samedi 18 avril 2026
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Culture Sélection de septembre 2024

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Perfect Days, de Wim Wenders

Toilettes. Koji Yakusho, 67 ans, assure véritablement une performance de très haute tenue dans ce film signé Wim Wenders. Après L’Anguille (1997) de Shohei Imamura, Palme d’or à Cannes, il a souvent été vu dans les films de Kiyoshi Kurosawa, notamment Cure (1997) ou Rétribution (2003). Dans Perfect Days, Koji Yakusho incarne un employé de la ville de Tokyo, chargé de nettoyer quotidiennement les toilettes publiques dans le quartier de Shibuya. Il accomplit cette tâche répétitive avec sérieux et minutie. Chaque jour, au volant de sa camionnette, il écoute Lou Reed ou Patti Smith sur des cassettes, traces mises en avant d’une époque révolue. Wim Wenders filme chacun de ses rituels au plus près. Rappelant l’excellent Paterson (2016) de Jim Jarmusch, Perfect Days séduit, et Koji Yakusho y est vraiment pour beaucoup.
Perfect Days de Wim Wenders, avec Reina Ueda, Koji Yakusho, Tokio Emoto (JAP, 2023, 2 h 05), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray).

Boy Kills World, de Moritz Mohr

Pop. Comment se remettre de l’assassinat de sa mère et de sa sœur ? Traumatisé par ce double meurtre, Boy (Bill Skarsgård), un jeune homme sourd-muet, décide de devenir un véritable guerrier, aussi impitoyable que motivé par la vengeance. Entraîné par un maître shaolin, il se lance dans cette quête. Boy Kills World navigue intelligemment entre l’univers manga et le monde de Marvel, le tout filmé comme un jeu vidéo. Comme dans certains jeu de combat, chaque niveau se termine d’ailleurs par un combat sans merci contre un méchant, généralement aussi puissant que violent. Moritz Mohr puise aussi dans des films d’action sans concession, comme, par exemple, The Raid (2011), tout en empruntant à l’univers de Hunger Games (2012). Il crée ainsi un objet pop que l’on regarde avec plaisir.
Boy Kills World de Moritz Mohr, avec Bill Skarsgård, Jessica Rothe, Michelle Dockery (USA/ALL/AFSUD, 2024, 1 h 51), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 35,34 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 11 octobre 2024.

Memory, De Michel Franco

Espoir. Entre sa fille, son travail de travailleuse sociale dans un centre pour handicapés mentaux et ses réunions aux alcooliques anonymes, Sylvia (Jessica Chastain) a un emploi du temps très bien organisé. Lors d’une réunion d’anciens du lycée, elle sent sur elle le regard d’un homme. Gênée, elle décide de partir, mais il la suit. Et si cet homme, Saul (Peter Sarsgaard), c’est son nom, n’était pas ce qu’il semble être ? Le cinéaste mexicain Michel Franco, connu pour des films sans concession, comme Daniel & Ana (2009), Despuès de Lucia (2012), ou Les Filles d’Avril (2017), nous livre avec Memory un film plus doux. Blessés, ces deux protagonistes ont beaucoup de comptes à régler. Mais, cette fois, et contrairement à la majorité de la filmographie de Michel Franco, l’espoir est là.
Memory de Michel Franco avec Jessica Chastain, Peter Sarsgaard, Brooke Timber (USA, 2024, 1 h 40), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 11 octobre 2024.

The Bikeriders, de Jeff Nichols

Vandals. Lorsque Kathy (Jodie Comer) croise Benny (Austin Butler), c’est une évidence. Elle tombe rapidement amoureuse de lui. Nous sommes au début des années 1960 et Benny fait partie des Vandals, une bande de motards de Chicago dirigée par Johnny (Tom Hardy). Les Vandals dérivent peu à vers vers la violence gratuite, ce qui va pousser Benny à faire des choix. Jeff Nichols, réalisateur du très bon Take Shelter (2012), s’aventure dans un univers très codifié. Pour cela, il a pris pour point de départ un livre publié en 1967 d’entretiens et de photographies de Danny Lyon, un journaliste qui a passé quatre ans dans un gang de motards. Pourquoi cette quête de liberté portée par ces motards américains glisse-t-elle immanquablement vers la violence ? Le regard du personnage féminin sur ce monde masculin donne encore plus d’épaisseur à un film qui n’en manque pas.
The Bikeriders de Jeff Nichols, avec Austin Butler, Jodie Comer, Tom Hardy (USA, 2024, 1 h 56), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 24,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 30 octobre 2024.

