mercredi 22 avril 2026
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Protection de la Méditerranée : moins d’un pour cent de la surface réellement protégée

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En octobre 2025, les membres de la société des explorations de Monaco sont rentrés d’une mission d’un mois en Grèce. Entre prélèvements, analyses, médiation et mission diplomatique, ces 40 jours en Grèce ont permis aux équipes de récolter de nombreuses données. Avec quatre ou cinq autres expéditions prévues en Méditerranée d’ici 2030, la société d’exploration de Monaco s’est donnée pour objectif de dresser un premier bilan des mesures adoptées par les pays méditerranéens.

Pendant 40 jours, entre septembre et octobre 2025, une équipe de scientifiques a parcouru différents lieux des eaux grecques : l’île d’Alonissos, le golfe Pagasétique et l’île de Syros. À bord d’un bateau spécialement affrété pour l’occasion, tout un ensemble de matériel scientifique voué à une mission : récolter un maximum de données. Ces données, qui seront analysées par la suite, doivent permettre de dresser un bilan de santé de la Méditerranée et notamment des aires marines protégées, qui sont des espaces où les activités humaines sont censées être limitées, afin de permettre la régénération de la vie marine. Des données importantes, alors que se déroule au Brésil, à Belem, la 30ème édition de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, la COP30, depuis le 10 novembre, et jusqu’au 21 novembre 2025.

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Accord avec les universités locales

Pendant cinq semaines, des scientifiques de plusieurs universités grecques ont pu se servir de ce matériel, pour étudier trois zones protégées : « C’est un rapport d’échange. Les acteurs de la science locale ont l’opportunité de travailler sur un bateau équipé en matériel scientifique et nous on peut recueillir les données. Cela nous permet d’avoir un retour sur la santé des aires marines protégées étudiées. De leur côté, ça leur permet d’avoir à disposition un bateau pendant plusieurs semaines », explique Xavier Prache, directeur de la société des explorations de Monaco, et chef de la mission en Grèce. Mais pourquoi axer ces missions sur les aires marines protégées (AMP) ? Car, au fil des années, ces espaces sont devenus le fer de lance de la politique de conservation des océans par la Principauté. Une vision qui semble d’actualité, puisque lors de la conférence « Our Ocean » d’Athènes en 2024, les États ont réaffirmé leur volonté de protéger 30 % des océans d’ici 2030. Un chiffre qui est d’ores et déjà difficilement atteignable, selon Xavier Prache : « Si on applique cette règle des 30 % en mer Méditerranée, on remarque qu’actuellement, seulement 8 % des zones marines de la Méditerranée sont identifiées comme protégées. Que ce soit des aires marines protégées, des aires spécialement protégées, etc. Mais, dans ces 8 %, il y a moins d’un pour-cent d’espace où les règles sont réellement mises en œuvre. »

Exploration Mediterannée Grèce
© Photo Maeva Bardy / Explorations de Monaco

Le problème des « aires marines protégées de papier »

Pour cet expert, il existe des « aires marines protégées de papier », c’est-à-dire des espaces définis comme des zones protégées mais où, aucune législation particulière n’est vraiment respectée : « Quand on crée une aire marine protégée, il y a tout un train de mesures de régulation de gestion à mettre en œuvre, et c’est ça qui manque aujourd’hui. A partir de ces zones dessinées sur le papier, il faut réussir à appliquer des règles de gestion et de protection, pour savoir qui fait quoi. Que ce soit les pêcheurs, les plaisanciers, les clubs de plongée, les touristes… » Pour Xavier Prache, c’est l’un des principaux objectifs dans les années à venir : « Il faut remplacer les zones de protection superficielles par de véritables aires marines protégées. C’est uniquement de cette manière que l’on pourra, un jour, sauver la Méditerranée. »

Sensibiliser et éduquer les jeunes générations

Cette sensibilisation des États du bassin méditerranéen est au cœur de la « mission Méditerranée 2025-2030. » Un objectif qui semble, à ce jour, utopique : « En cinq ans c’est impossible. Il nous faut déjà un an minimum pour organiser une expédition. Au final, on table sur quatre à cinq missions maximum d’ici 2030. Ce ne sera surement pas suffisant pour pousser les États à accélérer la mise en place de ces zones protégées », soupire cet expert, qui laisse entendre que les missions Méditerranée pourraient continuer après 2030. Mais pour lui, chaque mission à pour objectif de « semer les graines de la protection des mers dans l’esprit des jeunes générations ». Car, outre les données récoltées sur place lors de ces excursions scientifiques, la société des explorations de Monaco défend aussi un aspect pédagogique. En parallèle des relevés de données de la mission Grèce, l’exposition Le temps de l’action a été lancée à Athènes du 4 au 31 octobre 2025. Elle a permis de « mieux comprendre le fonctionnement des aires marines protégées, les pressions qui sont exercées sur le monde marin ainsi que les solutions existantes pour concilier les activités humaines avec la biodiversité », assure Xavier Prache, qui estime que la mission Méditerranée doit « amener les générations futures à comprendre les réels enjeux économiques, sociétaux et environnementaux que représente la sauvegarde de la mer Méditerranée ».

Exploration Mediterannée Grèce
© Photo Maeva Bardy / Explorations de Monaco

Commerce, tourisme, ressources…

Car si la Grèce est précurseur dans le domaine de la protection marine, d’autres pays n’en sont pas à ce stade : « On tente de prouver que ce système fonctionne, pour ensuite le faire adopter dans l’ensemble des pays méditerranéens », raconte le directeur de la société des explorations de Monaco. Mais il est conscient que le travail ne fait que commencer : « Nous n’avons pas tous la même vision sur l’avenir. Entre les intérêts financiers, commerciaux, touristiques, il est parfois complexe de faire entendre le point de vue environnemental dans certains pays. » Sans se décourager et avec ses missions, Xavier Prache tente de faire évoluer les mentalités : « C’est avec les petites rivières que l’on crée les mers. Nous essayons d’ouvrir les esprits, notamment des jeunes générations, sur l’importance des aires marines protégées. » Si le lieu de la prochaine mission n’est pas encore officiel, le directeur lance quelques pistes : ce sera soit dans les eaux de l’Albanie ou celles de la Méditerranée occidentale au Maroc ou en Tunisie. Prochaine escale, à la fin de l’année 2026.

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