lundi 9 mars 2026
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Réforme des retraites : ce qui se prépare pour 2026

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Le gouvernement monégasque travaille sur un projet de réforme de la caisse autonome des retraites, qui doit répondre à un déficit structurel de près de 10 millions d’euros. D’ici juin 2026, un groupe de travail déterminera le scénario envisagé, entre allongement de la durée de vie active, hausse des cotisations, ajustement des pensions des retraités et hausse du prix d’achat du point de retraite. Mais déjà, ce projet ne fait pas l’unanimité.

C’est une réforme d’envergure qui se prépare, sans trop de bruit, à horizon 2026. Alors que la France a suspendu la réforme des retraites de 2023, ce n’est pas le cas de Monaco. Contre toute attente ? Pas vraiment : des discussions très concrètes ont déjà été entamées entre le gouvernement monégasque et les partenaires sociaux, notamment le 13 juin 2025, lors des conclusions d’une étude actuarielle réalisée par un comité de contrôle, dans l’idée de réformer la caisse autonome des retraites (CAR). Elle concerne l’ensemble des salariés du privé à Monaco, soit près de 60 500 personnes en 2024, répertoriés par l’Institut monégasque de la statistique et des études économiques (Imsee). Selon le gouvernement, le temps presse. L’idée – la nécessité ? – de réformer, a fait son bonhomme de chemin depuis la dernière réforme de 2012, et ce projet de refonte de la CAR est désormais publiquement énoncé, notamment devant la presse et la société civile. Pierre-André Chiappori, conseiller-ministre de l’économie et des finances, a été le premier à l’officialiser, en petit comité, lors d’une conférence organisée par la jeune chambre économique de Monaco, le 30 septembre 2025 au Méridien. « Nous allons devoir faire des réformes », avait-il alors affirmé au sujet des retraites, tout en appelant à la prudence [à ce sujet, lire notre article Retraites monégasques - Pierre-André Chiappori : « Nous allons devoir faire des réformes », publié dans Monaco Hebdo n° 1393 — NDLR].

« Dans ce dossier, le temps joue contre nous. Il ne faudrait pas, comme ce fut le cas en 2012, attendre presque dix ans pour mettre en place cette réforme »

Christophe Robino. Conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé

« Le temps joue contre nous »

Pourquoi maintenant ? Sur le papier, la situation ne semble pas si critique qu’en France : les caisses de retraite, dans leur ensemble, sont excédentaires, quand la moitié du déficit de l’État français est absorbée par les budgets des caisses sociales et des retraites. Mais, selon le gouvernement, la principauté n’échappera pas aux mêmes tendances démographiques que le pays voisin : l’allongement de l’espérance de vie fragiliserait, mécaniquement, le système des retraites en place. Pour le pérenniser, des discussions sont donc en cours pour réformer le système en place, à la mi-2026 au plus tôt. Car le temps presse, selon Christophe Robino, conseiller-ministre pour les affaires sociales et la santé [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce dossier spécial — NDLR] : « Si un calendrier, à proprement parler, n’a, pour le moment, pas été arrêté, un groupe de travail comportant des représentants du gouvernement issus du comité de contrôle et du comité financier et des représentants des employeurs et des salariés des comités de la CAR a bien été constitué afin de proposer, au regard des conclusions de l’actuaire, des pistes permettant au régime de sortir de son déséquilibre structurel. » Selon lui, ce projet de réforme pourrait entrer dans le dur dès l’été 2026 : « J’ai demandé à ce groupe de travail, en accord avec mon collègue des finances, de nous faire part de ses préconisations pour juin 2026, avec un point d’étape de l’avancement de ses travaux lors des comités de mars 2026. Dans ce dossier, le temps joue contre nous. Il ne faudrait pas, comme ce fut le cas en 2012, attendre presque dix ans pour mettre en place cette réforme. » D’autant que les comptes de la CAR ne sont pas aussi bons qu’il n’y paraît.

