sources n’ont pas été communiquées.

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Ce mercredi 3 décembre 2025, devant une assemblée qui semblait acquise à sa cause, il a une nouvelle fois soutenu l’idée que ce métro est « la seule vraie solution pour supporter le choc du nombre de salariés qui continue de croître. Ce métro permettra aux personnes, notamment celles qui bossent en 3/8, de rentrer chez elles en vingt minutes maximum. Ça permet de rester attractif, et de rester compétitif. » Devant l’acquiescement des conseillers nationaux à son discours, il a ajouté : « Je suis content de voir que vous avez compris les enjeux, et l’intérêt tout particulier de ce projet. » Philippe Ortelli a commenté le « non » à ce projet, clairement exprimé le 21 novembre 2025 par le ministre des transports français, Philippe Tabarot, dans les colonnes de Nice-Matin. Le président de la Fedem a estimé qu’il y a « une incongruité à faire une réponse aussi ferme, sans avoir même étudié techniquement et financièrement le sujet ». Philippe Tabarot a jugé cette idée « pas réaliste », « impossible », et « pas raisonnable ». Et cela, « aussi bien en termes de coûts que d’emprise foncière. Ce n’est pas viable financièrement, techniquement ».

Mobilité décembre 2025 Le train accuse de nombreuses irrégularités en Principauté, poussant certains pendulaires à utiliser leur voiture ou scooter
Sur les quais de la gare de Monaco en direction de Nice, entre 17 heures et 18 heures chaque soir, des problèmes persistent souvent : manque de trains, retards fréquents, passagers entassés et bousculades parfois violentes. © Photo DR

« L’une des meilleures solutions c’est d’améliorer la desserte des transports en commun. C’est la solution qui paraît la plus logique, pour limiter les embouteillages sur la moyenne corniche »

Nathalie Amoratti-Blanc. Conseillère nationale

Métro ou train ?

Quoi qu’il en soit, le président du Conseil national semble aujourd’hui toujours décidé à continuer d’insister sur ce dossier : « Nous demandons au gouvernement princier de réaliser des études publiques et gouvernementales sur la question d’un transport en commun de masse. » Mais la dynamique semble bien différente du côté du gouvernement monégasque, qui continue de miser sur le train. Avec l’achat de deux rames supplémentaires en 2024, qui circuleront en 2028, l’État ne semble pas prêt à tourner la page du train. « La souveraineté, c’est de choisir ses interdépendances », a lâché le vice-président du Conseil national, Jean-Louis Grinda, en citant une phrase qu’aurait dite le ministre d’État, Christophe Mirmand. « On a le pouvoir de choisir ce que l’on veut pour nous, et le métro semble la solution d’avenir », a poursuivi cet élu. Jean-Louis Grinda a pointé l’exaspération des usagers face à un niveau de régularité toujours insuffisant : « Il y a des suicides sur les voies, une vie syndicale dynamique, et des chutes de pierre du côté d’Èze, notamment. Quand on combine tout cela, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) est la pire région de France en termes de régularité des trains. » Si cela était vrai en 2023, ça n’est plus le cas en 2024. Selon le bilan ferroviaire 2024, publié en 2025 par l’Autorité de régulation des transports, le taux de régularité des TER en région Paca est de 81 %. Il a progressé de 8 points en un an, et il dépasse désormais les 80 %, pour la première fois en huit ans. La région Paca n’est donc plus la pire région de France. Ce trophée revient désormais à la région Occitanie, avec une régularité de 80 %. Mais cela reste « invivable pour les pendulaires », a expliqué Nathalie Amoratti-Blanc à Monaco Hebdo, après la réunion publique. Sur les quais de la gare de Monaco en direction de Nice, entre 17 heures et 18 heures chaque soir, des problèmes persistent souvent : manque de trains, retards fréquents, passagers entassés et bousculades parfois violentes.

Lire aussi | Zone franche monégasque à Nice – Franck Julien : «L’enjeu est d’investir ensemble, là où nous pouvons créer de la valeur»

Jusqu’à 134 000 travailleurs en 2062 ?

L’avenir n’augure rien de bon en termes de mobilité. Lors d’une rencontre avec l’Union des syndicats de Monaco (USM) en septembre 2025, Monaco Hebdo a pu consulter une étude réalisée par un Institut privé français qui estime que d’ici 2062, le nombre de travailleurs en Principauté se situera entre 98 936 et 134 178. Monaco comptait 65 680 salariés en 2024. « Nous avons également fait une enquête de notre côté, et elle a établi une moyenne sur 2050 de 112 000 travailleurs, donc on est pile dedans », nous a répondu Thomas Brezzo. Une situation à flux tendu qui inquiète le Conseil national et son président, Thomas Brezzo : « À partir de 2040 ça ne passera plus… Il y a la solution des zones franches qui a été abordée par Éric Ciotti, et avec qui j’ai pu en discuter » [à ce sujet, lire l’interview de Franck Julien – Zone franche monégasque à Nice : « L’enjeu est d’investir ensemble, là où nous pouvons créer de la valeur », publiée dans Monaco Hebdo n° 1400 — NDLR]. Pour le président du Conseil national, cette idée pourrait être mise en place, dans un premier temps, pour stocker du matériel, et ainsi, gagner de la place en Principauté. Car la zone franche pose d’autres problèmes, comme le droit applicable aux salariés qui y travaillent, les cotisations pour les retraites, ou bien la souveraineté de cette zone.

