mardi 17 février 2026
AccueilCultureCulture SélectionCulture Sélection de juin 2025

Culture Sélection de juin 2025

Publié le

Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Pusher (trilogie), de Nicolas Winding Refn

Copenhague. La trilogie Pusher revient dans les salles de cinéma en 4K le 9 juillet 2025, puis dans un magnifique coffret. Tournés à Copenhague avec des moyens techniques réduits, ces films policiers proposent une plongée très crue au cœur de la criminalité. Filmé caméra à l’épaule par Nicolas Winding Refn à l’âge de 26 ans, Pusher (1996) évoque le parcours de Franck, un dealer en perdition dans les rues de Copenhague. Pusher 2 (2004) est centré autour de Tonny (Mads Mikkelsen), un petit voyou qui est le fils d’un caïd de la pègre de Copenhague, vu dans Pusher. Enfin, Pusher 3 (2005) s’intéresse à Milo, un trafiquant d’héroïne adhérent aux toxicomanes anonymes, qui est aussi père de famille et tueur, croisé dans les deux précédents films. Ce coffret contient aussi Gambler (2006), un documentaire sur Refn et le difficile financement de son film Fear X (2003), mais aussi Mellem Venner (1963), Villa Vennely (1964), Stenbroens Helte (1965), trois films de Poul Nyrup (1934-1982), et un livret de 80 pages.
Pusher (trilogie) de Nicolas Winding Refn, avec Kim Bodnia, Zlatko Buric, Mads Mikkelsen, Laura Drasbæk (DAN, 1996-2004-2005), 74,99 euros (Blu-ray 4K, sous-titres anglais).

Restore Point, de Robert Hloz

Ethique. En 2041, si une personne meurt de façon « non naturelle », elle a droit une deuxième chance. La technologie « restore point » permet de ramener la personne à la vie, grâce à des « sauvegardes » régulières du cerveau de chaque citoyen. Entre cinéma de genre et enjeux philosophiques, le réalisateur tchèque Robert Hloz fait le grand écart dans son premier film. Il parvient à trouver un équilibre intéressant dans ce film rétro-futuriste, à la photographie très soignée. Entre science-fiction et cinéma d’auteur, Restore Point ne choisit pas, et remplit son contrat, qui est de séduire les cinéphiles et un public plus large. Pour le reste, on pense, bien sûr, à Frankenstein ou le Prométhée moderne (1818) de Mary Shelley (1797-1851), avec des questions qui relèvent de l’éthique et de la morale. Le grand classique qu’est Blade Runner (1982) n’est pas loin non plus, tout comme Minority Report (2002).
Restore Point de Robert Hloz, avec Andrea Mohylová, Matej Hádek, Milan Ondrik (TCH/SLO/POL/SER, 2025, 1 h 54), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 9 juillet 2025.

La Convocation, de Halfdan Ullmann Tøndel

Ecole. Une agression sexuelle entre enfants a lieu dans une école primaire. Les parents des jeunes Armand et Jon sont convoqués, mais tout est flou, rien ne se recoupe, les récits s’entrechoquent… Armand est-il vraiment coupable ? Qui dit vrai ? Le premier long-métrage du Norvégien Halfdan Ullmann Tøndel est focalisé sur la parole, et sur l’usage qui en est fait. Pour cela, sa caméra se resserre sur les visages des différents acteurs, pour nous faire pénétrer toujours plus profondément dans ce drame. Le réalisateur ne prend pas parti, il adopte une distance nécessaire, qu’il maintient intelligemment pendant l’intégralité des presque deux heures que dure ce film. Dans cette école quasi-déserte, en fin d’année scolaire, le soleil tape fort, et Halfdan Ullmann Tøndel fait de ce lieu un personnage de son long-métrage, dans lequel se perdent les personnages.
La Convocation de Halfdan Ullmann Tøndel, avec Renate Reinsve, Ellen Dorrit Petersen (SUE/ALL/HOL/NOR, 2025, 1h57), 14,99 euros (DVD seulement, pas de sortie Blu-ray). Sortie le 15 juillet 2025.

The Insider, de Steven Soderbergh

Secrets. Kathryn (Cate Blanchett) et George (Michael Fassbender) sont en couple. Ils sont aussi agents secrets. Ces espions britanniques sont pris dans une grande opération de manipulation que nous ne dévoilerons pas ici, pour ne pas déflorer la surprise finale. Leurs trois autres collègues agents secrets (Marisa Abela, Tom Burke, Regé-Jean Page) sont-ils vraiment honnêtes ? Après la sortie très récente de son précédent film Présence (2025) que nous avons d’ailleurs évoqué dans Culture Sélection, Steven Soderbergh et son scénariste David Koepp, à qui l’on doit notamment Jurassic Park (1993), contractent leur histoire sur une semaine. Le duo ne parle pas que d’espionnage dans ce film élégant. Ils s’intéressent aussi au couple, et à ses secrets, avec un George obsédé par la vérité, comme l’était le personnage de Grahan dans Sexe, mensonges et vidéo de Soderbergh, Palme d’or à Cannes en 1989.
The Insider de Steven Soderbergh, avec Michael Fassbender, Cate Blanchett, Tom Burke (USA, 2025, 1h33), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 24,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 23 juillet 2025.