Déficit de 9,9 millions

Si les caisses de retraites sont globalement excédentaires, le régime de la caisse autonome des retraites, lui, est en déficit structurel. En d’autres termes, les revenus du fonds de réserve de la CAR ne suffisent plus à combler, à eux seuls, les déficits à venir pour les prochaines années. Sans changement, Monaco n’aurait pas d’autre choix que de compenser sur les fonds de roulement disponibles, ou bien de céder une partie de son actif mobilier. Contacté à ce sujet, Franck Lobono, conseiller national et président de la commission des intérêts sociaux et des affaires diverses, confirme ce déficit structurel de la CAR [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce dossier spécial — NDLR] : « La CAR dispose de deux types principaux de revenus : les produits techniques, qui sont constitués par les cotisations, et les autres produits financiers et immobiliers. C’est finalement un régime qui cumule un système par répartition et un système par capitalisation. Le résultat du régime général accuse un résultat de moins 9,9 millions d’euros. » Mais, contrairement au gouvernement, Franck Lobono estime qu’il n’y a pas de « péril immédiat », et qu’une réforme n’est pas foncièrement nécessaire aussi tôt, et encore moins sans débats avec les élus du Conseil national : « La CAR est surveillée de près avec plusieurs indicateurs. Le premier s’assure que le déficit de l’activité principale des produits techniques ne dépasse pas 3 % pendant trois exercices consécutifs. Aujourd’hui, il est de 2,69 %. Il n’y a donc pas d’alerte immédiate, et nous avons plusieurs années avant que les indicateurs soient atteints. Si on ne se fiait qu’à cet indicateur, on pourrait considérer que le niveau d’alerte ne serait hypothétiquement pas atteint avant 2028, puisqu’il faut trois années consécutives de déficit supérieur à 3 % pour sonner l’alerte, explique-t-il. Le deuxième indicateur concerne l’affectation des produits nets du fonds de réserve pour couvrir le déficit de l’activité principale. Il ne faut pas que cela dépasse 40 %. Aujourd’hui nous sommes à 23,51 %. Là encore, il n’y a aucune alerte immédiate. » Au-delà de cette contrainte de calendrier cependant, une question reste en suspend : qui supportera l’effort nécessaire pour rééquilibrer le financement des retraites, entre l’État, le patronat, ou les salariés du privé ?

Si les caisses de retraites sont globalement excédentaires, le régime de la caisse autonome des retraites, lui, est en déficit structurel. En d’autres termes, les revenus du fonds de réserve de la CAR ne suffisent plus à combler, à eux seuls, les déficits à venir pour les prochaines années

Qui va payer ?

Le groupe de travail missionné par le gouvernement monégasque fixera les grandes lignes de cette prochaine réforme. Il déterminera le scénario le plus probable pour être transformé en projet de loi, avant d’être débattu dans l’hémicycle du Conseil national. Plusieurs options sont envisageables : un allongement de la durée de vie active, fixée pour l’heure à 65 ans, avec une possibilité de départ anticipé sous condition, et sans abattement dès 60 ans. Mais cette option n’est pas, pour le moment, retenue par Christophe Robino [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce dossier spécial — NDLR]. Si cette future réforme ne touche pas à l’âge de départ, il faudra alors envisager la possibilité d’une hausse des cotisations, employeur et/ou salarié, déjà préconisée par l’actuaire, et non sans conséquence sur les fiches de paie. Ou bien, un ajustement des pensions des retraités. Ou bien, encore, une hausse du prix d’achat du point de retraite, pour les salariés. Chacun de ces scénarios envisagés implique un « effort » financier et une perte d’avantages qui participent à l’attractivité monégasque. Jusqu’à présent, les réserves de la CAR, ainsi que leurs rendements, ont permis d’amortir le déficit, pour éviter de le faire porter sur les salariés et les retraités. Mais dans sa dernière présentation en juin 2025, l’actuaire préconisait d’envisager l’ensemble de ces scénarios, en raison d’une situation présentée comme dégradée. Ces différents leviers pourraient donc être combinés pour faire porter cet effort par différents acteurs. Et c’est là que tout se joue pour les partenaires sociaux (1), qui défendent chacun une vision du contrat social monégasque.

