mardi 21 avril 2026
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Union des syndicats de Monaco — Olivier Cardot : « Un salaire minimum de 2 538 euros brut par mois, c’est fondé »

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Hausse du salaire minimum, suppression du licenciement sans motif, rattachement des retraités aux caisses sociales de Monaco, placement de Monaco sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi)… En cette rentrée sociale 2024, Olivier Cardot, secrétaire général de l’Union des syndicats de Monaco (USM), espère des avancées.

Comment jugez-vous le climat de cette rentrée sociale 2024 ?

C’est un climat un peu particulier, car en 2024 l’Union des syndicats de Monaco (USM) fête ses 80 ans. C’est un anniversaire festif, mais c’est aussi une période de réflexion sur les revendications que nous voulons mettre à l’ordre du jour. On s’aperçoit qu’il y a de plus en plus d’inégalités, et pas qu’à Monaco, avec des tensions au niveau mondial. On essaie donc de faire un point de vue global sur la situation monégasque, et celle française et internationale, avec nos syndicats affiliés et amis.

Quels sont les points chauds de cette rentrée de septembre ?

À Monaco, c’est une année chargée dans certains secteurs, comme la profession hospitalière, pour laquelle nous avons beaucoup de revendications, notamment sur les salaires, les conditions de vie et de travail.

Des avancées, aussi ?

Dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, l’année de négociations que nous avons menée avec l’association des industries hôtelières nous a permis d’aboutir à la création d’une grille salariale, que nous devrions signer en octobre 2024. Pour le secteur hôtelier monégasque, c’est une très bonne nouvelle.

« Pour la protection sociale des salariés, le gouvernement a pris position en faveur des médecins et, depuis le 1er avril 2023, 25 % des salariés sont passés de la catégorie verte à rose. Cela pose un souci pour les remboursements et les prix des honoraires, alors que les salaires restent relativement bas dans certaines professions »

Cette grille salariale, ce n’était pas gagné ?

Il y a deux ans, après une grosse manifestation sur la place d’Arme, le conseiller-ministre pour la santé et les affaires sociales, Christophe Robino, avait réuni autour d’une même table l’association des industries hôtelières de Monaco, l’association de l’industrie hôtelière monégasque (AIHM), et nos syndicats affiliés à l’USM, pour entamer les discussions. Elles ont d‘abord été houleuses. Chacun s’est dit ses vérités, car nous estimions que les inégalités se creusaient, entre les salaires qui stagnaient et l’inflation qui faisait son effet. Mais, petit à petit, nous avons mené des réunions périodiques avec chaque professions et échelons, pour aboutir à un compromis permettant une grille de salaires.

Lors du Grand Prix de Formule 1 (F1) de Monaco, le syndicat monégasque des caisses de la Société des bains de mer (SBM), avec qui vous êtes affiliés, a mené une grève : où en est-on aujourd’hui ?

Ce conflit n’est pas réglé entre ce syndicat et la direction de la SBM. Les membres sont toujours en attente d’une décision de la direction, et une procédure judiciaire a été lancée depuis. Cette affaire est entre les mains de la justice pour savoir qui a raison, ou tort.

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Depuis le début du mois de septembre 2024, les pendulaires sont déjà confrontés à des difficultés de transports : que faire ?

En ce qui concerne la suppression des trains entre Nice et Vintimille de 21 heures à 6 heures du matin jusqu’au 26 juin 2025, c’était un grave manque d’anticipation de la SNCF, qui semble n’avoir mené aucune consultation auprès des autorités monégasques, ni des élus, ni des travailleuses et des travailleurs qui sont impactés, alors que beaucoup de gens privilégient ce mode de transport écologique et plus économique que la voiture. On comprend que la ligne Marseille – Vintimille est l’une des plus vétuste de la région, et il est nécessaire de privilégier la sécurité des usagers. Mais, ce qu’on reproche, c’est qu’aucun bus, ni aucune solution alternative n’aient été mis en place dès le début.

Cette année, vous dénoncez également une dégradation de la protection sociale des salariés ?

Nous allons en effet mener une action le 25 septembre 2024 [Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 24 septembre 2024 — NDLR] devant les caisses sociales de Monaco, une fois de plus, pour rappeler au gouvernement que rien n’a changé depuis les actions de l’an dernier : les salaires n’ont pas évolué, la protection sociale ne s’est pas améliorée. Elle s’est même dégradée.

Pourquoi ?

Parce que le gouvernement a pris position en faveur des médecins et, depuis le 1er avril 2023, 25 % des salariés sont passés de la catégorie verte à rose. Or, cela pose un souci pour les remboursements et les prix des honoraires, alors que les salaires restent relativement bas, dans certaines professions. Nous proposons donc un salaire minimum de 2 538 euros brut par mois. C’est fondé.

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Quoi d’autre ?

Nous demandons aussi la disparition pure et simple des couleurs de feuilles. Aujourd’hui, on doit avoir une protection sociale de haut niveau, avec des remboursements à 100 %. C’est le fondement de la sécurité sociale en France : on cotise selon ses moyens, et on prend ce dont on a besoin.

« C’est un climat un peu particulier, car en 2024 l’USM fête ses 80 ans. C’est un anniversaire festif, mais c’est aussi une période de réflexion sur les revendications que nous voulons mettre à l’ordre du jour »

Vous avez aussi des revendications au sujet des retraites ?

Nous demandons l’abrogation du texte indigne de 2012, issu de la réforme des retraites, qui a entraîné des pertes financières considérables pour les nouveaux retraités de Monaco. On s’aperçoit qu’il y a toujours plus d’argent dans le fonds de réserve des caisses de retraite, preuve que ce système n’est pas en difficulté. Et pourtant, le patronat demande moins de cotisations, alors qu’on se porte très bien.

