dimanche 14 août 2022
AccueilActualitésSociétéCovoiturage à Monaco : « On est au début de l’histoire »

Covoiturage à Monaco : « On est au début de l’histoire »

Publié le

Chaque jour, une très large majorité des 53 000 salariés que compte Monaco doit régulièrement faire face à des difficultés de transports, que ce soit sur la route ou sur les rails. Face à ce constat, le covoiturage a été relancé en principauté en septembre 2020, avec l’appui du gouvernement et de l’application Klaxit. Objectif : tenter de désengorger les routes et générer moins de pollution. En juin 2022, le covoiturage avait convaincu 1 730 utilisateurs.

« Il faut être conscient des résultats sur la principauté. Ça reste une goutte d’eau, parce que c’est encore le début de l’histoire du covoiturage. Mais on est en pleine croissance. » François Fantin directeur régional du développement PACA-Monaco-Auvergne-Rhône-Alpes de l’application de covoiturage Klaxit, constate une progression. Pourtant, il sait aussi le chemin qu’il reste à parcourir. Relancé en principauté en septembre 2020 avec l’appui du gouvernement monégasque et de l’application Klaxit, le covoiturage avance, mais il reste encore beaucoup à faire. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 26 juillet 2022, Klaxit avait séduit 1 750 utilisateurs. Mais qu’entend-on exactement par « utilisateurs » ? « Cela signifie que ces personnes ont fait du covoiturage au moins une fois par an. Depuis notre lancement, en septembre 2020, nous avons fait un peu plus de 50 000 trajets. En juin 2022, nous avons fait 7 830 trajets. En semaine, nous sommes autour de 400 trajets par jour », détaille François Fantin. La principauté compte plus de 53 000 salariés, dont une très large partie se déplace chaque jour par le rail ou par la route pour se rendre à Monaco. Ce qui signifie affronter une circulation très dense aux heures de pointe, ainsi que de très fréquents bouchons. Ou bien faire face aux aléas techniques, sociaux, ou liés aux conditions météorologiques qui frappent les TER de la SNCF. Des trains qui sont, par ailleurs, fréquemment bondés le matin et le soir.

« Il faut être conscient des résultats sur la principauté. Ça reste une goutte d’eau, parce que c’est encore le début de l’histoire du covoiturage. On est en pleine croissance »

François Fantin. Directeur régional
du développement PACA-Monaco-Auvergne-Rhône-Alpes de l’application de covoiturage Klaxit

« Autosolistes »

Pourtant, le covoiturage ne permet pas seulement d’aider à fluidifier un peu la circulation. Il est aussi un moyen de polluer moins. « Depuis septembre 2020, 130 000 kg de CO2 ont été économisés », affirme d’ailleurs François Fantin. Pour tenter de doper le covoiturage le plus rapidement possible, dès le départ, le gouvernement monégasque a décidé de miser sur un groupe d’entreprises qui ont pour point commun d’avoir adhéré au pacte national pour la transition énergétique. Cela représente aujourd’hui une trentaine d’entreprises et plus de 13 000 salariés, avec, parmi eux, des conducteurs qui circulent seuls. Ce sont eux qui sont ciblés par Klaxit, ces « autosolistes » qui viennent chaque jour à Monaco sans aucun passager à bord de leur véhicule. Environ 60 à 70 % des utilisateurs de Klaxit sont issus de ces entreprises. Le recrutement de nouveaux abonnés a aussi pour objectif de permettre d’atteindre une « masse critique » suffisante, afin que chaque recherche de trajet puisse trouver une solution. Faute de quoi, les utilisateurs déçus pourraient déserter l’application. Alors, pour convaincre le plus vite possible, le gouvernement monégasque a décidé d’aller plus loin encore, en agitant dès le lancement de Klaxit en principauté une incitation financière. Le principe est simple : pour les passagers, les trajets sont gratuits. Quant aux conducteurs, ils sont payés entre 1,50 et 3 euros par trajet et par passager, ce qui leur permet de faire baisser leurs frais, alors que la hausse du prix des carburants s’est installée [à ce sujet, lire notre dossier spécial Inflation : coup de chaud sur les prix, publié dans Monaco Hebdo n° 1250 — NDLR]. Dans un document publié le 17 septembre 2021, à l’heure du premier bilan après un an d’activité avec Klaxit, le gouvernement monégasque a rappelé qu’il finance « 100 % des trajets passagers dans la limite de 30 kilomètres, à hauteur de 10 centimes du kilomètre. Soit environ 3 euros versés au conducteur, pour un trajet avec un passager depuis Nice ». Dans ce même document, il a souligné que le covoiturage permet de « diminuer ses frais d’essence ou de bénéficier d’une aide pouvant aller jusqu’à 18 euros par jour pour un conducteur, avec 3 passagers en aller-retour sur 30 kilomètres ».