Heart and Soul – Critical essays on Joy Division, de Martin J. Power, Eoin Devereux et Aileen Dillane

Savant. Si l’activité du groupe mancunien Joy Division se résume à deux albums, Unknown Pleasures (1979) et Closer (1980), l’héritage laissé par Ian Curtis (1956-1980), Bernard Sumner, Peter Hook et Stephen Morris est immense. Le suicide de Ian Curtis le 18 mai 1980 n’a pas stoppé la fascination exercée par ce groupe différent de tous les autres. L’anthologie en langue anglaise Heart and Soul tente de faire la lumière sur l’œuvre de Joy Division. Pour cela, les auteurs ont misé sur une approche multidisciplinaire, qui apporte une profondeur et une densité rarement vue auparavant. De l’influence du Manchester des années 1970 et de son industrie sur le son de Joy Division, en passant par une analyse littéraire et visuelle des productions du groupe, ou la santé et l’épilepsie qui affectait Ian Curtis, ainsi que l’incommunicabilité qui le frappait, tout est passé au crible et expliqué. Ce livre savant est un trésor.
Heart and Soul – Critical essays on Joy Division de Martin J. Power, Eoin Devereux et Aileen Dillane (Rowman & Littlefield International) 314 pages, 54 euros.

Le Monde et vice versa, de James Morrow

Globe. La Terre est creuse. C’est de ce postulat que part James Morrow pour déployer son récit. Sur la surface, appelée Solaria, le dérèglement climatique provoque de fortes chaleurs. Sous terre, à Quondonia, c’est le froid qui règne. Une idée germe : insérer la lune au centre de la Terre, et installer Manticore, la planète refroidie qui se trouve au centre du globe, à la place de la lune. Pour négocier cet échange, Eamon Keen, un ancien porte-plume politique et sa source d’inspiration, la doctoresse Dalia Zettel. C’est un roman totalement loufoque et satirique que nous propose James Morrow. On pense, bien sûr, à Lewis Carroll (1832-1898) et à son roman Les Aventures d’Alice au pays des merveilles (1865), et sa suite, De l’autre côté du miroir (1871). Publié pour la première fois en France en 1989 avec Le Vin de la violence (Denoël), James Morrow n’en finit pas de bousculer notre imaginaire.
Le Monde et vice versa de James Morrow, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sara Doke (Au Diable Vauvert), 400 pages, 13 euros (format numérique), 24 euros (format papier).

À l’encre noire, veuves et littératures, veuves en littérature. Italie, XVème-XVIème siècle, de Victoria Rimbert

Panorama. Un tableau des représentations des veuves dans la littérature italienne, du début du XVème siècle, jusqu’au Concile de Trente, entre 1545 et 1563. C’est le sujet traité par Victoria Rimbert sur plus de 450 pages. Pour cela, cette docteure en littérature italienne et en histoire croise une série de sources, notamment des traités et des sermons moraux, ou des nouvelles qui évoquent la sexualité, comme le Novelliere de Giovanni Sercambi (1347-1424), les Novelle de Matteo Bandello (1485-1561), ou les Piacevoli Notti de Giovanni Francesco Straparola (1480-1558), sans oublier, bien sûr, des écrits signés par des veuves. Multipliant les points de vue et les perspectives, Victoria Rimbert analyse par le détail le statut du veuvage confronté aux enjeux économiques, moraux et sociaux de l’époque, et nous livre un panorama aussi passionnant que nuancé de ses représentations.
À l’encre noire, veuves et littératures, veuves en littérature. Italie, XVème-XVIème siècle de Victoria Rimbert (Presse Sorbonne Nouvelle), 451 pages, 25 euros.

Double Crush, de Tegan Quin, Sara Quin et Tillie Walden

Quatrième. Double Crush constitue le deuxième tome de la BD autobiographique Ados à deux, scénarisée par les musiciennes canadiennes Tegan Quin et Sara Quin, et illustré par Tillie Walden. Désormais en classe de 4ème, Tegan et Sara abordent une année scolaire riche en surprises. A commencer par une rencontre avec une agente qui leur ouvre les portes du tournage d’un clip et la mise en place de ce qui sera leur premier véritable concert. En parallèle, Sara vit sa première histoire d’amour féminine, alors que Tegan doit de se débrouiller avec un coup de cœur, un “crush”, qui semble inaccessible. Rapidement se profile une délicate question : comment choisir entre l’amour et la gloire ? Comment savoir qui on aime et qui on est réellement ? Comment avoir l’air “cool” ? Comment plaire ? Récompensée pour The End of Summer (2015) et J’adore ce passage (2016), Tillie Walden assure une élégante mise en images à ce jolie roman graphique, qui voit ses héroïnes en être aussi les autrices.
Double Crush de Tegan Quin, Sara Quin et Tillie Walden (Gallimard jeunesse), 240 pages, 19,90 euros.

