samedi 18 avril 2026
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Santé mentale au travail : mieux prévenir le burn-out

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Les entreprises se transforment à grande vitesse et, dans ce contexte, la santé physique, mais aussi mentale, est un enjeu de compétitivité. Plus que jamais, les dirigeants monégasques cherchent à préserver le bien-être de leurs équipes. Mais comment faire ? Monaco Hebdo fait le point.

Ce n’est plus un sujet tabou, ni un sujet raillé, pris de haut. La santé mentale au travail est devenue, en très peu de temps, une question de société et un enjeu de santé publique. Il aura fallu du temps mais, depuis janvier 2022, l’organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu le burn-out comme un diagnostic médical légitime, établi dans la classification internationale des maladies. Le burn-out, ce syndrome qui se traduit par un épuisement physique, émotionnel et mental, résultat d’un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel, est de plus en plus diagnostiqué par les praticiens en Europe. En France, un rapport publié en septembre 2023 par Psychodon et Opinionway a révélé que 2,5 millions de personnes étaient concernées, avec une hausse de 18 % d’arrêts maladies pour dépression, anxiété ou burn-out depuis 2019. Dans ce rapport, réalisé sur un panel représentatif de 1 002 salariés français, 40 % ont déclaré être dans « un état d’esprit négatif » lorsqu’ils commencent leur journée de travail, et 81 % ont dit ressentir une « fatigue mentale due aux exigences et aux pressions de leur travail », alors qu’un employé sur six déclarait être suivi par un psychologue. Comme si nommer les choses avait permis de toucher du doigt un sentiment plus diffus qu’il n’y semblait.

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Au Royaume-Uni, qui est confronté également à des niveaux élevés d’absentéisme au travail, c’est encore plus saisissant. Selon le dernier rapport de l’institut Mental Health UK, plus de 90 % des adultes britanniques auraient subi « des niveaux élevés ou extrêmes de pression ou de stress, à un moment donné, au cours de l’année écoulée ». Selon cette enquête, menée auprès de 2 060 adultes britanniques, dont 1 132 travailleurs, un salarié du Royaume-Uni sur cinq a dû prendre un congé en raison de la pression ou du stress qu’il estime subir. La moitié des travailleurs sondée déclare que leur employeur n’a pas mis en place de mesures pour identifier les signes de stress chronique et prévenir le burn-out chez les employés. Toujours selon cette enquête, l’inflation et la hausse des prix n’y serait pas étrangère non plus : près de 38 % des travailleurs ont en effet déclaré avoir été en situation de stress, car ils ont dû assumer un surcroît de travail en raison du coût de la vie.

En France, un rapport publié en septembre 2023 par Psychodon et Opinionway a révélé que 2,5 millions de personnes étaient concernées, avec une hausse de 18 % d’arrêts maladies pour dépression, anxiété ou burn-out depuis 2019

Des facteurs de risques

À Monaco, le problème est pris au sérieux. Lors d’une conférence organisée sur la santé mentale par le Monaco Women for finance institute (MMF) en novembre 2023, Caroline Jolly-Bellocci, ancienne avocat-conseil en entreprise à Monaco et en France, et experte en santé mentale, relevait les principaux facteurs de risque inhérents au mal-être au travail, pour en faire une détection précoce. « Le stress est un stimulus ponctuel qui n’a rien d’anormal en soi. Mais, s’il devient chronique, il peut devenir dangereux. Tout comme les violences internes et les violences externes peuvent aboutir à syndrome d’épuisement professionnel, qui lui-même peut conduire à des maladies, comme la dépression. » Cette experte a listé une série d’éléments qui peuvent mener à un épuisement. Y figurent le travail lui-même, et les exigences qu’il implique entre le rythme soutenu des missions, leur intensité, les sollicitations multiples, ou encore leur complexité à gérer. S’en suivent les exigences émotionnelles dans les relations de travail, et la dégradation de celles-ci. Ainsi que le manque d’autonomie dans l’organigramme, mais aussi les conflits de valeur éventuelle avec celles de l’entreprise, et enfin l’insécurité liée au contexte du travail.

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L’enjeu est donc sociétal et il dépasse le cadre strictement professionnel. Or, pour mettre fin au mal-être, et à l’épuisement professionnel, c’est bien souvent l’arrêt maladie qui s’impose. Mais ce n’est pas la seule solution, ni même une solution tout court. L’objectif est plutôt de prévenir cette étape, pendant laquelle la santé du travailleur est déjà atteinte. Caroline Jolly-Bellocci rappelle ainsi que des contrats de prévoyance existent, avec des services de prévention et d’assistance pour mieux lutter contre les risques psychosociaux. Elle rappelle aussi que des formations existent, et qu’un accompagnement psychologique peut être réalisé avec les salariés pour prévenir le mal-être en entreprise, en effectuant par exemple un bilan d’absentéisme pour mieux cibler les causes de ces absences et imaginer des solutions. Mais tout cela n’est possible que dans une démarche où l’humain occupe une place importante dans la philosophie de l’entreprise : « Toutes ces solutions peuvent être appliquées si l’employeur est dans une démarche bienveillante et soucieuse du bien-être des salariés. Si ce n’est pas le cas, les employés devront mettre en place des solutions individuelles », prévient cette professionnelle. Les dirigeants, dans cette logique, doivent préserver la santé de leur équipe, et la leur, car le prix à payer peut vite être conséquent.

