Dans Culture Sélection, Monaco Hebdo sélectionne pour vous le meilleur de la culture du moment. Retrouvez nos coups de cœur Blu-rays, livres, bandes-dessinées et musique.
La plus précieuse des marchandises, de Michel Hazanavicius
Forêt. Ce film d’animation est une adaptation du livre de Jean-Claude Grumberg, La plus précieuse des marchandises (2019). Cette histoire met en scène une jeune fille jetée d’un train, et qui est sauvée par un couple de bûcherons pauvres. Pendant la deuxième guerre mondiale, chez les nazis, le terme « marchandise » désignait les juifs qui étaient envoyés dans les camps de concentration. Mais dans ce film, il n’est pas question de nazis et de juifs : on reste au niveau d’un conte, tout comme dans le livre. La forêt polonaise est aussi inquiétante que salutaire, et Michel Hazanavicius, qui a dessiné chacun des personnages, parvient à donner à son film une identité propre. La plus précieuse des marchandises est aussi émouvant que nécessaire.
La plus précieuse des marchandises de Michel Hazanavicius, avec Jean-Louis Trintignant, Dominique Blanc, Denis Podalydès (FRA, 2024, 1 h 21), 19,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 26 mars 2025.
Heretic, de Scott Beck et Bryan Woods
Conventions. Quand deux jeunes missionnaires de l’église mormone (Sophie Thatcher et Chloe East) se mettent à faire du porte à porte dans une petite ville du Colorado pour convaincre des habitants, elles ne se doutent pas que l’une de ses habitation abrite un personnage très particulier. C’est une variation autour du Petit Chaperon rouge (1697) que proposent Scott Beck et Bryan Woods. Après les films d’Ari Aster et de Ti West, la compagnie de production indépendante A24 continue de dépoussiérer les habituelles conventions qui lestent un certain nombre de films d’horreur. Si la deuxième partie de ce film, qui plonge alors dans un “survival” plus classique est moins intéressante, l’essentiel du récit apporte une profondeur habituellement peu présente dans ce type de cinéma. Le trio d’acteur est impeccable.
Heretic de Scott Beck et Bryan Woods, avec Hugh Grant, Sophie Thatcher, Chloe East (USA, 2024, 1 h 50), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 9 avril 2025.
Cold Meat, de Sébastien Drouin
Hiver. Pendant l’hiver, il ne fait pas chaud dans les Rocheuses américaines. Pour faire remonter sa température corporelle et faire une pause, David s’arrête dans un restaurant. Témoin d’une altercation entre Ana, la serveuse, et son ex-mari, Vince, il décide de prendre la défense de la jeune femme. Mais quand David remonte dans sa voiture, il se rend compte qu’il est suivi par Vince. Pour essayer de le semer, il emprunte une route de montagne, aussi enneigée que désertique. Tourné en l’espace de seulement treize jours à Prince George, au Canada, Cold Meat est le premier long-métrage de Sébastien Drouin. Né à Dijon, il a multiplié les casquettes dans le monde du cinéma, puisqu’il a déjà été réalisateur, scénariste, monteur et même superviseur d’effets spéciaux. Si Cold Meat lorgne du côté de Duel (1971) de Steven Spielberg, il creuse son propre sillon avec beaucoup d’efficacité.
Cold Meat de Sébastien Drouin, avec Allen Leech, Nina Bergman, Yan Tual (USA, 2024, 1 h 29), 14,99 euros (DVD), 19,99 euros (Blu-ray). Sortie le 24 avril 2025.
Mémoires d’un escargot, d’Adam Elliot
Incompris. Depuis son premier long-métrage, l’excellent Mary et Max (2009), Adam Elliot déploie son univers, à la fois sombre, drôle et poétique, qu’il dit inspiré par les films d’animation du réalisateur surréaliste tchèque Jan Švankmajer, tout comme par Elephant Man (1980) de David Lynch (1946-2025). Cette fois, Adam Elliot raconte l’histoire douce-amère de Grace Pudel, une jeune australienne, collectionneuse effrénée d’escargots. Suite à des déboires familiaux, elle est séparée de son frère jumeau Gilbert et placée dans une famille d’accueil, loin de lui. Désabusée, la rencontre avec Pinky, une vieille dame très originale, va changer sa vie, et la faire sortir de sa coquille. Les personnages marginaux et incompris qui se meuvent en stop motion continuent de peupler avec beaucoup de délicatesse l’œuvre d’Adam Elliot. Aussi touchant que Mary et Max, Mémoires d’un escargot est une réussite totale.
Mémoires d’un escargot d’Adam Elliot, avec Jacki Weaver, Sarah Snook, Kodi Smit-McPhee, Nick Cave (AUS, 2025, 1 h 34), 19,99 euros (DVD), 24,99 euros (Blu-ray). Sortie le 6 mai 2025.

