lundi 20 avril 2026
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Union des Syndicats de Monaco : « Venir travailler à Monaco, ce n’est pas toujours le paradis »

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A Monaco, le mois de septembre marque le retour des débats sur les grandes problématiques sociétales qui agitent la principauté. Entre les problèmes de transport domicile-travail et la crainte d’une réforme des retraites en 2026, l’Union des Syndicats de Monaco (USM) affiche ses priorités  (1).

Mobilité, salaire minimum, réforme des retraites, attractivité… Rarement une rentrée sociale aura compté autant de problématiques simultanément. Et l’ensemble de ces thématiques est lié, selon Karim Tabchiche, nouveau secrétaire général de l’Union des syndicats de Monaco (USM), élu le 20 mars 2025. Celui qui vit sa première rentrée sociale nous explique : « Les conditions actuelles de mobilité en principauté sont désastreuses. Non seulement ça nuit à l’image de Monaco, mais aussi à son attractivité. Et dans tout cela, ceux qui souffrent le plus de la situation, ce sont les salariés qui, chaque jour, s’entassent dans les trains, en espérant qu’ils ne soient pas en retard, ou qui se retrouvent coincés dans des bouchons énormes. »

Trains en retard, quais bondés, bouchons…

La raison de ce problème de mobilité, les nombreux retards que continuent d’afficher les trains sur la ligne Cannes – Nice – Monaco – Vintimille, ainsi qu’un manque de rames. Il suffit de se rendre chaque soir sur les quais de la gare de Monaco pour se rendre compte que les trains en direction de Nice sont bondés. Cela crée régulièrement des situations de tension entre les passagers qui se bousculent pour essayer de rentrer dans les trains. « C’est le chaos à la gare le soir en heure de pointe. Les personnes n’ont pas confiance en Sud Azur. Donc, ils préfèrent forcer pour rentrer dans le train, plutôt que d’attendre celui d’après », explique Bruno Augé, secrétaire général adjoint de l’USM.

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Outre le train, c’est sur la route que ça coince, et notamment depuis le début du mois de septembre 2025. Le point noir : un chantier de construction d’une résidence qui accueillera des logements sociaux sur la moyenne corniche, à Cap d’Ail. Pour la sécurité des ouvriers, ce chantier nécessitait la suppression d’une voie de circulation pendant 18 mois, à partir du 2 septembre 2025. Située entre l’avenue général de Gaulle et l’avenue prince Rainier III, cette adaptation de la circulation n’a pas mis longtemps à être remise en question. En effet, de nombreux bouchons ont été constatés dès les premiers jours, notamment le matin et le soir, lorsque les salariés en provenance de Nice, vont et viennent. « Venir travailler à Monaco, ce n’est pas toujours le paradis. Il faut s’en rendre compte. Cette problématique de mobilité doit être prise au sérieux par le gouvernement, et cela, dès maintenant. On doit se projeter tout de suite vers l’avenir pour préparer la masse de salariés supplémentaires qui seront là dans 30 ou 40 ans », estime Stéphane Augé. Depuis, le nouveau ministre d’État, Christophe Mirmand, a donné une conférence de presse le 11 septembre 2025 pendant laquelle il a indiqué que « ce n’était qu’une question de jours » avant que la circulation ne soit remise sur deux voies. Pour cela, le chantier sera adapté. Mais pour l’USM, il faut aller plus loin et plus vite : « Il faut un vrai projet de fond pour régler ce problème de mobilité, avant d’être submergé, ajoute Stéphane Augé. En effet, selon les études les plus récentes, Monaco devrait accueillir en 2062, 134 178 travailleurs quotidiens, selon les estimations les plus hautes, et 98 936 salariés, selon les estimations les plus basses. » Irréel ? Pas tellement selon l’USM, qui se souvient : « Il y a 20 ou 30 ans, on parlait de plus de 60 000 salariés quotidiens en principauté. Personne n’y croyait vraiment, mais aujourd’hui on a déjà dépassé ce chiffre », rappelle le secrétaire général de l’USM. Une situation déjà complexe « qui risque d’empirer », selon Karim Tabchiche si « aucune solution n’est trouvée ». Que propose ce syndicat ? Sans valider complètement la faisabilité du projet de métro entre Nice, Monaco et Vintimille, du côté de l’USM on se dit conscient que « cette idée peut être convaincante », mais qu’ « il faut voir combien cela coûte ».

« Si on veut rester attractif, il faut aussi que l’on change notre code du travail. Que ce soit la création d’une loi sur l’intérim, la suppression du licenciement sans motif ou une régulation du travail des auxiliaires de vie »

Karim Tabchiche. Secrétaire général de l’USM

Logement des salariés et loyers

L’autre grande thématique mise sur la table par ce syndicat, c’est le logement, et notamment des prix des loyers qui « ne sont pas abordables avec les salaires des travailleurs » de Monaco. Que ce soit à Beausoleil, à Menton, à Cap d’Ail ou même à Nice, l’USM se plaint de la hausse des loyers et de la stagnation du salaire minimum monégasque. « Pour vivre correctement, nous prenons l’exemple d’une famille avec deux enfants. Il faudrait que les deux parents travaillant à Monaco touchent au minimum 2 538 euros brut », avance Stéphane Augé, en présentant les résultats d’une étude menée par Progexa, un cabinet indépendant français. Soit, 531 euros de plus que le salaire minimum actuel, qui est de 2007,32 euros bruts pour 39 heures hebdomadaires. « Si on règle la question du salaire, on ouvre déjà plus de possibilités pour le logement des salariés. Mais l’autre grand défi, c’est aussi de devoir construire de nouveaux logements pour les personnes qui travaillent à Monaco. Ce n’est pas possible pour les salariés de venir parfois d’Antibes, voire de plus loin. On a l’impression que le salarié est la variable ajustable pour le gouvernement. Mais à un moment, les gens ne vont plus accepter ces conditions et ils ne voudront plus venir travailler à Monaco », prédit Karim Tabchiche. Cette vision du secrétaire général de l’USM est à mettre en lien avec les autres revendications portées par ce syndicat : « Si on veut rester attractif, il faut aussi que l’on change notre code du travail. Que ce soit la création d’une loi sur l’intérim, la suppression du licenciement sans motif ou une régulation du travail des auxiliaires de vie. »

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Autre source d’inquiétude : une réforme des retraites que le gouvernement préparerait pour 2026, selon l’USM. D’après ce syndicat, le gouvernement monégasque prévoirait un recul de l’âge de départ à la retraite, ainsi qu’une hausse des cotisations : « Nous allons sûrement lancer une mobilisation avant la fin de l’année 2025. On ne reculera pas sur ce point », promet le secrétaire général de l’USM.

« Il faut un vrai projet de fond pour régler ce problème de mobilité, avant d’être submergé. En effet, selon les études les plus récentes, Monaco devrait accueillir en 2062, 134 178 travailleurs quotidiens, selon les estimations les plus hautes, et 98 936 salariés, selon les estimations les plus basses »

Stéphane Augé. Secrétaire général adjoint de l’USM

1) Contactée par Monaco Hebdo, au même titre que l’USM et le gouvernement monégasque pour donner ses positions sur cette rentrée sociale 2025, la Fedem n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Pour revenir au début de notre dossier consacré à la rentrée sociale 2025, cliquez ici


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