Fait inédit à Monaco, la campagne électorale bascule dans une sphère jusque-là sacrée : la vie privée.
Mardi dernier, au petit matin, 1 000 exemplaires du Petit Niçois ont été saisis à Monaco. Une saisie qui fait suite à la décision prise la veille par le président du tribunal de première instance monégasque dans le cadre d’une procédure d’urgence, à la demande de Laurent Nouvion et de ses colistiers. La dernière édition de l’hebdomadaire basé à Nice, datée du 17 janvier, dédie en effet sa une au scrutin du 10 février, « élection à haut risque », annonçant « des révélations sur les candidats ». Et le journal n’y est pas allé de main morte… Dans le cadre d’un dossier de 5 pages, il tire à boulets rouges sur le chef de file de Horizon Monaco (qui a décliné les sollicitations d’interviews), dévoilant des faits de nature purement privée sur sa vie personnelle et sa petite fille, en adoptant des méthodes que l’on retrouve davantage dans des magazines comme « Choc » ou « Entrevue » que dans des titres de presse régionale. Un fait inédit dans une campagne électorale en principauté qui a choqué. Surtout à Monaco, où le coming out est quasi proscrit et où la règle d’inviolabilité de la sphère privée est respectée tant par les politiques dans leurs déclarations publiques que par les médias locaux. Pour Horizon Monaco, il n’y a pourtant aucun doute : « C’est un coup monté », a déclaré en conférence de presse, le 21 janvier, Jean-Michel Cucchi, visant clairement ses adversaires. Devant la presse, chaque candidat présent de Horizon Monaco a évoqué son dégoût. « C’est une attaque sur la vie personnelle qui est lamentable. C’est aussi une attaque sur un enfant et cela est impardonnable. Cet article est basé sur l’intention de nuire. C’est un article sur commande. C’est abject », a ainsi tonné Christophe Steiner.
« Réprobation »
Pourtant, dès le 19 janvier, Jean-François Robillon a souhaité exprimer, dans un courrier envoyé à l’ensemble des élus, sa solidarité vis-à-vis de Laurent Nouvion et sa « réprobation totale face à la publication de révélations concernant (sa) vie privée. » Le président du conseil national, qui « juge (cette) parution scandaleuse » et garantit « que la liste Union monégasque ne relaiera en aucune manière ces informations », explique aussi les conditions de son entretien avec Le Petit Niçois : « L’interview que j’ai donnée, sur leur sollicitation, devait s’inscrire strictement dans le cadre de la campagne électorale. Je regrette vivement que Le Petit Niçois ait ainsi instrumentalisé le conseil national et son président. » Avant de proposer de voir avec Laurent Nouvion quelles mesures prendre suite à la parution de cet article.
« Aucun usage public »
Cette prise de position réprobatrice a été relayée par voie de communiqué de presse par les candidats de Union Monégasque : « Les affirmations formulées concernent la vie privée de Monsieur Nouvion et les initiatives légales lui appartiennent. Elles ne concernent nullement le débat d’idées qui doit animer la campagne électorale. Nous souhaitons donc fermement que la campagne se tienne à l’écart de ces allégations, et qu’aucun usage public n’en soit fait. Nous espérons que les compatriotes, appelés à se prononcer dans trois semaines, sauront faire la différence entre les propositions des deux listes et certaines allégations et dénigrements. »
Mais ces déclarations n’ont visiblement pas calmé la colère dans le camp de Horizon Monaco. Lors d’une réunion de quartier de Horizon Monaco, le 21 janvier, de nombreux candidats ont réitéré leurs accusations contre la majorité, responsable de près ou de loin, selon eux, du contenu de cette parution. Laurent Nouvion qui, lors de la conférence de presse s’était refusé à tout commentaire, s’est exprimé devant l’assistance médusée. « Je viens de passer trois jours étranges… On se pose la question de savoir si tout cela vaut la peine de continuer… Pour y répondre, la seule chose qui compte c’est de ne pas se regarder soi-même, mais de regarder l’essentiel : nous nous sommes engagés pour vous, pour le pays », a déclaré le chef de file de Horizon Monaco.
Si personne ne peut savoir quelle résonance aura cette affaire sur le plan politique, on attend les suites judiciaires. Une plainte a été déposée au parquet de Nice pour atteinte à la vie privée.