Pour convaincre le plus vite possible, le gouvernement monégasque a décidé d’aller plus loin encore, en agitant dès le lancement de Klaxit en principauté une incitation financière. Le principe est simple : pour les passagers, les trajets sont gratuits. Quant aux conducteurs, ils sont payés entre 1,50 et 3 euros par trajet et par passager

« Subventionnement »

Pour François Fantin, cette dimension économique est absolument primordiale : « Dans les régions où il n’y a pas de subventionnement, il n’y a pas de covoiturage. Où que ce soit en France, quel que soit le territoire ou l’opérateur, sans cette partie incitative, on ne sait pas développer le covoiturage. » Prévu en septembre 2020 pour une période de six mois, ce financement de l’État monégasque a finalement été prolongé jusqu’à la fin de l’année 2021, puis jusqu’à fin 2023. Objectif : « Obtenir rapidement une masse critique d’utilisateurs, afin d’entrer dans un cercle vertueux et évaluer l’efficacité de la solution auprès des pendulaires. Il est à rappeler que l’ensemble de ces avantages de cofinancement et de garantie retour s’appliquent à toute personne rejoignant ou sortant de la principauté », soulignait le gouvernement  (1) dans un communiqué de presse publié le 22 septembre 2021, tout en communiquant quelques chiffres, un an après le lancement de Klaxit : « Depuis le lancement du projet, près de 230 000 kilomètres ont été cofinancés et 25,5 tonnes de C02 économisées. Des chiffres particulièrement encourageants — plus de 25 000 km sont parcourus chaque mois —, et amenés à se développer encore. » Sans surprise, 80 % des courses étaient réalisées entre Menton, Monaco, et Nice Ouest. Comme on pouvait s’y attendre, les personnes les plus concernées par le covoiturage travaillent avec des horaires décalés et sont privées d’une offre de transports en commun conséquente à proximité de leur domicile.

« 50 000 salariés français et italiens se rendent quotidiennement en principauté, dont une majorité en voiture, avec un taux d’occupation moyen de 1,1 personne par véhicule. Ce flux de salariés essentiel au dynamisme économique de la principauté, mais il pose un défi de poids, notamment en termes de congestion et d’émissions de gaz à effet de serre » 

Le gouvernement monégasque

Carburants

Selon les chiffres communiqués par Klaxit, depuis septembre 2020, un peu plus de 50 000 trajets ont été effectués. « En janvier 2022, 737 personnes avaient utilisé au moins une fois Klaxit. En février 2022, nous étions autour de 2 200 trajets. Depuis janvier 2022, nous avons gagné 1 000 utilisateurs supplémentaires. Et on continue actuellement sur cette tendance », assure le directeur régional du développement PACA-Monaco-Auvergne-Rhône-Alpes de Klaxit. En juin 2022, 7 830 trajets ont été enregistrés. « En semaine, nous sommes autour de 400 trajets par jour », assure François Fantin. Si la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a durement frappé le monde du covoiturage, depuis le début de l’année 2022 les chiffres sont donc repartis à la hausse. Ils sont sans doute en partie portés par la hausse du prix des carburants. Le leader français et européen du covoiturage, Blablacar, a vu le nombre d’abonnés sur sa plateforme, longues et courtes distances confondues, enregistrer une hausse de 227 % en mars 2022 par rapport à mars 2021. Si Blablacar Daily, l’activité courte distance de Blablacar lancée en 2017, affiche de bons résultats avec une hausse de 160 % sur les 12 derniers mois, le constat est à peu près le même chez les autres acteurs du covoiturage, notamment chez Karos, Citygo, ou Ridygo. Mais les objectifs affichés par le gouvernement monégasque sont ambitieux. D’ici 2030, il s’agit, en effet, de parvenir à une baisse de la circulation automobile de 20 % par rapport à 2019, et ainsi d’absorber le nombre de véhicules supplémentaires généré par la croissance économique de la principauté, tout en retrouvant le niveau de circulation de 1990. Le covoiturage est l’un des leviers qui doit permettre d’atteindre cet objectif, tout comme les transports en commun électriques [à ce sujet, lire notre article Les premiers bus 100 % électriques mis progressivement en service, publié dans Monaco Hebdo n° 1237 — NDLR], ou la mobilité douce. Les émissions de gaz à effet de serre liées à la mobilité représentent près de 30 % du total de Monaco. Pour diminuer l’empreinte carbone du secteur des transports, l’État monégasque déploie des moyens, et va injecter, à terme, 30 millions d’euros.

