Pierre-André Chiappori, conseiller-ministre de l’économie et les finances, a émis l’hypothèse d’une réforme des retraites monégasques, à l’issue d’une conférence organisée par la Jeune Chambre Économique de Monaco, mardi 30 septembre 2025 au Méridien. En septembre 2025, l’Union des syndicats de Monaco alertait déjà sur ce possible projet de rallongement de l’âge légal de départ à la retraite du gouvernement.
Le régime des retraites à Monaco va-t-il être réformé prochainement ? Rien n’est officiel, mais le sujet a été abordé ce mardi 30 septembre 2025, par le conseiller-ministre de l’économie et des finances, Pierre-André Chiappori, pendant un petit-déjeuner conférence organisé par la Jeune chambre économique de Monaco. Au détour d’une question du public, Pierre-André Chiappori a reconnu que le système de retraites monégasque devra évoluer selon lui. « Nous allons devoir faire des réformes », a-t-il affirmé, tout en appelant à la prudence. Le conseiller-ministre a en effet rappelé que principauté se distingue, pour l’heure, de la France : ses caisses sociales et de retraite sont globalement excédentaires, quand la moitié du déficit de l’État français serait absorbée par les budgets des caisses sociales et des retraites. Mais Monaco n’échappera pas aux mêmes tendances démographiques, selon lui : l’allongement de l’espérance de vie fragiliserait mécaniquement le système des retraites en place. Celui-ci repose sur un dispositif mixte, qui mêle répartition et capitalisation, présenté jusqu’ici comme plus solide que le modèle français. Pour le pérenniser, des discussions seraient donc en cours pour réformer le système en place : « Nous nous en occupons avec le département de la santé et des affaires sociales, et nous allons devoir faire des réformes ».
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Du côté des syndicats, l’alerte a déjà été lancée. Le secrétaire général de l’Union des syndicats de Monaco (USM), Karim Tabchiche, déclarait à Monaco Hebdo, courant septembre 2025, que le gouvernement travaillerait sur un projet prévoyant à la fois un recul de l’âge légal de départ et une hausse des cotisations [à ce sujet, lire notre article « Venir travailler à Monaco, ce n’est pas toujours le paradis », publié dans Monaco Hebdo n° 1392 — NDLR]. « Nous allons sûrement lancer une mobilisation avant la fin de l’année 2025. On ne reculera pas sur ce point », a-t-il même prévenu. Cependant, Christophe Robino, conseiller-ministre pour la santé et les affaires sociales, également interviewé par Monaco Hebdo à l’occasion de la rentrée sociale 2025, n’avait pas fait de déclaration à ce sujet. Aucun projet de réforme des retraites ne figurait à l’agenda, ni parmi les projets prioritaires de la fin d’année 2025, ni parmi ceux de 2026. Christophe Robino confirmait également la « robustesse » des prévisions et la « solidité » du modèle sur lequel à été construite la caisse monégasque de retraite complémentaire (CMRC).
Pour Pierre-André Chiappori, Monaco n’échappera pas aux mêmes tendances démographiques que la France : l’allongement de l’espérance de vie fragiliserait mécaniquement le système des retraites en place
Réformes et modernisation
Au-delà du dossier très sensible des retraites, Pierre-André Chiappori a dressé un panorama optimiste de l’économie monégasque. Entre 2019 et 2024, la principauté a en effet connu une croissance exceptionnelle de près de 5 % par an, alors que la zone euro peinait à dépasser les 1,5 %. Une performance que ce conseiller-ministre attribue aux grands chantiers privés et publics qui ont dopé l’activité. Le budget 2025 s’annonce excédentaire, et celui de 2026 devrait suivre la même voie, même si la baisse prévisible des recettes incite à la vigilance. « Nous allons continuer de maîtriser les dépenses publiques », a assuré Chiappori. Autre chantier évoqué : la modernisation du droit des sociétés. Le gouvernement veut simplifier et numériser les procédures, à l’image des sociétés en nom personnel qui peuvent désormais être créées entièrement en ligne. « Nous sommes encore en mouvement », a insisté le ministre, appelant à poursuivre les efforts d’efficience administrative. Sur le plan financier, les négociations avec le Groupe d’action financière (Gafi) et l’Union européenne (UE) se poursuivent, concernant la sortie de liste grise des pays sous surveillance renforcée. L’accord de confidentialité limite la communication officielle, mais Pierre-André Chiappori a estimé que la mise sous surveillance pourrait s’achever « prochainement », même s’il reste des efforts à fournir pour les six prochains mois.

Prudence face aux cryptos, ouverture à la tokenisation
Concernant l’innovation financière, le conseiller-ministre se montre circonspect vis-à-vis des cryptomonnaies. « J’ai beaucoup de méfiance, personnellement, sur les cryptomonnaies qui ne reposent pas sur l’économie réelle », a-t-il confié, citant également le Bitcoin. En revanche, il croit davantage au potentiel de la tokenisation, capable, selon lui, de redéfinir la propriété et de sécuriser les transactions. Une loi sur les actifs numériques a déjà été adoptée par le Conseil national, mais son application reste partielle ; l’objectif est de finaliser l’adaptation du cadre légal d’ici fin 2026. Le ministre a également délivré un message aux créateurs d’entreprise : « Toute l’innovation vient des entrepreneurs, pas de l’État ». Le nombre de créations a fortement progressé, avec plus de 400 nouvelles entreprises créées fin août 2025, soit une hausse de 30 % de créations par rapport à l’exercice précédent, avec de plus en plus de sociétés en nom personnel. Cela concerne particulièrement le marketing digital, l’intelligence artificielle, le bien-être et les services de conseil. Le gouvernement monégasque privilégie les activités générant une forte valeur ajoutée sur un espace réduit, contrainte naturelle d’un territoire de seulement deux kilomètres carrés. Mais Pierre-André Chiappori se veut ouvert à toutes les initiatives : « Ce serait dangereux de se fermer à certains types d’innovations. » Enfin, face aux tensions géopolitiques et au ralentissement des économies voisines, le conseiller-ministre pour l’économie et les finances a reconnu que Monaco ne pourra pas indéfiniment maintenir une croissance aussi rapide. Sa balance commerciale reste structurellement déficitaire, et Monaco dépend largement de l’importation de biens et services. Toutefois, la situation financière de la principauté reste solide, avec un fonds de réserve constitutionnel de 9 milliards d’euros, et de quoi prévoir l’équivalent de plusieurs années de budget, selon le conseiller-ministre.



