dimanche 19 avril 2026
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Croix-Rouge monégasque : l’humanitaire à plein régime

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Derrière les dispositifs de secours quasi quotidiens et les formations aux gestes qui sauvent, la Croix-Rouge monégasque maintient une activité intense. Entre action sociale locale, interventions lors des grands événements et engagements internationaux, cette organisation humanitaire fait face à des besoins stabilisés, mais à des missions de plus en plus complexes. Par Clément Martinet

Derrière l’image familière des secouristes en gilet rouge qui veillent lors des grands événements en Principauté, la Croix-Rouge monégasque poursuit une activité bien plus vaste. Entre action sociale locale, opérations de secours, formation de la population et engagement international, cette organisation humanitaire maintient en 2026 un dispositif dense. Si les besoins n’ont plus connu la hausse brutale observée pendant la pandémie, la complexité des missions, elle, continue de croître. L’organisation repose aujourd’hui sur 540 bénévoles actifs, épaulés par 82 salariés. Ensemble, ils ont assuré près de 42 000 heures de bénévolat au cours de l’année écoulée. Ce maillage humain permet d’accompagner environ 53 000 bénéficiaires, dont 16 000 en Principauté, à travers différentes actions : aide alimentaire, vestiaire solidaire, soutien scolaire ou accompagnement social. La diversité du réseau constitue l’une des particularités de la Croix-Rouge monégasque. Les bénévoles représentent 46 nationalités et couvrent une large tranche d’âge, de 16 à 89 ans, reflet d’un engagement intergénérationnel qui nourrit la solidité du dispositif. Car, il ne faut pas l’oublier : même à Monaco, la précarité reste une réalité discrète mais tangible. Cette organisation accompagne actuellement près de 500 familles, certaines vivant avec quelques euros par jour pour nourrir leurs enfants, selon les responsables de l’association.

Le projet le plus emblématique reste celui de Loumbila, au Burkina Faso : un centre de formation construit à partir d’un ancien pavillon monégasque démonté et réinstallé sur place

Une activité de secourisme quasi quotidienne

Sur le terrain opérationnel, la pression reste constante. La Croix-Rouge monégasque assure 224 dispositifs de secours chaque année en Principauté, soit un rythme proche d’une intervention tous les deux jours. Cette activité exige une formation continue des équipes. Les bénévoles secouristes doivent ainsi être formés aux nouveaux protocoles médicaux, notamment à certaines procédures de délivrance de médicaments. Chaque année, un exercice grandeur nature mobilise également près d’une centaine de volontaires, afin de tester la coordination des équipes. Certains événements nécessitent toutefois un renfort bien au-delà des capacités locales. C’est le cas du Grand Prix de Monaco, qui requiert environ 250 secouristes par jour pendant neuf jours, alors que la Croix-Rouge monégasque dispose d’environ 155 secouristes opérationnels sur place. Pour répondre à cette exigence, plusieurs sociétés nationales partenaires – françaises, italiennes ou allemandes notamment – viennent renforcer les effectifs. La formation aux premiers secours demeure l’un des piliers de la stratégie de cette organisation. En 2025, 4 715 personnes ont été initiées ou formées aux gestes qui sauvent, incluant des modules spécifiques pour les nourrissons et de premières formations consacrées à la santé mentale. En Principauté, près de 5 000 personnes suivent chaque année la formation « prévention et secours civiques » (PSC), gratuite depuis 2016. Le diplôme étant valable trois ans, la Croix-Rouge développe désormais davantage de sessions de recyclage afin de maintenir les compétences de la population. L’apprentissage commence dès l’adolescence. Les élèves de classe de cinquième sont déjà formés systématiquement, alors qu’à partir de 2026, une session de mise à jour sera proposée aux élèves de seconde, sur la base du volontariat. L’objectif est aussi de valoriser cet engagement dans leur parcours scolaire.