Génération anxieuse, de Jonathan Haidt
Smartphone. C’est l’une des meilleures ventes du moment. Génération anxieuse s’intéresse à l’effondrement de la santé mentale des jeunes. Son auteur, Jonathan Haidt, attribue cela au numérique. Il estime qu’un accès trop précoce aux smartphones et aux réseaux sociaux débouche sur des effets délétères pour la santé des jeunes de la génération Z, née après 1995. Aux Etats-Unis, la santé mentale des jeunes a chuté au début des années 2010, et l’immersion dans un numérique sans limite en serait la cause, avance Jonathan Haidt. Spécialiste de psychologie sociale et professeur d’éthique des affaires à la New York University Stern School of Business, il souligne combien le smartphone a pris la place du jeu en extérieur et de l’exploration du monde et des autres. Si son constat est tranché, son livre incite surtout au changement, notamment en repoussant l’achat du premier téléphone à 14 ans et en l’interdisant à l’école. En parallèle, il demande aussi aux parents de montrer l’exemple, en mettant de côté leurs smartphones.
Génération anxieuse de Jonathan Haidt, traduit de l’anglais par Jenny Bussek, (Les Arènes), 424
pages, 24,90 euros.

Le Vampyre, de John William Polidori
1816. Publié en 1819, Le Vampyre de John William Polidori (1795-1821) est une nouvelle qui a valu à cet écrivain italo-anglais un véritable succès. Cela a aussi permis de davantage populariser la thématique du vampire dans la littérature. Le Dracula de l’auteur irlandais Bram Stoker (1847-1912) sortira ainsi en 1897. Considéré comme le premier roman de vampire moderne, l’ouvrage de John William Polidori bénéficie d’une publication très soignée, grâce aux éditions Aux Forges de Vulcain. C’est un soir de mai 1816, à Genève, que le poète anglais Lord Byron (1788-1824), son médecin et secrétaire John William Polidori, Mary Godwin (1797-1851), la future Mary Shelley, et le philosophe et poète Percy Shelley (1792-1822) se sont lancés le défi de chacun écrire une histoire de fantômes. Pendant que Mary Godwin a esquissé ce qui deviendra Frankenstein (1818), Lord Byron a imaginé Darvell, un vampire aristocrate. C’est à partir de ces personnage que John William Polidori a commencé à écrire Le Vampyre.
Le Vampyre de John William Polidori (Aux Forges de Vulcain), 240 pages, 18 euros.

Darklands : la face sombre de la New Wave, de Sylvain Fanet
Mélancolie. « A quel moment et pour quelle raison le ciel s’est-il soudain assombri ? ». C’est la question posée par Sylvain Fanet, et à laquelle il répond sur presque 200 pages. Coldwave, gothic et darkwave sont au menu de ce livre, qui est aussi un très bel objet, agrémenté de la silhouette du leader de The Cure, Robert Smith, en couverture. Avec la mélancolie pour moteur créatif, ces artistes n’ont jamais cessé de se réinventer, traversant toutes les époques, jusqu’à aujourd’hui. Construit chronologiquement autour de cinq chapitres, Darklands : la face sombre de la New Wave évoque le contexte social du début des années 1980, avec le chômage et un futur incertain. Il raconte aussi le suicide du leader de Joy Division, Ian Curtis (1956-1980), le 18 mai 1980. La suite fait état des grandes figures de ce milieu post-punk, notamment The Cure et Siouxsie. Sylvain Fanet fait remonter cette vague “dark” aux années 1960, avec Jim Morrison (1943-1971) et les textes désenchantés des Doors, ainsi qu’au Velvet Underground de Lou Reed (1942-2013) et John Cale. Passionnant.
Darklands : la face sombre de la New Wave de Sylvain Fanet (GM éditions), 192 pages, 23 euros.

Esprit des morts et autres récits d’Edgar Allan Poe, de Richard Corben
Epouvante. Réalisé entre 2012 et 2014 par Richard Corben (1940-2020), Esprit des morts était considéré par son auteur comme l’un de ses travaux les plus aboutis. Consacrée au maître de l’épouvante gothique, Edgar Allan Poe (1809-1849), cette BD regroupe seize nouvelles connues, comme La chute de la maison Usher (1839), Double Assassinat dans la rue Morgue (1841), ou Le Corbeau (1845), ou un peu moins connues, comme La barrique d’Amontillado (1846), par exemple. Richard Corben redonne vie à ces histoires glaçantes à sa façon, révélant par le dessin la vision qu’il en a. Passionné par la littérature fantastique, cet auteur américain révèle dans une courte interview publiée en ouverture de cette BD que son « obsession pour la peur générée par le surnaturel » remonte à son enfance. S’il fallait une raison supplémentaire de se ruer sur cette BD, l’ajout d’une histoire inédite, L’Homme des Foules, parue en 2019, est un argument de taille.
Esprit des morts et autres récits d’Edgar Allan Poe de Richard Corben (Delirium), 248 pages, 28 euros.