Blablacar, le Français leader mondial de la mise en relation conducteurs-passagers affiche 100 millions de membres dans 22 pays. Blablacar Daily, l’activité courte distance de Blablacar lancée en 2017, a enregistré une hausse de 160 % sur les 12 derniers mois. Les autres applications de covoiturage, comme, par exemple, Karos ou Citygo, progressent aussi.

« Un défi de poids »

Pour que le covoiturage puisse contribuer à cette baisse des émissions de gaz à effet de serre d’une façon nette, il faudra parvenir à recruter de nouveaux pratiquants en nombre. Ce qui n’est pas simple, reconnaît François Fantin : « L’autosoliste que l’on vise a un coût ressenti du trajet qui est très faible. La hausse des prix des carburants ennuie tout le monde, mais quand on demande à quelqu’un combien lui coûte son trajet pour aller travailler, il ne sait pas répondre. Ou alors, il estime ce coût à 50 centimes d’euros, voire à un ou deux euros. Sans subventionnement, sur Klaxit le passager doit payer deux euros par trajet, donc quatre euros aller-retour, ce qui paraît très cher. Voilà pourquoi on ne parvient pas à convaincre un conducteur qui fait son trajet seul en voiture depuis 20 ans d’essayer le covoiturage, pour lui montrer que c’est quelque chose de sympa à la fois écologiquement, socialement, et financièrement. » La problématique n’est pas simple et, en septembre 2021, dans un communiqué de presse, le gouvernement monégasque rappelait que « 50 000 salariés français et italiens se rendent quotidiennement en principauté, dont une majorité en voiture, avec un taux d’occupation moyen de 1,1 personne par véhicule. Ce flux de salariés est essentiel au dynamisme économique de la principauté, mais il pose un défi… de poids, notamment en termes de congestion et d’émissions de gaz à effet de serre ».

Pédagogie

Pour essayer de relever ce « défi », le gouvernement monégasque sait qu’il n’y a pas d’autre voie que celle de la croissance du nombre d’abonnés. Et il est prêt à ouvrir un certain nombre de prolongements au covoiturage. « Nous avons la volonté d’élargir à d’autres entreprises partenaires. Nous souhaitons aussi développer d’autres types de trajets autres que ceux domicile-travail, pour des achats, du loisir, ou des démarches administratives, par exemple. La seule condition étant de partir, ou d’arriver, à Monaco, et de faire une course de plus de deux kilomètres. Enfin, il faudra aussi renforcer la complémentarité avec les parkings publics de Monaco, notamment dans la perspective de l’ouverture du parking en entrée de ville au Jardin exotique. Offrir un même point de départ et un même point d’arrivée aux covoitureurs permettra forcément de gagner de nouveaux adeptes », avait indiqué à Monaco-Matin le responsable du programme Smart City à la direction des services numériques de la principauté, Georges Gambarini, le 4 mai 2022. Chez Klaxit, on ne dit pas autre chose. Pour recruter de nouveaux utilisateurs, il va falloir communiquer, insister, et répéter auprès des salariés de la principauté. « Nous allons devoir accélérer et marteler ce message pour faire prendre conscience à tout le monde de l’intérêt du covoiturage […]. Il y a aussi un besoin de répétition extrêmement important. En marketing, on dit souvent qu’il faut qu’un message soit entendu quatre fois pour qu’on commence à le comprendre », indique François Fantin. La pédagogie par la répétition, en somme, face à plusieurs milliers de salariés, et peut-être davantage, qui continuent de venir chaque matin à Monaco seuls dans leur voiture.

1) Sollicité par Monaco Hebdo, le gouvernement monégasque n’a pas été en mesure de répondre à nos questions avant le bouclage de ce numéro, le 26 juillet 2022.

Pour lire la suite de notre dossier « Covoiturage à Monaco », cliquez ici.

Publié le

Monaco Hebdo