C’est-à-dire ?

Il ne faut pas oublier le produit intérieur brut (PIB) du pays : chaque salarié crée 137 000 euros de richesse chaque année. Chaque mois, c’est comme si le gouvernement monégasque gagnait à l’Euromillion. Et pourtant, dans certaines professions, on trouve encore des gens qui ne gagnent que 1 900 euros net par mois. C’est clairement insuffisant, compte tenu des prix de l’immobilier dans la région, l’inflation et les prix de l’énergie qui ont explosé. Il y a un problème d’inégalités. Il faut avoir un dialogue constant avec le gouvernement et le patronat.

Vous plaidez aussi pour le rattachement des retraités aux caisses sociales de Monaco ?

Un salarié qui a travaillé et cotisé pendant 20 ans à Monaco devrait pouvoir prétendre au régime social monégasque. Il est inconcevable de ne pas pouvoir en bénéficier, au moment où l’on en a le plus besoin. Nous avons donc des propositions à faire, et nous espérons que le nouveau ministre d’État, Didier Guillaume nous recevra bientôt pour en parler.

Qu’attendez vous de Didier Guillaume ?

Nous avions de bons rapports avec son prédécesseur, Pierre Dartout, qui a su nous consulter dès son arrivée, et pendant la crise sanitaire, alors que la tâche n’était pas simple. Il a eu l’honnêteté et la courtoisie de solliciter notre avis, même s’il n’a pas toujours été pris en compte. En fin de mandat, en revanche, il a reçu beaucoup les patrons, mais moins les syndicats. J’invite donc Didier Guillaume à ne pas faire la même erreur. Je pense qu’il faut recevoir chaque entité, chaque organisation, patronale et syndicale. Didier Guillaume doit prendre en considération qu’il y a bien sûr des entreprises, mais aussi des salariés qui travaillent à Monaco. Et nous avons beaucoup, beaucoup de choses à lui dire.

Vous comptez aussi sur les élus du Conseil national ?

Au sujet des salaires, de la protection sociale, et de la retraite, des dispositions législatives sont urgentes. Notamment en ce qui concerne le licenciement sans motif, qui ne devrait plus exister à Monaco. Des centaines de salariés se font encore licencier sans motif chaque année.

Les élus devraient bientôt aboutir à un texte permettant l’usage de la rupture conventionnelle : c’est une avancée ?

En l’état, beaucoup de choses sont à revoir dans ce texte à venir, car il semble plus favorable aux employeurs qu’aux salariés. Dans ce projet de loi, les employeurs peuvent être à l’origine d’une rupture conventionnelle, mais pas les salariés : c’est deux poids, deux mesures. Il devrait y avoir, au contraire, des clauses strictes permettant au salarié d’en être à l’initiative lui aussi. En France, nous avons observé que la rupture conventionnelle ne porte pas ses fruits, car c’est une arme de plus pour licencier un salarié. A Monaco, on doit donc bien réfléchir à comment mettre en place ce dispositif.

En cette rentrée 2024, où en est le dialogue avec le patronat et le gouvernement ?

Ça coince un peu dans les secteurs de l’industrie, du commerce et des assurances, pour trouver un accord sur la mise en place d’une convention collective dans chaque secteur. C’est un peu compliqué, parfois, de trouver un interlocuteur dans certaines professions. Et avec le gouvernement, on se voit opposer des refus sans arrêt. Sur les salaires et les conditions de vie, ils savent que 2 000 euros par mois ne suffisent pas, sur un contrat de 39 heures hebdomadaires, pour vivre autour de Monaco. Mais ils ne s’accordent sur aucune solution.

« Il ne faut pas oublier le produit intérieur brut (PIB) du pays : chaque salarié crée 137 000 euros de richesse chaque année. Chaque mois, c’est comme si le gouvernement monégasque gagnait à l’Euromillion. Et pourtant, dans certaines professions, on trouve encore des gens qui ne gagnent que 1 900 euros net par mois »

Même chose pour l’accès au logement des salariés qui travaillent à Monaco : c’est un frein pour le recrutement ?

Le coût du logement dans les communes limitrophes est indécent. L’accès est de plus en plus restreint. Résultat : on observe des difficultés à recruter dans certains secteurs, à cause d’une baisse de la main d’œuvre dans l’hôtellerie et la restauration. Des restaurants n’ouvrent plus le soir et ferment un à deux jours par semaine, car les salaires sont trop bas. Et il y a cette prise de conscience, depuis la crise du Covid, que les 100 euros de plus qu’on gagnera à Monaco disparaissent dans les transports et le temps de trajet.

Des salariés subissent-ils les conséquences de l’entrée de Monaco sur la liste grise du Groupe d’action financière (Gafi) ?

Avec notre syndicat des banques, nous avons noté que plusieurs tensions existent dans des organismes financiers, avec des droits syndicaux attaqués, notamment. C’est un secteur à surveiller, mais c’est encore trop récent pour en tirer des conclusions.

Dans quel état d’esprit allez-vous entamer les discussions cette année avec le gouvernement et le patronat ?

Nous sommes prêts à discuter avec tout le monde. Notre but n’est pas de faire grève à répétition et d’être tout le temps dans le rapport de force. Notre but, au contraire, c’est de préserver les droits syndicaux et salariés, pour permettre aux travailleurs de vivre correctement.

Pour revenir au début de notre dossier « Rentrée sociale 2024 », cliquez ici.

Société Monégasque d'Assainissement SMA

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