La Règle du Crime Colson Whitehead

La Règle du Crime, de Colson Whitehead

Effervescence. Il y a d’abord eu Harlem Shuffle (Albin Michel, 2021), qui a ouvert la trilogie voulue par Colson Whitehead. Nous étions alors dans les années 1960. Avec La Règle du Crime, nous voici projetés dans les années 1970 à New York. Entre les Black Panthers, les assassinats, l’héroïne, la pauvreté dans certains quartiers et l’impact des films de la blaxploitation, la ville est en effervescence. Construit, comme son prédécesseur, en trois parties, ce roman est structuré autour de l’histoire de Ray Carney. Ce fils de gangster essaie d’être honnête, en vendant des meubles, mais il dérape, toujours pour des raisons familiales, et se retrouve dans des embrouilles qui finissent par le dépasser. Colson Whitehead nous plonge dans le quotidien passionnant d’une ville en perpétuel mouvement, animée par ses contradictions.
La Règle du Crime de Colson Whitehead, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé (Albin Michel), 464 pages, 16,90 euros (format numérique), 22,90 euros (format « papier »).

Les Enchanteurs James Ellroy

Les Enchanteurs, de James Ellroy

Marylin. Le Los Angeles de l’après-guerre vu par James Ellroy continue de se déployer. Organisé autour de la sortie de cinq livres, ce grand projet se poursuit, avec la sortir des Enchanteurs. A Hollywood, Freddy Otash est un flic qui ne croit plus en grand chose. Drogué, avide de sexe, il se voit confier pendant l’été 1962 une tâche pas simple. Alors que Marilyn Monroe (1926-1962) est morte depuis peu, Robert Kennedy (1925-1968), procureur général des Etats-Unis, lui demande de salir son image, afin de couvrir la liaison qu’elle entretenait avec son frère, John Fitzgerald Kennedy (1917-1963). Dans Les Enchanteurs, la fiction et la réalité sont si astucieusement entremêlées qu’on se laisse entraîner dans ce récit jusqu’à la dernière page, et avec délectation.
Les Enchanteurs de James Ellroy, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides et Séverine Weiss (Rivages, « Noir »), 672 pages, 20 euros (format numérique), 26 euros (format papier).

Dogrun Arthur Nersesian

Dogrun, d’Arthur Nersesian

Urbain. Primo est mort. Lorsque sa compagne Mary le découvre en rentrant du cabinet d’avocats où elle travaille à New York, c’est la sidération. Puis, en cherchant à contacter l’entourage de Primo, elle s’aperçoit qu’en seulement quelques mois de relation, il restait quelqu’un de secret. Peu fidèle, même son âge était une invention. Remarqué pour son roman déjanté Fuck Up (1997), Arthur Nersesian récidive, et nous fait encore beaucoup rire. Mary et sa meilleure amis Zoé foncent dans les rues de New York pour tenter d’y voir plus clair. Elles se retrouvent le plus souvent dans des circonstances inextricables, groupe de punk amateur ou relations sexuelles décalées à l’appui. Peuplée de personnages secondaires savoureux, cette virée se lit d’un trait. Urbain et drôle, il faut absolument se plonger dans Dogrun.
Dogrun d’Arthur Nersesian, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Bonnot (La Croisée), 268 pages, 15 euros (format numérique), 21,10 euros (format papier).

Les Julys Nylso

Les Julys, de Nylso

Imaginaire. Le bédéiste Nylso (Jean-Michel Masson), est de retour. Après le très beau et très contemplatif Les Cabanes (2022), il nous plonge cette fois-ci dans l’univers des Julys, de toutes petites créatures qui, au premier jour de juillet, émergent de l’eau pour rejoindre nos rêves. Les Julys sont ces amis imaginaires que l’on s’invente quand on est enfant et qui disparaissent quand on grandit. Dans Les Julys, on suit un père qui tente de ralentir ce phénomène auprès de son fils. Il veut absolument prolonger ce moment, qu’il juge précieux. Pour cela, il l’emmène faire de jolies balades dans la forêt, pour prendre le temps, parler et ainsi, doper leur imaginaire. D’une grande poésie, avec un noir et blanc à couper le souffle, cette BD est aussi un superbe objet, sur lequel il faut se ruer sans attendre.
Les Julys de Nylso (Misma) 312 pages, 24 euros.