Croix-Rouge monégasque
L’équilibre du modèle monégasque repose sur trois piliers : la formation de la population, la montée en compétence des secouristes et la coopération internationale. Un dispositif solide, mais régulièrement mis à l’épreuve lors des grands événements ou des crises majeures. © Photo DR

Une présence internationale plus affirmée

Au-delà du territoire monégasque, la Croix-Rouge monégasque poursuit également plusieurs projets internationaux. L’organisation agit à la fois dans le cadre de programmes bilatéraux avec certaines sociétés nationales et en répondant aux appels d’urgence du mouvement humanitaire. Le projet le plus emblématique reste celui de Loumbila, au Burkina Faso : un centre de formation construit à partir d’un ancien pavillon monégasque démonté et réinstallé sur place. Malgré le contexte sécuritaire tendu dans la région, le site poursuit ses activités et fonctionne également comme résidence hôtelière, générant des ressources pour la Croix-Rouge du Burkina Faso. L’organisation développe aussi ses actions en Europe de l’Est et, plus récemment, au Moyen-Orient, notamment en Palestine. Un partenariat a ainsi été établi avec le Croissant-Rouge palestinien, afin de soutenir des formations aux premiers secours et au secours pré-hospitalier. Cette extension géographique s’inscrit dans une évolution plus large du positionnement de la Croix-Rouge monégasque au sein du mouvement international. En 2025, Monaco a accueilli une réunion rassemblant 52 sociétés nationales européennes, renforçant la visibilité de la Principauté dans les instances humanitaires. Parallèlement à ces projets, l’organisation participe aux réponses d’urgence coordonnées par la fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et le comité international de la Croix-Rouge. L’an dernier, 26 appels d’urgence ont ainsi reçu un soutien financier de Monaco, pour un montant total proche de 500 000 euros, provenant à la fois des fonds de l’organisation et de dons collectés auprès de la population. Selon les responsables de la Croix-Rouge monégasque, 41 % de ces interventions concernaient des catastrophes climatiques, signe de l’intensification de ces phénomènes à l’échelle mondiale. Pour la première fois également, une salariée de l’organisation a été détachée auprès du Comité international de la Croix-Rouge pour une mission sur le terrain, dans une région marquée par le conflit entre l’Éthiopie et l’Érythrée.

La Croix-Rouge monégasque a également dû adapter ses procédures à un cadre réglementaire plus strict en matière de traçabilité financière, notamment après l’inscription de Monaco sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (Gafi)

Neutralité et prudence dans les appels aux dons

Dans certains contextes politiquement sensibles, comme en Palestine, l’organisation agit toutefois avec prudence. Lorsque l’aide concerne des zones susceptibles de susciter des tensions politiques, les responsables préfèrent ainsi mobiliser les propres fonds de la Croix-Rouge Monaco, plutôt que de lancer un appel direct à la population. Cette prudence répond à un principe fondamental du mouvement : la neutralité humanitaire. À ce sujet, comme de nombreuses organisations caritatives, la Croix-Rouge monégasque a également dû adapter ses procédures à un cadre réglementaire plus strict en matière de traçabilité financière, notamment après l’inscription de Monaco sur la « liste grise » du Groupe d’action financière (Gafi). Les dons en espèces ou dont l’origine n’est pas clairement identifiée sont désormais limités à 250 euros, alors qu’une pièce d’identité doit être présentée pour tout don supérieur à 200 euros. Dans certains cas, l’organisation a déjà été amenée à refuser des dons jugés insuffisamment traçables.

Une planification à long terme

L’année 2026 marque enfin une étape de transition pour la Croix-Rouge monégasque. De nouveaux protocoles de soins entreront en vigueur, tandis qu’un plan de secours et d’intervention est en cours d’élaboration, afin de renforcer la capacité opérationnelle de l’organisation. Si les besoins humanitaires semblent aujourd’hui stabilisés, les responsables de l’association observent une évolution des risques, notamment climatiques, sanitaires ou liés aux conflits, qui exige une adaptation permanente. Dans ce contexte, l’équilibre du modèle monégasque repose sur trois piliers : la formation de la population, la montée en compétence des secouristes et la coopération internationale. Un dispositif solide, mais régulièrement mis à l’épreuve lors des grands événements ou des crises majeures.

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