Le prix de l’attractivité

Un mouvement social est d’ores-et-déjà prévu à l’Union des syndicats de Monaco (USM), d’ici la fin d’année 2025 et le début d’année 2026, pour protester contre ce projet de réforme qu’elle juge catastrophique : « Nous pensons qu’il existe d’autres solutions, estime Bruno Augé, secrétaire général adjoint de l’USM. Les salariés ont déjà beaucoup payé et gagnent moins qu’avant. Aujourd’hui, un salarié fait le travail de 2,5 salariés, comparé à la situation d’il y a 18 ans. Nous voulons abroger la réforme de 2012, et nous soutenons encore moins une nouvelle réforme des retraites. Nous allons réaliser nos contre-études sur les projections faites par le gouvernement, pour déterminer si le système actuelle présente autant de difficultés. Ce qui est sûr, c’est que la réforme de 2012 provoque déjà des effets dramatiques sur le long-terme. » Pour la fédération des syndicats de salariés de Monaco (F2SM), en revanche, ce projet de réforme arrive un peu tard : « La réforme de 2012, que certains décrient encore, n’a apporté qu’une petite décennie de répit. Elle était basée sur des hypothèses de croissance de la population salariée qui apparaissaient alors plausibles, mais qui se sont révélées être, par la suite, surévaluées, estime pour sa part Thierry Petit, son président. L’État n’a pas donné au comité de contrôle les marges de manœuvre nécessaires pour anticiper l’arrivée à l’âge de la retraite des nombreuses générations nées à partir du milieu des années 1960, c’est-à-dire celles notamment visées par l’avertissement des caisses sociales monégasques en 2000. Ces adaptations auraient pu être abordées dès 2019 pour être mises en œuvre dès maintenant, si la clause de « rendez-vous » prévue à l’article 46 de la loi n° 455 avait été observée. » Aux yeux de ce syndicat, la réforme à venir doit éviter d’entretenir des inégalités qui fragiliseraient le pacte social monégasque : « La préservation du régime de retraite de la CAR est avant tout un enjeu humain fondamental, par le trait d’union entre les générations, entre actifs et inactifs, puis social de première importance, car touchant au quotidien de toutes les familles. Et enfin économique, dont les répercussions impactent le présent, comme le futur de la principauté », explique Thierry Petit. Cette réforme implique, en effet, des efforts, qui auront probablement une incidence sur le pouvoir d’achat des salariés, la durée d’activité, ou même la compétitivité-coût des entreprises. Compte tenu des enjeux, ce projet de réforme pourra-t-il rester encore aussi discret ?

Exercice 2025-2026 : le point de retraite revalorisé

Lors du comité de contrôle de septembre 2025, la valeur du point de la caisse autonome des retraites (CAR) a été revalorisée de + 0,3 % pour l’exercice 2025-2026, une augmentation, semble-t-il, modeste face à une inflation budgétaire de + 0,59 %. Mais cette décision, qui a été communiquée aux retraités et aux salariés par les Caisses sociales de Monaco, s’accompagne également d’une hausse plus significative du point de la retraite complémentaire de la caisse monégasque de retraite complémentaire (CMRC) (+1,92 %), votée pour « préserver, voire légèrement augmenter, le pouvoir d’achat des retraités », selon le gouvernement monégasque. Les bénéficiaires de l’Association générale des institutions de retraite des cadres (Agirc) – Association des régimes de retraite complémentaire des salariés (Arrco) à Monaco recevront également une « prestation de bonification » en novembre 2026, conformément à la loi n° 1544 du 20 avril 2023.

1) Contactée par Monaco Hebdo dans le cadre de ce dossier spécial, la fédération des entreprises monégasques (Fedem) n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet.

« La réforme de 2012, que certains décrient encore, n’a apporté qu’une petite décennie de répit. Elle était basée sur des hypothèses de croissance de la population salariée qui apparaissaient alors plausibles, mais qui se sont révélées être, par la suite, surévaluées »

Pour lire la suite de notre dossier « Réforme des retraites à Monaco : ce qui se prépare pour 2026 », cliquez ici.

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