lundi 9 mars 2026
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Réforme des retraites : des centaines de manifestants dans les rues de Monaco

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L’Union des syndicats de Monaco a mobilisé plusieurs centaines de personnes le jeudi 11 décembre 2025. L’inquiétude porte sur la future réforme des retraites, mais aussi sur les salaires, ou la redistribution des richesses, entre autres. Les manifestants demandent « une réaction du gouvernement » dirigé par Christophe Mirmand.


« Depuis 10 ans, le produit intérieur brut (PIB) de Monaco a grimpé en flèche, et pourtant la redistribution des biens n’atteint pas les salariés. » Il est 14 heures sur la place Sainte Dévote ce jeudi 11 septembre 2025, quand les responsables de divers mouvements syndicaux liés à l’Union des syndicats de Monaco (USM) se relaient le micro. Devant eux, une foule de plus de 900 manifestants selon les policiers présents sur place. Hôtellerie-restauration, retraités, musiciens, agents de parkings, ouvriers… Le salariat était au rendez-vous, à l’image de Giuseppe Dogliatti, secrétaire général du syndicat café-restaurant : « Nous avons de base un métier pénible, avec beaucoup de contraintes, et nous ne voulons pas d’une nouvelle réforme des retraites qui nous obligerait à travailler plus longtemps. »

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Derrière lui, une longue carrière dans ce secteur, et une connaissance notamment de la pression qui existe sur les salariés : « Je suis content de voir que les salariés des institutions de la restauration monégasque sont présents en nombre. C’est dur de manifester. On s’expose, mais il est plus facile de tirer sur un homme à terre que sur un homme debout. » Ce que lui et ses collègues demandent, c’est une retraite à taux plein à 55 ans et de meilleurs échanges avec le gouvernement princier : « Il y a de la communication certes, mais après, ils font comme ils veulent. On aimerait être pris au sérieux. »

« Seulement 40 % de la valeur du PIB produit revient aux salariés. C’est l’un des plus petits taux d’Europe. » Outre son voisin italien qui est à 39 % du PIB, les autres pays de l’Union européenne (UE) se situent entre 50 et 60 % de redistribution selon Eurostar, l’organe de statistiques de l’UE

« La crise du salaire concerne l’ensemble des salariés de Monaco »

Mais, au milieu de la foule et des drapeaux, se trouvaient également de nombreux fonctionnaires, venus revendiquer « leurs droits ». À l’image de Nathan Guazzonne, secrétaire général du syndicat des agents de l’État et de la commune : « C’est une manifestation de solidarité avec l’intégralité du salariat de Monaco. La crise du salaire concerne l’ensemble des salariés de Monaco, que ce soit du domaine du privé ou du public. » Ce que conteste ce syndiqué, c’est la différence entre l’augmentation du PIB sur les dix dernières années et la valeur des salaires des salariés. De 2015 à 2025, le PIB est passé de 5,64 milliards d’euros à 10,24 milliards d’euros, là où les salaires médians sont passés de 14,09 euros de l’heure en 2014, à 19,76 euros en 2024 selon l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee). « On a une économie qui est basée sur le salariat, et c’est important d’avoir des salaires à la hauteur de la politique sociale que l’on souhaite avoir à Monaco », estime Nathan Guazzonne. Selon les manifestants, la mise en place d’un salaire minimum interprofessionnel monégasque (SMIM) à 2 580 euros mensuel brut est obligatoire : « Quand on regarde les chiffres des richesses produites, ce n’est pas si haut que cela. Seulement 40 % de la valeur du PIB produit revient aux salariés. C’est l’un des plus petits taux d’Europe. » Outre son voisin italien qui est à 39 % du PIB, les autres pays de l’Union européenne (UE) se situent entre 50 et 60 % de redistribution selon Eurostar, l’organe de statistiques de l’UE. « Si l’argent ne va pas aux salariés, c’est qu’il va ailleurs », estime Karim Tabchiche, secrétaire général de l’USM. Pour lui, les actionnaires ont une place trop importante à Monaco : « Les salariés sont la valeur ajoutée de la Principauté, et il serait peut-être temps qu’ils soient remis au centre de l’échiquier. »

« Aujourd’hui, les retraites des musiciens sont menacées, en raison de la réforme de 2012. On a calculé les pertes de points, et, désormais, un musicien qui rentre à l’orchestre aura du mal à avoir une retraite cohérente par rapport à sa carrière »
Thomas Bouzy. Musicien à l’orchestre philharmonique de Monaco

« Nous reviendrons dès janvier 2026 »

Cette manifestation a gagné tous les corps de métier, à l’image de Thomas Bouzy, musicien à l’orchestre philharmonique de Monaco : « Aujourd’hui, les retraites des musiciens sont menacées, en raison de la réforme de 2012. On a calculé les pertes de points, et, désormais, un musicien qui rentre à l’orchestre aura du mal à avoir une retraite cohérente par rapport à sa carrière. » Celui qui est également secrétaire général du syndicat des artistes musiciens et professions du spectacle, demande aussi une revalorisation des salaires. Ce musicien demande aussi une hausse des cotisations patronales pour financer le système de protection sociale des salariés, dont la retraite. Comme lui, ce sont des centaines de personnes qui se sont réunies pour demander de meilleures conditions de travail. « Nous reviendrons dès janvier 2026 », a promis Karim Tabchiche devant les manifestants. Alors que Monaco Hebdo bouclait ce numéro le 16 décembre 2025, le gouvernement monégasque n’avait pas réagi publiquement suite à cette manifestation. En revanche, les représentants de l’USM ont été reçus le 17 décembre 2025 par le ministre d’Etat, Christophe Mirmand et par le conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé, Christophe Robino. Reste à savoir si syndicats et gouvernement pourront trouver un terrain d’entente.

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