dimanche 19 avril 2026
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Culture Sélection de novembre 2025

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Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.

Slocum et moi de Jean-François Laguionie

Voilier. Jean-François Laguionie avait évoqué Slocum et moi (2025) lors d’un entretien accordé à Monaco Hebdo, en mars 2024 [à ce sujet, lire l’interview de Jean-François Laguionie : « Je suis un pessimiste bienveillant », publiée dans Monaco Hebdo n° 1324 — NDLR]. Slocum et moi explore l’enfance et la mémoire à travers le regard de François, un garçon de 11 ans dont le beau-père construit une réplique du voilier de Joshua Slocum (1844-1909) dans le jardin familial. Joshua Slocum était un navigateur et écrivain canadien‑américain, célèbre pour avoir été le premier marin à réaliser un tour du monde en solitaire à la voile, entre 1895 et 1898 à bord d’un sloop, un voilier à un seul mât, baptisé Spray. Teintes pastel et trait délicat : l’animation privilégie les silences et les paysages intimes, créant une atmosphère poétique et contemplative. Et c’est superbe.
Slocum et moi de Jean-François Laguionie, avec Elias Hauster, Grégory Gadebois, Coraly Zahonero (FRA, 2025, 1h15), 19,99 euros (DVD), 24,99 (coffret prestige Blu-ray, DVD et un livre de plus de 60 pages annoté par Jean-François Laguionie). Sortie le 1er décembre 2025.

Substitution – Bring Her Back de Michael et Danny Philippou

Maternité. Après La main (2023), les frères Philippou sont de retour. Dans ce second long‑métrage, les frères Philippou transforment l’horreur en drame psychologique radical. Andy (Billy Barratt) et Piper (Sora Wong) frère et sœur orphelins, sont recueillis par Laura (Sally Hawkins), une femme déchirée par la perte de sa fille. Le film s’aventure alors dans une mécanique faite de rituels ésotériques, de manipulation affective et de violence intime. L’ensemble tisse un récit où le deuil devient une emprise toxique. La mise en scène mise sur une atmosphère organique pour rendre palpable la souffrance, alors que le propos explore notamment l’identité brisée et la maternité dévorante. Les frères Philippou tombent parfois dans un rythme narratif qui souffre d’un déséquilibre entre horreur visuelle et profondeur psychologique. Mais Substitution – Bring Her Back reste une œuvre troublante et singulière.
Substitution – Bring Her Back de Michael et Danny Philippou, avec Sally Hawkins, Billy Barratt, Sora Wong (AUS, 2025, 1 h 39), 16,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 3 décembre 2025.

Eddington d’Ari Aster

Désinformation. Eddington (2025), le nouveau film d’Ari Aster, est un néo‑western politico‑satirique qui transpose la crise de 2020 aux États‑Unis dans la petite ville fictive d’Eddington, au Nouveau‑Mexique. Animé par Joaquin Phoenix dans le rôle d’un shérif marginal et Pedro Pascal qui incarne le maire, le récit s’emballe dès le départ : la pandémie, les divisions politiques, la désinformation et les théories du complot deviennent le terreau d’une violence sociale larvée. Entre humour noir et tension croissante, les personnages d’Ari Aster représentent une Amérique fracturée et paranoïaque. Porté par une mise en scène soignée et une bande-son oppressante, le film capte la décadence d’une société au bord du chaos. La densité du récit nuit parfois à la clarté, mais Ari Aster signe un portrait aussi essentiel qu’inquiétant de l’Amérique actuelle.

Eddington d’Ari Aster, avec Joaquin Phoenix, Pedro Pascal, Emma Stone (USA, 2025, 2 h 25), 19,99 euros (DVD), 29,99 euros (coffret Blu-ray 4K et Blu-ray). Sortie le 5 décembre 2025.

Evanouis de Zach Cregger

Disparition. Après Miss March (2009) et The Civil War on Drugs (2011) co-réalisés avec Trevor Moore et Barbare (2022), Zach Cregger s’est émancipé avec réussite pour réaliser Evanouis (2025), surprise du box office pendant l’été 2025. Il poursuit son exploration des fractures sociales à travers un récit hybride, oscillant entre thriller psychologique et chronique sombre de l’Amérique contemporaine. Le film suit la disparition inexpliquée d’un groupe de jeunes, dont l’absence révèle les tensions enfouies d’une communauté déjà fragilisée. Pour entretenir le mystère, Zach Cregger joue sur une mise en scène nerveuse et un montage éclaté. Josh Brolin, Julia Garner, et les autres, font preuve d’une sobriété maîtrisée. Ils transmettent tension et vulnérabilité, ce qui vient renforcer le climat pesant du récit. Evanouis est une proposition singulière, portée par une atmosphère oppressante et une intéressante critique des dynamiques de pouvoir.
Evanouis de Zach Cregger, avec Josh Brolin, Julia Garner, Alden Ehrenreich (USA, 2025, 2h08), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray), 29,99 euros (Blu-ray 4K). Sortie le 10 décembre 2025.