Immatériel Jérôme Dubois

Immatériel, de Jérôme Dubois

Hikikomori. Dans Immatériel, Jérôme Dubois s’intéresse au phénomène des hikikomori, ces personnes qui décident de se couper d’une société dans laquelle elles ne se reconnaissent plus. Pour cela il met en scène un homme qui fait ce choix extrême. Il vit seul. Peu à peu, son espace de vie se réduit de plus en plus, jusqu’à disparaître complètement. Lorsqu’une équipe de nettoyeurs est envoyée dans cet appartement, l’un d’eux cherche à comprendre ce qui a pu pousser une personne à agir ainsi. Que reste-t-il de quelqu’un lorsqu’il a disparu, et qu’il ne demeure plus que les lieux dans lesquels cette personne a vécu ? Jérôme Dubois s’attaque à cette question, et même plus encore, dans cette passionnante BD qui n’a pas peur de l’invisible.
Immatériel de Jérôme Dubois (Cornélius), 216 pages, 34,50 euros. Sortie le 3 octobre 2024.

Wild God, de Nick Cave & The Bad Seeds

Grand. Nick Cave avait parlé d’un album « lumineux ». Le mélange de cordes et de chœurs autour duquel est souvent construit Wild God lui donne effectivement un relief gospel, peu entendu depuis Abbatoir Blues / The Lyre of Orpheus (2004). Estimant néanmoins dans un entretien accordé au Monde que « “Wild God” est un disque joyeux peuplé de morts », le chanteur et auteur australien célèbre la vie. Les moments forts sont nombreux, notamment avec le doux Cinnamon Horses ou Long Dark Night. O Wow O Wow (How Wonderful She Is) est un bel hommage à Anita Lane (1960-2021), impliquée dans le premier groupe de Nick Cave, The Birthday Party, au début des années 1980. Ce 18ème album en studio avec son groupe historique, The Bad Seeds, rappelle aussi que, depuis l’excellent Push the Sky Away, en 2013, ils n’avaient plus sorti de disque ensemble. Refusant de se répéter, Nick Cave montre une nouvelle fois, à 66 ans, qu’il figure parmi les plus grands.
Wild God, Nick Cave & The Bad Seeds (PIAS), 15,99 euros (CD), 27,99 euros (vinyle).

Babel Babel, d’Indochine

Espoir. Depuis 13 (2017), Indochine se faisait désirer, et cette attente a été récompensée par la sortie le 7 septembre 2024 d’un double album de 17 titres, assorti d’une tournée qui débutera le 28 janvier 2025 à Aix-en-Provence. Ce quatorzième album studio reste fidèle à la marque de fabrique d’Indochine imaginée en 1982 par le tube L’Aventurier. Très mélodique, dansant, Babel Babel et sa pochette signée David Lachapelle est un album engagé, mixé par Mark « Spike » Stent. Le premier extrait, Le chant du cygne, évoque la situation des femmes en Iran. Un peu plus loin, le très réussi Ma vie est à toi suggère l’Ukraine, alors que Sanna sur la croix fait référence à l’ancienne première ministre finlandaise, Sanna Marin. Seul au paradis et Le garçon qui rêve restent les deux titres les plus réussis, les plus émouvants aussi. Si les sujets de Babel Babel sont graves, le leader et co-fondateur d’Indochine, Nicola Sirkis, envoie malgré tout un message d’espoir, avec un disque taillé pour les concerts de l’Arena Tour.
Babel Babel, Indochine (RCA), 18,99 euros (CD), 44,99 euros vinyle.

In Waves, de Jamie xx

Club. Derrière les compositions du trio d’indie pop The xx, avec Romy Madley Croft et Oliver Sim, se trouve Jamie xx. L’excellent album xx (2009) a laissé la place pour Jamie xx à In Colour (2015), un premier album solo très remarqué. Neuf ans plus tard, James Smith, son vrai nom, revient bousculer la dance music britannique et la culture club britannique avec In Waves, un disque de 12 titres, sur lequel il a invité beaucoup de monde. A commencer par Romy et Oliver (Waited All Night), le duo australien The Avalanches (All You Children), la chorégraphe irlandaise Oona Doherty (Falling Together), la chanteuse suédoise Robyn (Life), mais aussi Kelsey Lu, Panda Bear et John Glacier (Dafodil), ainsi que Honey Dijon (Baddy On The Floor). A 35 ans, ce Londonien propose un disque parfait pour le dance-floor, construit avec intelligence et minutie. Comme à son habitude.
In Waves, Jamie xx (Young/Beggars), 10,99 euros (CD), 22,99 euros (vinyle).

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