vendredi 17 avril 2026
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A quand l’égalité hommes-femmes ?

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Parfois contestée ou moquée, la journée des droits de la femme reste l’occasion de dresser le baromètre de l’(in)égalité entre les sexes. Monaco Hebdo fait un état des lieux.

Par Romain Massa.

«Faire respecter et évoluer les droits des femmes sans avoir une politique extrémiste. » Ces propos d’Hilde Haneuse, présidente-fondatrice des Femmes Leaders Mondiales de Monaco depuis 2010, reflètent la nature du combat des femmes en principauté. « Nous ne sommes pas des féministes. Cette notion évoque pour moi l’exclusion », précise la quadra qui mise davantage sur le consensus : « Nous devons aussi réunir les hommes autour de notre projet pour que les choses changent ».
Bref, vous l’aurez compris : à Monaco où la ferveur féministe est réduite au néant, faute de luttes semblables à celles connues en France dans les années 70 ou 80, les FEMEN ou autres mouvements radicaux n’ont pas droit de cité. Ici, aux actions coups de poings, on préfère le dialogue entre les acteurs de monde associatif et les politiques. Et parfois certains font les deux. Béatrice Fresko-Rolfo, membre de l’Union des femmes monégasques, est l’une des cinq élues du conseil national où elle préside la commission des droits de la femme. Depuis sa prise de mandat en février 2013, elle se félicite de l’adoption en novembre dernier de la loi permettant d’accoler – en tant que nom d’usage – le nom de jeune fille de la mère au nom de l’enfant du couple (voir p. 34). Une proposition qui fait suite à de vraies avancées concrétisées par la transmission de la nationalité par les mères en 2003 et la légalisation de l’avortement thérapeutique en 2009. Pour rappel, la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse n’est plus à l’ordre du jour, depuis que Renaissance, qui avait inscrit cette mesure dans son programme, a jeté l’éponge. Pourtant, à Monaco aussi, l’ombre de Simone Veil plane inévitablement. Celle qui restera dans l’Histoire pour avoir mené le combat pour l’IVG en 1975 à l’Assemblée nationale serait même l’une des figures du féminisme chères à l’élue Horizon Monaco (HM) : « Simone Veil est l’incarnation de la femme en politique capable de transformer un petit thème de société en un véritable enjeu politique. Elle est un exemple. Pas tant pour les combats qu’elle a menées mais par sa manière de faire, cette détermination que je retrouve parfois chez les femmes politiques françaises de tous bords. » L’élue HM est, elle, décidée à faire changer les mœurs de la société monégasque quant au traitement de la femme que ce soit au domicile ou à son travail. Et il y a du boulot.

Absence de chiffres
L’absence de chiffre analysant le sexisme rend impossible à l’évaluer concrètement à Monaco, mais on ne voit pas comment la Principauté ne rencontrerait pas les mêmes problèmes que ses voisins. Or, une étude française sortie fin décembre 2013 montre que 80 % des femmes et 56 % des hommes affirment avoir été témoins de comportements sexistes au sein de leur entreprise. Une discrimination par le sexe se manifestant par une banale réflexion ou des allants tactiles un peu trop prononcés, qui « pourrissent les conditions de vie de la femme en entreprise », s’indigne Hilde Haneuse. « Il y a des cons ou des salopards dans la fonction publique qui traitent mal les femmes, et c’est totalement inacceptable. Je serais le premier, demain, à mettre mon poing dans la gueule aux machistes qui pincent les fesses des femmes », pestait en 2012 le président du conseil national Laurent Nouvion, alors encore dans l’opposition.