Le Roi des cendres de S. A. Cosby

Inégalités. Le Roi des cendres de S. A. Cosby explore les fractures sociales et raciales d’une petite ville américaine à travers la trajectoire de Titus Crown, premier shérif afro-américain du comté. Après une fusillade dans un lycée, il apprend qu’un réseau d’abus sexuels sur mineurs sévit depuis longtemps. Mais cette révélation déclenche de nouvelles violences. L’enquête met au jour la collusion de notables locaux, les tensions communautaires et les dérives d’un système judiciaire sous pression. À mesure que Crown tente d’imposer une justice impartiale, il affronte des hostilités politiques et des menaces de groupes extrémistes, sans oublier des blessures personnelles, jamais refermées. Cosby dresse un portrait sombre du sud rural, où mémoire collective, inégalités et quête de rédemption se croisent, révélant la fragilité des institutions face aux traumatismes individuels et aux haines persistantes.
Le Roi des cendres, de S. A. Cosby, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Szczeciner (Sonatine), 408 pages, 15,99 euros (format numérique), 23,50 euros (format « papier »).

Abécédaire du 13 novembre, sous la direction de Catherine Brun

Violence. Dirigé par Catherine Brun, Abécédaire du 13 novembre propose une exploration collective des attentats du 13 novembre 2015, à travers des entrées thématiques de A à Z. Chercheurs, écrivains et artistes analysent mots, images et récits, depuis les réactions immédiates jusqu’aux débats sur la mémoire, la justice et la représentation du trauma. Cet ouvrage interroge comment la société française a tenté de qualifier l’événement et il permet d’en comprendre les implications politiques, sociales et culturelles [à ce sujet, lire l’interview de Denis Peschanski qui évoque le Programme 13-Novembre, lancé début 2016, publiée dans ce numéro de Monaco Hebdo — NDLR]. Sa forme fragmentaire révèle la diversité des voix et la complexité de raconter la violence, tout en montrant comment se construit un langage commun face à la tragédie.
Abécédaire du 13 novembre. La terreur en toutes lettres, sous la direction de Catherine Brun (Hermann, collection Mémoires), 272 pages, 16 euros (format numérique), 24 euros (format « papier »).

Le Chewing-gum de Nina Simone de Warren Ellis

LutteLe Chewing-gum de Nina Simone de Warren Ellis propose un récit original qui mêle illustrations et chronique musicale. On connaît le talent protéiforme de l’Australien Warren Ellis : à la fois musicien et écrivain, membre des Bad Seeds aux côtés de Nick Cave, où il joue du violon, du clavier et de la guitare, il contribue parfois aussi à des projets solos et à des bandes originales de films. Dans ce livre, il évoque la carrière de Nina Simone (1933-2003), à travers ses engagements politiques, sa personnalité complexe et son influence artistique. Warren Ellis retrace le parcours de Nina Simone, de ses débuts à son engagement pour les droits civiques, en exposant ses tensions personnelles. Il interroge le lien entre musique, célébrité et activisme, livrant un récit biographique sensible et d’une grande justesse.
Le Chewing-gum de Nina Simone de Warren Ellis (La Table Ronde), 224 pages, 22 euros.

Macbeth de Paul Brizzi

Inventivité. Dans ce roman graphique de Paul Brizzi, l’auteur transpose la tragédie de William Shakespeare (1564-1616) dans un univers graphique sombre, qui souligne la dérive du pouvoir. Guidé par des prophéties inquiétantes, Macbeth, un général respecté, cède à l’ambition, encouragé par sa femme, Lady Macbeth. Il usurpe la couronne en assassinant le roi Duncan. Le récit suit la montée, puis l’effondrement du couple, pris dans une spirale de violence et de culpabilité. Par un trait expressionniste et des contrastes appuyés, Paul Brizzi met très joliment en scène l’isolement d’un roi, hanté par ses crimes et l’effritement d’un royaume miné par la peur, jusqu’à l’inéluctable chute du tyran. Cet album se distingue par une interprétation visuelle puissante, même si la densité graphique peut parfois alourdir la lisibilité du récit, atténuant l’impact dramatique de certaines scènes. Au total, cette œuvre séduit par une inventivité plastique qui magnifie la tragédie classique, avec force et sensibilité.
Macbeth de Paul Brizzi (éditions Daniel Maghen), 128 pages, 25 euros.

