jeudi 16 avril 2026
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«?L’intérêt pour la Formule 1 est toujours là?!?»

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Michel Boeri
« Un protocole d'accord aurait été signé entre les partenaires financiers du Castellet. Reste une inconnue de poids?: Bernie Ecclestone validera-t-il ce protocole en le signant?? » © Photo ACM

Le 70ème Grand Prix de Formule 1 de Monaco se tient du 24 au 27 mai. Michel Boeri, président de l’Automobile Club de Monaco qui organise la course, évoque cette nouvelle édition et l’avenir de la Formule 1. Interview relue.

Monaco Hebdo?: Le Grand Prix de Monaco célèbre sa 70ème édition, vous avez « re signé » pour onze ans de course en 2010. Monaco est-il aujourd’hui un « circuit protégé » par la Fédération internationale automobile??
Michel Boeri?: En tant qu’épreuve de tradition, tout comme Monza, notre épreuve a un statut privilégié auprès de la FIA pour ce qui concerne avant tout les dates de l’évènement. Au plan du tracé, tout comme Monza, qui ne peut couper les arbres autour du circuit, nous ne pouvons, à Monaco, abattre les immeubles. C’est en ce sens que l’application de plusieurs articles du règlement fait l’objet de dérogations. Pour autant, cela ne nous dispense pas de faire toutes les modifications possibles en vue d’une meilleure sécurité. Notre objectif, qui est aussi celui des services de l’Etat, est d’éviter l’accident grave.

M.H.?: Justement, le circuit a fait l’objet de modifications après les événements survenus l’an dernier.
M.B.?: Nous sommes dans une politique tournée vers l’anticipation. Dès après le Grand Prix 2011, il a été décidé d’effectuer le « resurfaçage » et la rectification à la sortie du tunnel d’une bosse suivie d’un double dévers inversé qui a indubitablement causé un déséquilibre de trajectoire, avec pour résultat de nombreux chocs lors du Grand Prix 2011. Pour cette année, nous espérons, de plus, avec le recul des amortisseurs de la chicane, que la zone deviendra moins chaude. Nous avons également élargi la sortie des stands afin que les voitures qui reprennent la piste puissent rouler à la même vitesse que les autres voitures. Sur deux autres sorties de chicanes, nous expérimentons un revêtement qui ralentit les voitures. De même, de nouveaux amortisseurs seront testés aux points réputés « accidentogènes ».

M.H.?: Cette saison, le règlement de la Formule 1 a aussi fait l’objet de modifications, cela permet-il de relancer l’intérêt pour la discipline??
M.B.?: Il n’existe de bon règlement que si la Formule 1 suscite un intérêt accru du public. Personnellement, je ne suis pas un fan des détails techniques du règlement. Je constate seulement que l’intérêt pour la Formule 1 est toujours présent. Nous enregistrons de fait, une hausse certaine sur la location des places de tribunes ce qui est un indicateur objectif. A la mi-avril, nous constations une augmentation de 15 % des places payées par rapport à la même période en 2011.

M.H.?: Et pour la publicité??
M.B.?: Nous sommes dans la stabilité. Nous n’avons pas cependant de nouveaux grands annonceurs. Nous restons dans la limite des budgets prévisionnels. Par ailleurs, nous n’avons pas demandé, pour 2013, une majoration de la subvention allouée par l’Etat, qui d’ordinaire est, annuellement, de l’ordre de 3 à 4 %. Un bon exercice budgétaire fondé sur le résultat financier de la publicité et des places de tribunes fait que nous n’avons pas eu à la demander.

M.H.?: A combien s’élève le budget d’organisation pour le Grand Prix de Monaco et combien rapporte la course??
M.B.?: Selon les années, le budget pour l’organisation du Grand Prix varie entre 25 et 30 millions d’euros. Il n’est pas inintéressant de comparer ce montant à une étude commandée par la FIA à un institut spécialisé, dans les années 2000, qui évaluait le chiffre d’affaires développé par l’événement à environ 100 millions d’euros pour la Principauté et les communes limitrophes ainsi que pour une zone comprise entre San Remo et Cannes. L’étude n’a pas pu évaluer le chiffre publicitaire pour la Principauté de Monaco d’un tel évènement suivi par plus de 500 millions de téléspectateurs.

M.H.?: Cette saison a vu l’arrivée de trois pilotes français dont deux nouveaux (Jean-Eric Vergne, Charles Pic, Romain Grosjean). C’est bénéfique pour Monaco??
M.B.?: Cette arrivée fait plaisir. Après, on verra si c’est bénéfique par rapport à la fréquentation. Est-ce que ça va ramener du monde en tribunes?? Quelle valeur ajoutée peuvent-ils apporter au Grand Prix de Monaco?? Le facteur encourageant est de savoir que 50 % des places vendues, le sont à des Français, ce qui laisse augurer d’un intérêt certain.

M.H.?: Lewis Hamilton s’est, comme beaucoup de pilotes, récemment installé en principauté. Est-ce que si on est pilote de F1 et qu’on n’habite pas à Monaco, on a raté sa carrière??
M.B.?: Je ne le pense pas. L’Automobile Club de Monaco n’a, en tout cas, en rien influencé le choix de M. Hamilton, qui semble avoir eu un coup de coeur pour la Principauté. Il n’y a eu aucune tractation ou négociation pour le faire venir. L’ACM est toujours très heureux d’avoir de grands pilotes résidant à Monaco.

