dimanche 12 avril 2026
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Lutte contre le sexisme, égalité femmes – hommes, droits LGBT : l’attractivité passe aussi par là

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Sexisme, égalité femmes – hommes, violences faites aux femmes, égalité salariale, féminisme, droits LGBT… La prise en compte par un Etat de l’ensemble de ces sujets participe à l’attractivité d’un pays, estime la déléguée interministérielle pour les droits des femmes, Céline Cottalorda.

L’égalité femmes – hommes, la lutte contre le sexisme notamment au travail, l’égalité salariale, et le soutien au féminisme sont-ils des vecteurs d’attractivité importants pour Monaco ? C’est la question qu’a posé Monaco Hebdo au gouvernement monégasque. Depuis le premier #MeToo lancé aux Etats-Unis en 2007 par Tarana Burke, une travailleuse sociale afro-américaine qui cherchait alors à dénoncer les violences sexuelles contre les minorités, ce mouvement a ensuite pris de l’ampleur en 2017, suite notamment à l’affaire Harvey Weinstein. En France, l’écho s’est matérialise sur les réseaux sociaux avec le hashtag #BalanceTonPorc, propulsé en octobre 2017 par la journaliste Sandra Muller. « Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails d’un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends », écrit-elle alors sur Twitter. Sept ans après, le soufflé n’est pas retombé, et la lutte contre les violences faites aux femmes ne faiblit pas. La question des inégalités de genre et des comportements sexistes touche aujourd’hui toute la société dans sa globalité.

« Une marge de progression possible serait d’élargir le traitement de la question de l’égalité à d’autres populations, comme les populations handicapées ou LGBT »

Céline Cottalorda. Déléguée interministérielle pour les droits des femmes

Conventions

Désormais, aucun pays ne peut faire l’économie de cette réflexion, et Monaco a agi concrètement en créant le 9 novembre 2018 un comité pour la promotion et la protection des droits des femmes. Céline Cottalorda a été placée à la tête de ce comité. Avec ce pas en avant, au niveau international, l’objectif pour Monaco est aussi de répondre aux recommandations fixées par les conventions que suit la principauté. Notamment celles du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, ainsi que sur la lutte contre la traite des êtres humains, ou encore la convention de l’ONU sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. « Institué auprès du ministre d’Etat, et présidé par le conseiller de gouvernement-ministre des relations extérieures et de la coopération, ce comité aura pour mission d’assurer la coordination, la mise en œuvre, le suivi et l’évaluation des politiques et mesures nationales prises, afin de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, ainsi que de prévenir et de combattre toutes les formes de violence et de discriminations à leur égard », détaille un communiqué de presse du gouvernement monégasque publié le 9 novembre 2018.

« Mentalités »

En réponse à notre question, Céline Cottalorda nous a répondu que l’égalité femmes – hommes, la lutte contre le sexisme notamment au travail, l’égalité salariale, et le soutien au féminisme sont des « vecteurs d’attractivité importants a minima pour les femmes qui voudraient venir travailler, s’installer ou investir à Monaco ». Du coup, l’Etat monégasque doit se mobiliser, estime-t-elle : « Au-delà de l’évolution des mentalités au sein de la société civile sur toutes les questions de discrimination et de protection contre les violences, il est important que les politiques publiques suivent ce mouvement de fond, fortement porté par les générations plus jeunes. Être capable de se mobiliser sur ces sujets est un signe de modernité qui peut faire la différence auprès d’un public de plus en plus sensible à ces questions. »

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Et cela se matérialise sur le terrain par de « nombreuses actions en collaboration avec les institutions, les services de l’Etat et le tissu associatif », ajoute Céline Cottalorda. Le grand public est autant visé par ces actions que les jeunes ou les entreprises. Cela passe notamment par des actions de sensibilisation, des formations, et des modifications des textes de loi monégasques. « La grande diversité des acteurs monégasques impliqués permet de traiter le sujet sous de multiples angles et tout au long de l’année, avec des temps forts autour des journées internationale du 8 mars pour les droits des femmes, et du 25 novembre pour l’élimination de la violence à leur égard », ajoute la déléguée interministérielle pour les droits des femmes, tout en estimant que ce « collectif gagne en force et en visibilité d’année en année, ce qui est très encourageant pour la suite ».

« L’objectif serait de créer une culture commune monégasque où chacun ou chacune puisse trouver sa place. Une société capable de tenir cette promesse est nécessairement attractive » 

Céline Cottalorda. Déléguée interministérielle pour les droits des femmes

Rainbow Index

Mais ce combat semble hélas sans fin, et de plus, il est toujours possible de faire plus et mieux. « Une marge de progression possible serait d’élargir le traitement de la question de l’égalité à d’autres populations, comme les populations handicapées ou LGBT », avance Céline Cottalorda. Lors des débats consacrés à l’examen du budget primitif 2024, dans la soirée du 19 décembre 2023, les élus du Conseil national ont pointé la question du traitement des personnes LGBT en principauté [à ce sujet, lire notre article Inclusion des LGBT : pourquoi Monaco est si mal noté en Europe et dans le monde, publié dans Monaco Hebdo n° 1314 — NDLR].

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Pour illustrer ce sujet, l’élue Christine Pasquier-Ciulla a évoqué la 44ème place de Monaco sur 49 Etats européens au classement Rainbow Index 2023 (1). « C’est un enjeu d’attractivité pour Monaco, et c’est un enjeu politique, pas juridique, a jugé cette conseillère nationale. La bonne inclusivité des LGBT est importante pour la performance de nos entreprises. » Le ministre d’Etat, Pierre Dartout, a répondu, en remarquant que « ce classement nous met en compagnie acec des Etats qui n’ont pas les mêmes valeurs que les nôtres. Or, Monaco ne bannit aucunement l’homosexualité. Nous répondrons prochainement sur ce point, mais il faut faire attention aux raccourcis rhétoriques ». De son côté, Céline Cottalorda sait vers quoi il faut tendre : « L’objectif serait de créer une culture commune monégasque où chacun ou chacune puisse trouver sa place. Une société capable de tenir cette promesse est nécessairement attractive. »

1) Ce classement est réalisé par l’ILGA-Europe, une association qui lutte contre les discriminations à l’égard des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles ou transgenres. Publié pour la première fois en 2009, le Rainbow Index classe 49 Etats européens selon les politiques publiques déployées pour améliorer les droits des personnes LGBT.

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