Mobilité décembre 2025 Contrairement aux grandes métropoles françaises, le vélo a du mal à prendre de l'ampleur en Principauté
©Photo AmauryCaillault / Monaco Hebdo

Partage des voies de circulation

Autre grande problématique mise en avant pendant cette réunion publique : le partage des voies de circulation à Monaco. Plusieurs habitants ont fait remonter cette information par le biais d’e-mails envoyés aux élus. « Pour penser la mobilité, il faut la réfléchir de manière globale », insiste Jade Aureglia, vice-présidente de la commission environnement et qualité de vie du Conseil national. Pour elle, le gouvernement monégasque n’a pas de vision complète sur la question. Il réfléchit projet par projet, ce qui n’est pas la bonne méthode, estime cette élue. C’est notamment le cas au Larvotto qui possède une piste cyclable, créée à l’occasion du chantier de la promenade du Larvotto, lancée en 2019 : « On a une piste cyclable qui suit toute la promenade. Mais, dès qu’on sort de ce quartier, plus rien. La piste s’arrête. Ce n’est pas comme cela qu’on réfléchit la mobilité urbaine. Que font les vélos ensuite ? » Pour cette géographe urbaniste de formation, que Monaco Hebdo a interrogé quelques jours avant la réunion publique, « Monaco est un joyeux b…, où les conflits d’usage sont quotidien ». Elle milite en faveur d’une politique commune sur les questions des transports. Pour cela, elle réclame la création d’une direction générale des transports, qui prendrait uniquement en charge cette question de la mobilité : « Quand on voit le nombre de véhicules différents qui cohabitent dans un si petit espace, il est vital d’avoir une politique claire et commune inter-quartiers. Sinon les usagers s’y perdent, et cela produit des ralentissements. » Voitures, camions, scooters, trottinettes, vélos, bus, trains et piétons : « La marche est le mode de déplacement le plus utilisé en Principauté, et pourtant, je vous assure que se déplacer à pied à Monaco relève parfois de l’épreuve », juge cette conseillère nationale. Elle prend en exemple le tunnel Louis II, sous le Fairmont, qui « est extrêmement dangereux. C’est un miracle qu’il n’y ait pas plus d’accidents mortels sur cette zone ».

Lire aussi | Le projet d’une passerelle sous le Fairmont refait surface

Circulation piétonne

Le vice-président du Conseil national, Jean-Louis Grinda, en a profité pour parler du projet de plate-forme piétonne extérieure au tunnel entre le Yacht-Club et Mareterra : « C’est une idée qui semble aller de soi. Elle est utile à tout le monde, elle évite de passer sous le tunnel Louis II. On a la possibilité de faire cela, et j’ai devant moi un gouvernement parfaitement au courant. Mais c’est comme le métro. D’abord ils rigolent, puis ils contestent tous les points. Or ça, c’est quelque chose que nous pouvons faire immédiatement nous-mêmes, et à très brèves échéance. » Cette idée de passerelle piétonne d’une longueur de 275 mètres a émergé en 2021, par le biais de l’association Ecopolis [à ce sujet, lire notre article Les détails d’une passerelle à 6 millions d’euros, publié dans Monaco Hebdo n° 1186 — NDLR], avant d’être à nouveau évoquée avant le vote du budget rectificatif 2025, le 14 octobre 2025 [à ce sujet, lire notre article Le projet d’une passerelle sous le Fairmont refait surface, publié dans Monaco Hebdo n° 1396 — NDLR]. Pour la marche piétonne, une autre remarque a été faite par une jeune habitante de Monaco : « La circulation piétonne et les bus de Monaco ne sont pas intégrés dans Google Maps. Du coup, si on veut aller d’un point A à un point B sur Monaco, on nous donne les bus de Beausoleil, de Nice ou d’Èze. » Effectivement, Google Maps n’a pas accès au plan de circulation interne à la Principauté. Les ascenseurs, certains escaliers, ou même le réseau de bus monégasque sont absents de cette application. « Dans le cadre de l’attractivité, je pense qu’on peut en parler au gouvernement », a lâché la conseillère nationale, Nathalie Amoratti-Blanc.

« À partir de 2040 ça ne passera plus… Il y a la solution des zones franches qui a été abordée par Éric Ciotti, et avec qui j’ai pu en discuter »

Thomas Brezzo. Président du Conseil national

Liaisons mécaniques

Mais si Google Maps dérange les touristes, les locaux font un autre constat : « J’ai 75 ans et plus ça va, plus les escaliers mécaniques sont en panne », a jugé une Monégasque, en référence à la multiplication des pannes d’escalators, notamment à Fontvieille, où le réseau subit des réparations jusqu’en avril 2026 [à ce sujet, lire notre article Les escalators de Fontvieille remplacés en 2026, publié dans Monaco Hebdo n° 1387 — NDLR.] « Franchement, c’est insupportable. J’ai l’impression qu’on est le pays dans lequel il y a le plus d’ascenseurs et d’escalators en panne », s’est exclamé le président du Conseil national, Thomas Brezzo. Avant d’ajouter : « C’est simple, vous avez un contrat de maintenance avec le gouvernement monégasque, et vous ne faites pas bien votre boulot ? Et bien, le gouvernement princier ne vous attaquera jamais. Après, il ne faut pas se plaindre d’avoir des entreprises qui travaillent mal et qui ne bougent pas. À l’opposé, les escaliers mécaniques de Beausoleil, gérés par l’administration française, sont bien moins souvent en panne. » Navette maritime uniquement pour les touristes, mise en place de doubles voies sur le rond-point du centre hospitalier princesse Grace (CHPG), mobilisation de policiers pour la circulation en heure de pointe, semaine de travail de quatre jours… De nombreuses idées ont été échangées à l’occasion de cette réunion publique. Les habitants, les pendulaires et les élus attendent désormais des actions concrètes de la part du gouvernement monégasque. À l’aube d’une nouvelle inflation du nombre de salariés à Monaco, la question de la mobilité se fait de plus en plus pressante. Faute d’avancées significatives, le risque de perte d’attractivité s’accentuera inévitablement.

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