Les Origines du Conflit Israélo-Arabe (1870-1950) de Danièle Masse et Yana Adamovic

ViolencesLes Origines du conflit israélo-arabe (1870-1950) de Danièle Masse et Yana Adamovic propose une lecture historique et documentée de la genèse des tensions au Proche-Orient. Les autrices suivent l’émergence du sionisme en Europe, les premières implantations juives en Palestine ottomane, puis sous mandat britannique, et les transformations sociales qu’elles entraînent. Parallèlement, elles exposent la montée du nationalisme arabe, nourri par les mutations foncières, les promesses politiques non tenues et la gestion ambiguë des autorités britanniques. Cette bande dessinée revient sur les violences récurrentes des années 1920-1930, avant de détailler le tournant de 1948, marqué par la création de l’État d’Israël et l’exode de nombreux Palestiniens. Par une mise en scène claire et une iconographie précise, ce récit met en perspective la formation de deux projets nationaux opposés, qui structurent durablement ce conflit. Indispensable.
Les Origines du Conflit Israélo-Arabe (1870-1950) de Danièle Masse et Yana Adamovic (Delcourt, collection Encrages), 164 pages, 24,50 euros.

Some Like It Hot Bar Italia

Diluée. Composé de Nina Cristante, Jezmi Tarik Fehmi et Sam Fenton le trio londonien Bar Italia est de retour. Après Quarrel (2020), Bedhead (2021), Tracey Denim (2023) et The Twits (2023), ils confirment leur grande capacité de travail, avec ce cinquième album en cinq ans. Cette fois, Bar Italia troque son acoustique lo‑fi pour des guitares nerveuses, des arrangements plus structurés et une production léchée. Ce disque de 12 titres oscille entre moments cinématographiques (Marble Arch), des hymnes indie (Omni Shambles) et des plages plus hypnotiques (Some Like It Hot). Cette évolution a le mérite de l’ambition et de la clarté. Plus facilement accessible, ce disque est loin de l’univers déployé par Quarrel. L’originalité brute de ce trio est quelque peu diluée, la prise de risque est moins grande, et la surprise moins évidente. En revanche, l’efficacité est au rendez-vous, tout comme la maîtrise et une certaine forme de maturité. Some Like It Hot est à voir comme une louable tentative de réinvention, au prix d’un certain effacement de l’identité initiale.
Some Like It Hot, Bar Italia (Matador/Wagram), 11,99 euros (CD), 22,99 euros (vinyle).

We Were Just Here Just Mustard

Lumineux. Après Wednesday (2018) et Heart Under (2022), Just Mustard vient de publier un très bon troisième album : We Were Just Here (2025). Ce disque de dix titres marque un tournant. Le quintette irlandais fait le pari d’une “noise” plus lumineuse, mêlée à des textures aériennes. Produit par le groupe et mixé par David Wrench, l’album déploie des mélodies dansantes (Pollyanna, Silver) tout en conservant une tension sourde. Le chant de Katie Ball, plus haut dans le mix, incarne ce double mouvement, entre désir d’euphorie et fragilité émotionnelle. Par moments, cette clarté sonore apporte une nouvelle dimension, rendant le disque à la fois plus doux et plus ouvert. Cette netteté atténue parfois l’aura mystérieuse et rugueuse qui faisait la singularité des enregistrements précédents : les murs de son semblent moins menaçants. Toutefois, cette évolution vers la lumière ne sacrifie pas l’identité fondamentale du groupe. Just Mustard réussit à conjurer le mal-être avec grâce, livrant un album où la mélancolie se fait dansante, et le post-punk, lumineux.
We Were Just Here, Just Mustard (Partisan Records), 13,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).

Projections Roger O’Donnell

Infini. Une méditation électronique intimiste. C’est ce que propose le claviériste britannique Roger O’Donnell, membre historique de The Cure, pour ce qui constitue son huitième album en solo depuis Grey Clouds, Red Sky (2005). Dans Projections, l’ambiance est immédiatement à l’instrospection avec le titre éponyme qui ouvre très joliment ce disque indispensable. Un peu plus loin, le clavier trace des paysages sonores immobiles et contemplatifs (Moog Voyager, Rhodes). En seulement huit titres et 37 minutes, le claviériste de The Cure se livre à un retour aux fondamentaux. Textures analogiques, pulsations délicates et atmosphères suspendues sont tournées vers un seul objectif : évoquer à la fois la mémoire et le présent. La sobriété est ici un atout : l’album n’est jamais démonstratif. Il raconte, comme par fragments, une histoire intérieure faite de calme et de réflexion. Certaines compositions ressemblent à des bandes-son de film. Elles dessinent des couloirs d’hôtels, des villes vues d’en haut ou des paysages à l’infini. Et c’est très beau.
Projections, Roger O’Donnell (99X/10 Records), 12,99 euros (format numérique), 25 euros (vinyle).

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