samedi 7 février 2026
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Monaco risque une inscription sur la liste des États à « haut risque » de la Commission européenne

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La principauté pourrait entrer sur la liste des États à haut risque en matière de blanchiment et de financement du terrorisme, selon la Commission européenne, malgré les efforts affichés de réformes.

Avant toute chose, il ne s’agit pas d’une entrée en liste noire du Groupe d’action financière (GAFI), ni d’une entrée tout court en « liste noire ». Monaco s’apprête à figurer sur la liste des États présentant des risques élevés en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, la « liste grise » de l’Union européenne, selon une notification adressée par la Commission européenne à ses autorités. L’annonce, révélée mercredi 4 juin 2025 par La Lettre, et nos confrères des Échos, constitue un sérieux revers pour la principauté, déjà soumise à une surveillance accrue depuis son entrée en liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), en juin 2024. L’inscription formelle doit encore être validée par le Parlement européen, mais elle placerait Monaco aux côtés de pays comme l’Afghanistan, la Corée du Nord ou encore le Panama… À l’inverse, les Émirats arabes unis devraient être retirés de cette liste. Cette décision européenne s’inscrit dans un contexte délicat pour la principauté, alors qu’un procès retentissant impliquant d’anciens responsables policiers pour des faits de corruption, de blanchiment et de trafic d’influence s’est ouvert lundi 2 juin 2025 au tribunal correctionnel de Monaco. Parmi les onze prévenus figure notamment l’ancien chef de la division de la police administrative, Christian Carpinelli. Les audiences doivent se poursuivre jusqu’au 17 juin 2025.

Cette annonce constitue un sérieux revers pour la principauté, déjà soumise à une surveillance accrue depuis son entrée en liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), en juin 2024

Des lacunes persistantes, malgré des engagements

Même s’il s’agit d’une procédure automatique du fait de l’entrée de Monaco en liste grise du GAFI, pour Bruxelles, Monaco continue de présenter des « insuffisances stratégiques » dans ses dispositifs de lutte contre les flux financiers illicites. Et ce, malgré les efforts répétés des autorités monégasques pour renforcer leur cadre législatif et institutionnel. L’inclusion sur cette liste, tout comme celle du GAFI, pourrait entraîner des conséquences concrètes pour les acteurs économiques opérant depuis, ou vers la principauté. Les institutions financières internationales sont en effet tenues d’appliquer des mesures de vigilance accrues à l’égard des clients domiciliés dans les pays inscrits sur cette liste, ce qui peut allonger encore les délais de transaction, ou restreindre certains flux. Au-delà des banques, des secteurs tels que le marché de l’art, les ventes aux enchères, ainsi que l’associatif pourraient également être visés par ces contrôles renforcés.

L’inscription formelle doit encore être validée par le Parlement européen, mais elle placerait Monaco aux côtés de pays comme l’Afghanistan, la Corée du Nord ou encore le Panama… À l’inverse, les Émirats arabes unis devraient être retirés de cette liste

Sous l’œil du Gafi

Cette annonce européenne intervient un an après le maintien de Monaco sur la « liste grise » du Gafi, qui rassemble les pays faisant l’objet d’un suivi renforcé. La principauté y avait été inscrite en juin 2024, et elle espère pouvoir en sortir d’ici la mi-2026. Seuls trois pays européens figurent actuellement sur cette liste : la Croatie, la Bulgarie et Monaco. En mars 2025, le conseiller-ministre pour l’économie et des finances, Pierre-André Chiappori, se voulait optimiste. Dans un entretien accordé à Monaco Hebdo, il affirmait en effet que des « progrès significatifs » avaient été réalisés depuis la publication du rapport Moneyval en décembre 2022, salués par les instances internationales. Il évoquait alors une perspective de sortie « ambitieuse mais réalisable ». Le prince Albert II, lui-même, dans une interview accordée à la presse locale en mai 2025, montrait des signes d’optimisme : « Les inquiétudes suscitées par l’inscription de Monaco sur la liste grise du Gafi étaient légitimes. Mais force est de constater que, pour l’instant, l’impact reste assez limité, expliquait Albert II. Les fondamentaux de notre économie restent stables et durables. Notamment dans les secteurs clés, dans la finance, l’immobilier et le tourisme. Les résultats continuent d’être robustes et résilient ».

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Cette décision européenne s’inscrit dans un contexte délicat pour la principauté, alors qu’un procès retentissant impliquant d’anciens responsables policiers pour des faits de corruption, de blanchiment et de trafic d’influence s’est ouvert lundi 2 juin 2025 au tribunal correctionnel de Monaco

Politique ? 

Le prince Albert II soutenait également que le modèle monégasque tenait bon : « Cela témoigne de l’engagement actif des différents acteurs, qu’ils soient publics ou privés pour préserver et renforcer l’attractivité de la principauté. Bien sûr, nous restons totalement mobilisés pour accompagner cette dynamique, et pour mener à bien toutes les actions nécessaires, en vue de la sortie de la liste grise du Gafi, conformément au calendrier établi. Nous avons eu des rapports intermédiaires oraux, qui sont plutôt positifs. On nous a dit que nous étions vraiment sur la bonne voie. » Cette décision intervient à quelques jours d’une visite d’État du président Emmanuel Macron dans la principauté, prévue les 7 et 8 juin 2025. Une coïncidence de calendrier qui pourrait ajouter une dimension politique à une actualité déjà sensible pour la principauté.

Pour Bruxelles, Monaco continue de présenter des « insuffisances stratégiques » dans ses dispositifs de lutte contre les flux financiers illicites. Et ce, malgré les efforts répétés des autorités monégasques pour renforcer leur cadre législatif et institutionnel

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