Burn Out Travail
En France, où 3,2 millions de travailleurs seraient exposés à des risques d’épuisement professionnel selon Laetitia Barraco, les arrêts de travail ont représenté en moyenne 4,5 % de la masse salariale d’une société en 2022. D’après la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), les arrêts liés au stress, au burn-out ou aux autres risques psychosociaux, auraient coûté entre 1,9 et 3 milliards d’euros aux entreprises. © Photo Arturo Lopez Llontop / Shutterstock

Un coût pour les entreprises

En plus d’altérer durablement la santé des travailleurs, l’épuisement professionnel est aussi un échec pour l’entreprise. Lors de cette conférence, Laetitia Barraco, chargée de clientèle chez Suisscourtage Assurances, et spécialiste dans la protection sociale des entreprises, a rappelé le coût qu’il représente pour une entreprise : perte de productivité, perte de qualité de service, perte de temps, notamment pour embaucher et former les nouvelles recrues pour remplacer les salariés en arrêt maladie. Tout cela contribue, selon cette experte, à une dégradation des conditions de travail et à la réputation de l’entreprise elle-même dans son secteur d’activité, qui se traduira plus tard par une difficulté à recruter de nouveaux talents. La coût du burn-out est également financier. En France, où 3,2 millions de travailleurs seraient exposés à des risques d’épuisement professionnel selon Laetitia Barraco, les arrêts de travail ont représenté en moyenne 4,5 % de la masse salariale d’une société en 2022. D’après la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), les arrêts liés au stress, au burn-out ou aux autres risques psychosociaux, auraient coûté entre 1,9 et 3 milliards d’euros aux entreprises. C’est d’autant plus vrai qu’en 2023, un salarié sur deux en France aurait été en arrêt maladie pour burn-out ou épuisement équivalent, lié à son travail. Ce serait ainsi la troisième cause la plus fréquente d’arrêt maladie dans ce pays. Les jeunes salariés de moins de 30 ans seraient d’ailleurs les plus touchés, tout comme les personnels cadres, selon Laetitia Barraco.

Les femmes plus vulnérables ?

Biologiquement, les femmes seraient moins résistantes au stress que les hommes, car plus sensibles aux hormones du stress. Et c’est une femme qui le dit : Pascale Caron, fondatrice et gérante de Yunvova Pharma à Monaco [à ce sujet, lire son interview dans ce dossier — NDLR], qui était la troisième intervenante de cette conférence consacrée à la santé mentale. Si le stress n’est pas un problème lorsqu’il en reste au stade de stimuli ponctuel, les effets sur la santé commencent à se mesurer lorsqu’il devient récurrent : « En cas de stress ponctuel, le cortisol augmente. Mais quand ce stress se poursuit et qu’on est en situation d’épuisement psychologique, et physique, le cortisol monte en flèche et reste au plus haut. Or, s’il ne redescend pas, on ne dort plus, et le manque de sommeil aura des conséquences désastreuses sur la santé. » Selon cette experte, l’excès de cortisol aura des conséquences sur la mémoire, mais aussi sur le poids. A long terme, les effets peuvent aussi atteindre le système cardiaque, d’autant plus chez les femmes selon Pascale Caron : « Le stress affectera beaucoup les artères aux alentours de 50 ans, au moment de la ménopause. Il existe un syndrome du « cœur brisé ». Le cœur prend une forme d’amphore, comme s’il s’agissait d’une crise cardiaque. Le stress a des répercussions tangibles sur notre santé physique, et ce syndrome peut apparaître en cas de problème émotionnel très important. »

Le bien-être mental étant propre à chacun, la qualité de vie au travail reste une perception très personnelle, et donc difficile à mesurer. Les sources de mal-être varieront selon le contexte et la personne concernée

Prévenir

Le bien-être mental étant propre à chacun, la qualité de vie au travail reste une perception très personnelle, et donc difficile à mesurer. Les sources de mal-être varieront selon le contexte et la personne concernée, mais des solutions existent tout de même pour s’emparer du problème et réduire le recours aux arrêts maladie. Caroline Jolly-Bellocci préconise des solutions de prévention et des outils de médiation, pour mieux cibler et prévenir les périodes de crise. L’essentiel étant de communiquer, et de verbaliser avant tout. C’est ce qu’expérimente Dietsmann à Monaco. Depuis le début de l’année 2023, cette entreprise spécialisée dans l’industrie pétrolière a déployé trois « secouristes » en santé mentale dans ses effectifs [à ce sujet, lire l’interview de Laurent Faure, directeur groupe Dietsmann pour la santé, la sûreté, le développement durable, la sécurité, l’environnement et qualité, dans ce dossier — NDLR]. Ces référents, qui sont aussi des salariés du groupe, ont été formés par une association pour apprendre à écouter, à soutenir et à orienter leurs collègues en détresse vers des praticiens, si besoin. Prévenir plutôt que guérir. Encore un vieil adage qui fait ses preuves.

Pour lire la suite de notre dossier « Bien-être au travail : un enjeu d’attractivité pour les entreprises », cliquez ici.

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