mardi 6 décembre 2022
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Dépression, mal-être, addictions : oser en parler, pour mieux les traiter

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Encore trop tabou, le mal-être mental peine à faire parler de lui. Parmi les actions prévues par le plan santé mental « équilibre psychologique et bien-être », le gouvernement monégasque prévoit ainsi de favoriser la prévention, pour permettre aux personnes touchées d’oser se tourner vers les organismes de soin.

Le danger est réel. En principauté, les sources d’addiction sont nombreuses et les récentes enquêtes européennes de l’European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs (ESPAD), ont affiché combien la jeunesse pouvait se montrer vulnérable aux risques de dépendance et de mal-être psychique qui en découlent. Cette enquête étudie les comportements de santé et modes de consommation des produits psycho-actifs, mais aussi des usages dits « sans produits », tels que les réseaux sociaux, les paris d’argent et les jeux, chez les adolescents européens âgés de 16 ans sur 35 pays européens, dont Monaco. Et il en ressort, pour la dernière enquête, qui remonte à 2019, que la situation est préoccupante concernant les usages de cannabis, pour 5 % des jeunes de 16 ans, mais aussi de cigarette électronique, dont la consommation a considérablement augmenté. Et plus encore pour les paris d’argent, notamment sportifs, et l’utilisation quotidienne des réseaux sociaux, pour laquelle Monaco est le pays dans lequel les jeunes de 16 ans passent le plus de temps par jour : 2 à 3 heures par jour en semaine, et 6 heures par jour le week-end. Tout cela hors période de pandémie de Covid-19. Si à première vue ces points peuvent paraître anodins, les professionnels de santé de la principauté, notamment le centre Plati, alertent sur leur dangerosité à long et moyen terme, du point de vue psychologique et psychique.

Mieux repérer les conduites addictives

L’objectif affiché du gouvernement, à travers ce plan santé mentale « équilibre psychologique et bien-être », est donc de promouvoir le bien-être mental, prévenir et repérer précocement la souffrance psychique et les addictions, pour agir au plus vite contre les troubles psychiques. Des actions existent déjà, mais elles méritent un nouveau souffle aux yeux du gouvernement et des professionnels de soins. Ce plan prévoit, par exemple, d’informer et d’orienter davantage sur la Consultation jeunes consommateurs (CJC) réalisés tous les mercredis au centre hospitalier princesse Grace (CHPG). Les associations monégasques, comme Besafe, qui n’ont pas directement pour objet la lutte contre les addictions, pourront notamment s’y greffer pour relayer l’information. Il s’agira également de renforcer le repérage précoce par les professionnels au contact des jeunes, qu’ils soient enfants, adolescents et jeunes adultes. Notamment en proposant une formation aux enseignants et aux infirmiers et psychologues scolaires pour animer en classe des sessions de prévention et de sensibilisation aux pathologies mentales. Il est également envisagé de créer une équipe de liaison et de soins en addictologie (ELSA) au CHPG pour repérer et former au repérage des addictions. Les ELSA existent depuis 1996 en France, et font partie des acteurs clés de la prise en charge des personnes qui souffrent d’addiction. Il n’en existe toujours pas à Monaco, mais la donne pourrait changer, désormais.

Les équipes de liaison et de soins en addictologie (ELSA) existent depuis 1996 en France, et font partie des acteurs clés de la prise en charge des personnes qui souffrent d’addiction. Il n’en existe toujours pas à Monaco, mais la donne pourrait changer, désormais

Traiter les conséquences des addictions

Plusieurs associations interviennent à Monaco pour limiter et traiter les conséquences des addictions. Ici encore, le plan « santé mentale » prévoit de donner plus de voix pour accroître la communication sur la problématique des addictions, notamment en s’appuyant sur l’ELSA. Ce serait le cas avec l’association Besafe Monaco, qui met en place des navettes gratuites les vendredis et samedis soir, depuis 2019, pour les personnes ayant trop bu. L’association Liberaddict également, qui met en place des groupes de prière à la maison diocésaine, pour aider les personnes à sortir de l’addiction. Ou encore l’association d’anciens buveurs au sein du CHPG, co-animée avec les alcooliques anonymes de langue française et anglaise, et l’association santé sans alcool solidarité (SANSAS). Il conviendra également de renforcer l’information des jeunes femmes, des futures mères, des futurs pères sur les méfaits des addictions, lors des visites systématiques, lors de l’entretien pré atal, et lors de la grossesse. « Les femmes sont déjà ien sensibilisées sur les dangers du tabac. Il s’agit d’en faire de même avec l’alcool. En ce sens, le Centre de coordination prénatal et de soutien familial est l’un des acteurs clés, tout comme les gynécologues et les sages-femmes. Un travail de sensibilisation systématique de ce public devra être fait par les différents acteurs, notamment en diffusant l’outil Repérage précoce et intervention brève (RPIB) développé ar la Haute autorité e la santé. » Le plan prévoit aussi de renforcer les connaissances des professionnels de santé du secteur médico-social et social, en ce qui concerne le champ du handicap et des addictions. Parmi les actions de prévention programmées, le plan santé mentale entend mieux repérer le mal-être chez les adolescents. Il est donc prévu de former davantage les professionnels de santé, notamment les médecins généralistes, les pédiatres et les infirmières scolaires, sur le repérage et la prise en charge des troubles psychiques, et notamment des troubles du comportement alimentaire (TCA). Pour cela, la Direction de l’action sanitaire (DASA) et le gouvernement monégasque devraient pouvoir compter sur le collège de formation médicale continue.

Prévention en milieux spécifiques

Des actions de prévention des conduites addictives seront également développées chez les sportifs de haut niveau, tout comme au travail, mais aussi en détention. En effet, ce plan prévoit d’améliorer la prise en charge sanitaire des personnes en prison, point qui « s’inscrit dans une dynamique internationale de respect des droits de l’Homme en milieu carcéral ». L’objectif étant de combiner la prévention des conduites addictives d’une part, et de la récidive d’autre part. Enfin, après l’incarcération, le psychiatre, qui intervient en prison un après-midi par semaine, se chargera d’orienter l’ancien détenu vers les structures spécialisées pour permettre la continuité des soins. Par ailleurs, lorsque les mesures alternatives aux poursuites seront encadrées juridiquement, il sera question de proposer des stages de sensibilisation aux dangers de l’usage de produits stupéfiants ou de l’alcool. Concernant les salariés, le gouvernement assure que l’Office de la médecine du travail (OMT) recherche déjà « activement » sur la population des travailleurs l’usage du tabac et de l’alcool, « des actions de prévention sont donc largement engagées concernant ces substances ». L’objectif est donc de développer un véritable partenariat avec l’OMT, au sujet des addictions « comme cela a pu être fait sur le dépistage du VIH ».

Pour lire la suite de notre dossier sur le plan de santé mentale du gouvernement monégasque, cliquez ici.

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Monaco Hebdo