samedi 1 octobre 2022
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Les salaires sont-ils assez élevés à Monaco ?

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L’Union des syndicats de Monaco (USM) et la Fédération des syndicats des salariés de Monaco (F2SM) ont chacun tenu leur assemblée générale, fin mars 2022. L’occasion pour Monaco Hebdo de revenir avec eux sur la question sensible des salaires en principauté, alors que l’inflation continue de sévir.

À Monaco, dans le secteur privé, le salaire médian, était de 2 151 euros mensuels net en 2020, en équivalent temps plein. Et il a grimpé à 2 276 euros nets en 2021, selon l’Institut des statistiques et des études économiques (IMSEE). Cela signifie que la moitié des salariés du privé de Monaco gagne moins, ou l’équivalent, de cette somme. C’est cependant mieux qu’en France, où le salaire médian, toujours dans le secteur privé, était de 1 940 euros en 2021, en équivalent temps plein également. Mais est-ce suffisant aux yeux des représentants de salariés ? Pour les syndicats, la réponse est non.

Cedrick Lanari F2SM salaires Monaco
© Photo Iulian Giurca – Monaco Hebdo.

Attractivité

Cedrick Lanari vient d’être réélu secrétaire général de la Fédération des syndicats des salariés de Monaco (F2SM) pour ses dix années d’existence, le 19 mars 2022. Et, selon lui, pour combler les besoins d’activité, il faudrait davantage de salariés en principauté, même si leur nombre a augmenté de près de 2 000 en 2021, pour s’approcher des 57 000 collaborateurs, selon le département de l’économie et des finances, sur les bases de l’IMSEE. Et, pour attirer de nouveaux salariés, la question du niveau de rémunération se pose, selon lui, parmi d’autres critères : « Il est nécessaire d’annexer les salaires sur l’inflation, mais aussi de travailler sur l’accessibilité et les transports, ainsi que sur l’attribution de logements sociaux sur les communes environnantes, en renégociant leurs critères d’attribution avec la France. Pour améliorer la qualité de vie des salariés, il est important qu’ils puissent se loger et consommer à proximité de Monaco. Pour rester attrayante, la principauté doit combler ses retards sociaux. » Plusieurs points sont perfectibles selon le secrétaire général, réélu pour la cinquième fois à la tête de la F2SM, afin d’améliorer l’attractivité de la place monégasque : « Il n’y a pas encore de loi pour encadrer l’intérim à Monaco. C’est un point à corriger. Même chose pour les comités d’entreprises, qui ne sont pas obligatoires pour les petites structures, ou encore pour les contrats de mutuelle, qui ne sont pas obligatoires non plus. Certes, la retraite est intéressante pour les salariés de Monaco. Certes, la rémunération est plus élevée qu’en France. Mais il faut encore la revoir, et se concentrer davantage sur la qualité de vie. »

« Je siège au diocèse de Monaco et je peux vous dire que nous aidons des travailleurs pauvres. Beaucoup de petits patrons ont aussi besoin d’aide depuis la crise sanitaire »

Olivier Cardot. Secrétaire général de l’USM
Olivier Cardot USM salaires Monaco
© Photo USM

Inflation

À l’union des syndicats de Monaco (USM), Olivier Cardot a lui aussi renouvelé son mandat de secrétaire général pour un an, lors du congrès de cette organisation, qui s’est déroulé les 21, 22 et 23 mars 2022. Sur la question des salaires, l’USM est catégorique : « Nous demandons que le salaire minimum soit augmenté à hauteur de 2 000 euros nets à Monaco. La question du salaire se pose, alors que se loger, se nourrir et se vêtir devient de plus en plus difficile dans ce contexte où les prix de l’énergie, de l’essence et des biens de consommation augmentent. Comment vivre aujourd’hui avec moins de 2 000 euros nets par mois autour de Monaco ? » Depuis le 1er janvier 2022, le salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) monégasque est fixé à 1 786,33 euros mensuels, à temps plein. « Je siège au diocèse de Monaco, et je peux vous dire que nous aidons des travailleurs pauvres. Beaucoup de petits patrons ont besoin d’aide aussi, depuis la crise sanitaire. Des salariés, notamment des agents de sécurité, dorment parfois dans leur voiture lorsqu’ils doivent assurer de grosses plages horaires, pour éviter un long aller-retour entre leurs horaires de services, car ils n’ont pas les moyens de se loger à proximité. » Les types de contrats proposés à certains jeunes actifs poseraient également problème, estime Olivier Cardot : « Un jeune, lorsqu’il débute à Monaco, a bien souvent le choix entre des contrats d’intérims à répétition, ou bien une succession de contrats à durée déterminée (CDD). C’est encore un problème pour se loger, que ce soit pour louer un bien, ou pour contracter un crédit, en vue d’acheter. » À Monaco, en effet, le prix du mètre carré frôle désormais les 52 000 euros selon l’IMSEE, et ce niveau influence les prix de l’immobilier des communes limitrophes. Si bien qu’à la Fédération des entreprises monégasques (FEDEM), Jean Tonelli, président du syndicat des professionnels en ressources humaines, pense, lui aussi, que les salaires mériteraient d’être revus à la hausse en principauté : « Tout est relatif en matière de rémunération. Toucher un gros salaire, là où la vie est très chère, n’a rien d’avantageux. En ce sens, les salaires ne sont pas suffisamment élevés à Monaco ».

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