Les héros du peuple sont immortels – La cavale de Gilles Bertin de Stéphane Oiry

Punk. Entre la biographie et le roman, Stéphane Oiry n’a pas choisi, et c’est tant mieux. Il nous plonge dans le parcours incroyable de Gilles Bertin (1961-2019). En 1988, l’ancien leader du groupe punk Camera Silens a volé 11,7 millions de francs (2,9 millions d’euros) à la Brink’s de Toulouse. Ce cambrioleur toxicomane a ensuite pris la fuite en passant par les Pyrénées, pour se lancer dans une cavale qui durera plusieurs décennies. Malade du sida, il se rendra en 2016, et sera condamné en 2018 à cinq ans de prison avec sursis pour ce braquage. Il est mort le 7 novembre 2019 à Barcelone, à l’âge de 58 ans. En 2019, Gilles Bertin a publié une autobiographie intitulée Trente ans de cavale : ma vie de punk (Robert Laffont) que Stéphane Oiry adapte aujourd’hui en BD. Il évoque par le détail le parcours atypique et romanesque de ce punk notamment passé par Lisbonne, Bordeaux et Barcelone.
Les héros du peuple sont immortels – La cavale de Gilles Bertin de Stéphane Oiry (Dargaud), 128 pages, 21,50 euros.

Let All That We Imagine Be The Light, de Garbage

Femmes. Lancé en 1993 par le producteur de Nirvana et des Smashing Pumpkins, Butch Vig, et ses acolytes Duke Erickson et Steve Marker, avec la magnétique Shirley Manson au chant, Garbage publie Let All That We Imagine Be The Light. Il s’agit du huitième album en trente ans, depuis la sortie de leur album éponyme, Garbage, en 1995. On avait beaucoup aimé le précédent disque, No Gods No Masters (2021), et cet album ne déçoit pas. Le titre R U Happy Now, entre synthés affutés et guitares au soutien, est efficacement porté par la voix, toujours aussi percutante, de Shirley Manson. Un peu plus loin, Radical calme le jeu avec élégance, tout comme Love to Give. Le mélancolique et synthétique The Day That I Met God captive. L’énergie de Get Out My Face AKA Bad Kitty est contagieuse, et le sujet évoqué, la condition des femmes dans des sociétés patriarcales, important. Au final, Let All That We Imagine Be The Light s’avère être un disque très fréquentable.
Let All That We Imagine Be The Light, Garbage (Stun Volume/Infectious Records), 16,99 euros (CD), 28,99 euros (vinyle).

Get Sunk de Matt Berninger

Poésie. Le leader du groupe The National s’échappe en solo une deuxième fois. Après le très bon Serpentine Prison (2020), il récidive avec Get Sunk. Produit, et en grande partie co-écrit par Sean O’Brien, collaborateur de longue date de Matt Berninger, ce disque met en avant la voix profonde du leader de The National. Les dix titres de Get Sunk sont aussi marqués par une série de collaborations, notamment avec Booker T. Jones, Meg Duffy de Hand Habits et Julia Laws de Ronboy. Les textes sont empreints d’une poésie désabusée qui fonctionne à merveille sur des titres comme Frozen Oranges, Silver Jeep, ou le plus rythmé Bonnet of Pins. Plus prévisible, moins sombre que les productions précédentes, Get Sunk est un album personnel, dans lequel Matt Berninger explore ses combats, notamment contre la dépression. A déguster lentement, pour en percevoir les parfums les plus subtils.
Get Sunk, Matt Burninger (Book Records), 10 euros (version numérique), 16,99 euros (CD), 29,99 euros (vinyle).

Death Mask, de Death in Vegas

Ardu. Lancé en 1994, Death in Vegas a été créé par Richard Fearless et Steve Helier. Après un premier album, Dead Elvis (1997), et surtout un deuxième, The Contino Sessions (1999), qui leur a permis de se faire remarquer, revoici Death in Vegas qui publie un septième album que l’on attendait depuis 2016. Désormais, il ne reste plus que l’Anglais Richard Fearless aux commandes, avec toujours cet équilibre si subtil entre électro et rock. Celui qui se qualifie volontiers de DJ et de spécialiste de la musique de Detroit, revendique aussi Joy Division comme l’un de ses groupes favoris. Avec Death Mask, Richard Fearless nous livre un disque à l’accès quelque peu ardu, mais qui ravira ses fans. Il constitue une suite logique à l’ombrageux et expérimental album précédent, Transmission (2016). Mélangeant des beats électro acérés, du dub et de la techno, cet album est un long voyage introspectif et sombre, d’une grande et belle intensité.
Death Mask, Death in Vegas (Drone Records), 25 euros (vinyle).

Newsletter

Une sélection quotidienne d'informations directement dans votre boite Mail