Charlie Liberté – Le journal de leur vie, Collectif
Mémoire. Alors que le 10ème anniversaire de l’attentat islamiste qui décimé la rédaction de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 a été célébré avec émotion, ce journal satirique français a publié Charlie Liberté – Le journal de leur vie. Ce livre est un hommage aux 12 morts et aux 11 blessés qu’a fait cette attaque. Il montre aussi aux terroristes qu’ils ne sont pas parvenus à tuer ce journal, pas plus que la liberté de ton qui constitue son ADN. Depuis la publication de caricatures du prophète Mahomet en 2006, l’équipe de Charlie Hebdo se savait menacée, mais ses membres n’ont pas renoncé. Parmi les victimes, on trouve les dessinateurs Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, la psychiatre et psychanalyste Elsa Cayat, l’économiste Bernard Maris et le correcteur Mustapha Ourrad. Ce livre regroupe une sélection de dessins, de textes et de témoignages poignants, qui racontent le parcours de ces victimes. Leur vie est évoquée sur 224 pages, pour célébrer leur mémoire, et surtout ne jamais les oublier.
Charlie Liberté – Le journal de leur vie, Collectif (décembre 2024 – Les Echappés), 224 pages, 29,90 euros.
Glutton for Punishment, Heartworms
Beau. En 2023, on avait beaucoup aimé la sortie de son EP, A Comforting Notion que nous avions d’ailleurs chroniqué ici-même, dans Culture Sélection. Heartworms (Jojo Orme) revient avec un premier album très attendu, et qui tient toutes ses promesses. Le temps de Consistent Dedication (2022), le premier single de Jojo Orme, avait immédiatement captivé, avec une ligne de basse que Robert Smith, le leader de The Cure, ne renierait pas. Après A Comforting Notion, Jojo Orme a publié un single plus pop, May I Comply (2024). Mais pour les neuf titres de Gluton for Punishment, l’atmosphère générale reste proche d’Interpol ou de Cure, avec des ambiances aussi électroniques que joliment sombres. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à creuser le sillon de la pop, notamment avec Mad Catch et le rêveur Extraordinary Wings. Le dernier titre, Glutton for Punishment, est une balade à la guitare qui vient joliment conclure ce très prometteur premier album.
Glutton for Punishment, Heartworms (Speedy Wunderground/[PIAS]), 15,99 euros (CD), 25,99 euros (vinyle).
Night Life, The Horrors
Remaniement. Originaire de Southend-on-Sea, une station balnéaire située dans le comté de l’Essex en Angleterre, The Horrors a publié cinq albums depuis ses début en 2007, avec Strange House. En perte de vitesse avec un cinquième long format V (2017) moins convaincant, The Horrors a dû ensuite composer avec le départ de trois de ces cinq membres, à savoir le batteur Joe Spurgeon, le claviériste Tom Furse et le guitariste Josh Hayward. La sortie de ce sixième album est donc un petit miracle. Faris Badwan et Rhys Webb, les deux membres qui ont survécu à ce large remaniement, ont réussi à publier un album de neuf titres très rock. A cela deux exceptions : le très synthétique Lotus Eater, et le très beau The Feeling Is Gone. De cette situation de crise, The Horrors a su tirer un album fiévreusement rock, empreint de moments sensibles, aussi doux que profonds.
Night Life, The Horrors (Fiction Records), 12,99 euros (CD), 23,99 euros (vinyle).
Dia, Ela Minus
Ailes. Née en 1990 à Bogota, Ela Minus (Gabriela Jimeno Caldas), vient de donner une suite à son premier album Acts of Rebellion (2020). Il aura certes fallu attendre cinq ans, mais le chemin parcouru par cette artiste colombienne impressionne. Batteuse à l’âge de douze ans pour le groupe de punk hardcore Ratón Perez à Bogota, elle a fini par succomber à la musique électronique lors de ses études à Boston. Le projet Ela Minus débute à ce moment-là, et se concrétise en 2019, après avoir signé avec le label britannique Domino Records. Sur l’entêtant Broken, sa voix vient se mêler à des nappes électroniques, tout comme sur le plus sombre Idols. Le très aérien et très beau Combat reste l’un des moments (très) fort de ce disque, dans lequel elle lance un appel à l’action, en flirtant avec cette citation d’Alejandro Jodorowsky : « Les oiseaux nés dans une cage pensent que voler est une maladie. » Ela Minus a déployé ses ailes, et nous avec.
Dia, Ela Minus (Domino/Sony Music), 14,99 euros (CD), 21,99 euros (vinyle).