Pas d’observatoire
Côté salaires, en France, les études montrent qu’à poste égal, les femmes gagnent en moyenne 27 % de moins que les hommes (19 % si l’on considère que les emplois à temps complet). Si Béatrice Fresko-Rolfo rappelle « l’égalité existant entre hommes et femmes dans la fonction publique », dans le privé en revanche, ce ne serait pas la même chanson. Là encore, il n’y a pas de chiffres officiels mais Hilde Haneuse l’assure : « Certaines femmes m’appellent pour me dire qu’à compétences égales, elles touchent 30 % de moins que les hommes. C’est inacceptable. » En réalité, l’écart de salaires hommes-femmes serait de l’ordre de 20 %. Pour l’élue HM, le principal problème reste le ralentissement de la progression de carrière pour les femmes : « Quand une femme devient mère, elle récupère de fait un deuxième emploi. Elle doit quitter son travail plus tôt et son processus de socialisation est freinée. Je me battrai toujours si l’employeur ralentit la progression de la carrière d’une femme ou refuse de l’employer parce que celle-ci pourrait devenir un jour maman. » Des employeurs parfois réticents à embaucher des femmes, ce qui fait qu’aujourd’hui « le beau sexe » n’occupait qu’au 31 décembre 2012, 40,8 % des emplois dans le secteur privé. Impossible de savoir quels postes elles occupent mais Béatrice Fresko-Rolfo pointe par exemple du doigt « qu’aucune femme n’est membre du conseil d’administration de la plus grande entreprise locale, la Société des bains de mer ». Isabelle Simon ayant quitté son poste de directrice générale adjointe début 2013, aujourd’hui seule la DRH Agnès Puons occupe un poste au sein de la direction.

Quotas : la seule issue ?
Alors faut-il, comme en France (ou bien d’autres pays), instaurer des quotas de représentation des femmes dans les conseils d’administration ou dans les postes à hautes responsabilités pour briser « le plafond de verre » ? L’élue HM, elle, n’en est pas convaincue : « Les quotas ce n’est pas l’idéal et ça conduit inévitablement à la stigmatisation. Cette mesure risque d’être vaine. » Une vision négative clairement nuancée par Hilde Haneuse : « Les quotas représentent aujourd’hui la seule issue pour obtenir la parité. » Ces questions-là relèvent de la mentalités de la société monégasque, et sur ce plan, Béatrice Fresko-Rolfo prend pour exemple les pays scandinaves. « Chez eux, le système de parité est intégré depuis longtemps dans leurs mœurs. Ils considèrent notamment qu’employer une mère équivaudra surtout à embaucher une femme très organisée », argumente-t-elle. Or, ce changement des mentalités doit passer par l’éducation des enfants. De Monaco, les Femmes Leaders ont d’ailleurs un programme d’envergure mondiale. Sous l’égide de l’organisation internationale de la Francophonie, des enfants de 19 pays ont été amenés à rédiger des contes traitant de l’égalité hommes-femme mais aussi du manque d’accès des filles à l’école dans leurs pays respectifs. De ce projet est né un livre, qui sera distribué aux enseignantes l’occasion de la journée de la femme dans l’enceinte du conseil national. « C’est important de voir comment les enfants perçoivent les inégalités », estime Béatrice Fresko-Rolfo. Hilde Haneuse enchaîne : « Si un enfant a toujours vu sa mère ou les femmes qui l’entourent dans une situation de soumission, quand il deviendra lui-même adulte, il aura des chances de reproduire ce schéma. C’est pour cela que dès l’école, il faut réduire au maximum les inégalités entre hommes et femmes. » Pour la deuxième édition, Hilde Haneuse compte bien ajouter les écoles d’Iran, du Pakistan ou encore d’Afghanistan à ce projet.

Discriminations inscrites dans la loi
Mais ces initiatives prometteuses ne doivent pas faire perdre de vue certains archaïsmes de la loi monégasque. Bernard Pasquier, élu de l’opposition Union Monégasque (UM) avait ainsi déploré à nos confrères de L’Observateur de Monaco le mois dernier le fait que « la discrimination passive basée sur le sexisme existe partout. Mais à Monaco nous avons en plus une discrimination basée sur le sexisme qui est inscrite dans nos textes. » Exemple : la notion de chef de foyer. Selon les textes monégasques, l’homme est le seul à pouvoir bénéficier des prestations sociales, de l’assurance santé et des allocations familiales. La conséquence directe ? Si vous êtes une femme travaillant à Monaco et que votre mari travaille en France, vous n’avez le droit à aucune aide. Il ne vous reste plus qu’à changer de pays ou de mari…

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