Depuis que la principauté a adapté sa législation aux recommandations de Moneyval dans le cadre de sa politique de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, la Croix-Rouge monégasque, comme d’autres associations de la principauté, doit revoir ses méthodes de travail, quitte à perdre des petits donateurs.
C’est une grosse machine, très mobilisée à l’international. La Croix-Rouge monégasque a su récolter près de 500 000 euros de dons en 2023 pour contribuer à l’aide de populations en détresse à cause de conflits ou de catastrophes naturelles, comme en Turquie et en Syrie en février et en septembre 2023. Mais depuis que Moneyval et le Conseil de l’Europe ont accentué la pression sur la principauté en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme, l’aide vers ces territoires n’est pas chose aisée.
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Dans des pays comme la Syrie, le Soudan, l’Afghanistan, Cuba, ou encore la Bulgarie, les versements sont en effet bloqués, pour se prémunir de détournements de fonds qui serviraient à la corruption ou au terrorisme. Le Groupe d’action financière (GAFI), cette organisation intergouvernementale qui émet des recommandations aux États en matière de lutte contre la corruption, alertait déjà en 2014 l’opinion et les institutions sur ces risques d’exploitation de l’altruisme [à ce sujet, lire notre article Dons aux associations monégasques : moins de générosité à cause de Moneyval ?, publié dans ce dossier spécial — NDLR]. Mais comme l’avait rappelé le secrétaire général de la Croix-Rouge monégasque, Frédéric Platini, en février 2024, les populations en détresse ne doivent pas être mises de côté pour autant : « Après un tremblement de terre comme en Syrie, des populations ont besoin de soins, de repas ou encore de vêtements. On doit pouvoir apporter de l’aide à un enfant qui a besoin de manger, où qu’il soit. »
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Contrairement aux petites structures, plus perméables à l’infiltration de réseaux criminels et terroristes selon Moneyval et le GAFI, la dimension internationale de la Croix-Rouge permet, malgré tout, de faire transiter les fonds nécessaires à l’aide sur le terrain. Non sans contraintes administratives cependant, et non sans frais supplémentaires.
« Il y a moins de résistance sur les grosses sommes, mais on perd les petits donateurs, en particulier sur la population des 70-90 ans, qui avait l’habitude de faire son petit chèque à la Croix Rouge »
Frédéric Platini. Secrétaire général de la Croix-Rouge monégasque
Plus de coûts et de contraintes
Dans son rapport remis publiquement à la principauté le 23 janvier 2022, Moneyval indiquait aux autorités monégasques que les 955 associations et les 21 fondations du pays devaient faire preuve de plus de transparence. Deux nouvelles ordonnances souveraines ont donc suivi le 22 mars 2024, en application des lois Moneyval qui ont suivi en 2022 et en 2023, après la remise de ce rapport. Ces nouveaux textes prévoient que les donateurs devront fournir des informations personnelles aux associations, notamment une copie de la carte d’identité et une preuve du lieu de résidence, et cela pour chaque versement supérieur à 200 euros. Les fondations et les associations doivent en effet tenir un registre à jour répertoriant tous les dons et subventions reçus d’une valeur supérieure à cette somme.
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Problème : depuis, la Croix-Rouge monégasque doit faire face à la réticence de certains donateurs. « On a des refus. Des donateurs se sentent “fliqués”, et ont peur parfois d’être sollicités ensuite par d’autres associations. D’autres laissent tomber également, car leur carte d’identité n’est pas à jour, expliquait Frédéric Platini en février 2024, à l’occasion d’une conférence de presse. Il y a moins de résistance sur les grosses sommes, mais on perd les petits donateurs, en particulier sur la population des 70-90 ans, qui avait l’habitude de faire son petit chèque à la Croix-Rouge. » Ce n’est pas tout. L’obligation de tenir un registre à la fois des bénévoles, des bénéficiaires et des donateurs, représenterait une charge de travail conséquente, et coûteuse, pour cette association dont le budget était de 8 millions d’euros en 2023 : « C’est un volume de travail monstrueux pour lequel on est équipés, parce qu’on est une grosse structure avec du budget et des salariés, mais les petites associations en souffrent », a ajouté Frédéric Platini.
Dans ce contexte, la Croix-Rouge monégasque insiste sur le fait que 100 % des dons collectés sont « réutilisés pour des actions concrètes sur le terrain »
2,5 millions d’euros destinés à l’aide internationale
Dans ce contexte, la Croix-Rouge monégasque insiste sur le fait que 100 % des dons collectés sont « réutilisés pour des actions concrètes sur le terrain », alors que 2,5 millions d’euros étaient destinés à l’international en 2023, dont 1,2 million d’euros pour la section humanitaire internationale et 1,3 million pour les secours internationaux, pour 66 300 bénéficiaires de la Croix-Rouge monégasque dans le monde. Le reste du budget était destiné aux activités locales de la Croix-Rouge monégasque, comme le service social, le service jeunesse, le secourisme civil, et les activités sociales diverses. De plus, en réponse aux appels lancés par le comité international, la Croix-Rouge monégasque a apporté son soutien à hauteur de 220 000 euros pour venir en aide aux victimes de conflits armés, présents notamment en Syrie, en Arménie, au Burkina Faso, en République Démocratique du Congo, ainsi qu’en Israël et dans les territoires occupés.
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Enfin, la Croix-Rouge monégasque a apporté son aide à différentes associations, organisations ou individus telles que la société nationale arménienne, ou bien l’orphelinat Nikolski, ainsi que des personnes touchées directement par la guerre en Ukraine, à hauteur de 200 000 euros. La Croix-Rouge monégasque a pu financer une partie de ces aides grâce au lancement de deux appels publics aux dons, et la mobilisation générale a permis de récolter près de 500 000 euros. Ces dons ont permis de contribuer aux appels lancés par la fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) liés aux catastrophes. Cette aide globale a atteint un total d’environ 880 000 euros. Ces aides ont permis de répondre aux appels de la Turquie, de la Syrie, du Malawi, de la Guinée Equatoriale, du Soudan, du Myanmar, du Maroc, de la Lybie, du Nigéria, du Liban, de l’Egypte, de la Jordanie, du Vanuatu, du Népal, du Zimbabwe, du Kenya et du Togo.