M.H.?: La tenue d’un Grand Prix de France en 2013 paraît actée. Qu’en pensez-vous??
M.B.?: Je ne suis pas au fait du dossier mais il semble avéré qu’un protocole d’accord aurait été signé entre les partenaires financiers du Castellet. Reste une inconnue de poids?: Bernie Ecclestone validera-t-il ce protocole en le signant??

M.H.?: En parlant de circuit urbain, une course dans le New Jersey avec les gratte-ciel de Manhattan en arrière-plan a été évoquée. Le modèle de Monaco n’est-il pas amené à se développer voir à devenir la norme??
M.B.?: Monaco est un modèle qui a été largement copié. Beaucoup essayent mais peu réussissent. Il faut un certain délai pour acquérir les techniques d’installation en ville. Ajoutez à cela, qu’un Grand Prix sans tradition, sans longue histoire rend la tâche difficile à ceux qui doivent commenter ce type de Grand Prix. De fait, c’est ce qui manque à tous ces nouveaux circuits. Pour autant, l’Automobile Club de Monaco se réjouit que des tentatives d’autres circuits en ville soient en cours. Mais il faut reconnaître un cachet particulier en faveur de Monaco. Les images sont belles. Il y a un environnement exceptionnel. On trouve moins cet aspect-là sur les nouveaux circuits en ville.

M.H.?: 8 épreuves sur 20 du calendrier de F1 actuel se disputent en Asie et au Moyen-Orient. Le Qatar veut son Grand Prix. Ne craignez-vous pas que, bientôt, plus de la moitié du calendrier se déroule dans ces zones??
M.B.?: C’est très bien que les pays arabes se mettent à la F1 mais ça sert surtout les intérêts des gouvernements locaux dans leur campagne de promotion à l’international. Je suis favorable à cette ouverture. Il n’y a pas de conflits d’intérêt avec les circuits basés en Asie et au Moyen-Orient. De manière prosaïque, mon rôle est de veiller à ce que l’intérêt pour Monaco ne faiblisse pas et qu’il donne de la Principauté l’image la plus favorable. Vous évoquez la possibilité de voir un grand nombre d’épreuves européennes disparaître. La concurrence est une réalité. Il appartient à chacun d’y faire face et de savoir se mobiliser pour rester incontournable.

M.H.?: Parlons droits télévisés. En France, TF1 n’est pas sûr de resigner pour diffuser la Formule 1 après cette saison. M6 et Canal+ se sont renseignés. Pourquoi cette frilosité??
M.B.?: En 1985, nous avons failli être exclus de la FIA car nous ne voulions pas lui céder les droits télévisés. Nous avions compris avant tout le monde quel volume financier ils représentaient. La Formula One Management l’a parfaitement compris. Elle est exigeante en ce qui concerne le montant des droits pour les chaînes qui veulent diffuser la Formule 1. Si elle ne s’entend pas avec les diffuseurs, il y a deux solutions. Soit ce n’est pas ou peu retransmis, dans ce cas là, on perd de la publicité et de l’argent des deux côtés. Soit les droits redeviennent libres comme avant, solution improbable à laquelle je ne crois pas du tout. Nous, en tant qu’organisateurs, devons donner une image positive du Grand Prix. La FOM, elle, gagne de l’argent tout en fournissant, il faut le reconnaître, un spectacle de très grande qualité.

M.H.?: Il se dit qu’Al Jazeera pourrait faire main basse sur la F1, qu’en pensez-vous??
M.B.?: Tout est possible, mais je n’y crois pas beaucoup. Pour autant, c’est vrai qu’il y a une crise en Europe et il est logique que les diffuseurs européens essayent d’amener la FOM à revoir ses tarifs à la baisse. Pour ce qui concerne Monaco, l’ACM étant lui-même hostbroadcaster, fournit les moyens techniques, camions, moyens vidéo, cars de régie, production, et livre un signal que la FOM redistribue. Nous verrons bien quel serait le business plan des Qataris, si, d’aventure, ils se substituaient aux diffuseurs habituels. Pour nous, nous tenons à conserver la production du Grand Prix ce qui est un gage de la maîtrise de l’image.

M.H.?: Avez-vous, vous-même, déjà regardé le Grand Prix sur une chaîne étrangère??
M.B.?: Il y a 700 heures d’images, cumulées, du Grand Prix de Monaco. Ce serait un peu fatigant de tout regarder. C’est un spectacle qui passionne 500 à 600 millions de téléspectateurs. Quel que soit le commentaire, l’image est belle. L’image qui s’imprime dans la tête du téléspectateur lambda, c’est celle que Monaco est un site remarquable. Le fan, lui pourrait faire l’historiographie de chaque tournant, de chaque difficulté du circuit, de tous les incidents qui, depuis 70 éditions, s’y produisent.

M.H.?: On parle d’une introduction en bourse de la FOM à Singapour. Que doit-on en attendre??
M.B.?: Pour l’instant, je ne sais rien de précis sauf qu’il semblerait que l’ancien Président de Nestlé, Peter Brabeck ait été pressenti pour exercer la présidence de la Société Formula One Management, gestionnaire des droits commerciaux de la F1 et de la promotion du championnat F1. Cette société est détenue à 90 % par le fonds C.V.C. Capital, le reste appartenant à la Société Bambino Trust dont l’actionnaire est l’épouse de Bernie Ecclestone. Ce changement de présidence peut s’expliquer dans la volonté d’afficher un personnage particulièrement crédible en vue d’une possible introduction en bourse et il se murmure qu’elle se ferait à Singapour ou Hong Kong, sachant que la valorisation de la Société Formula One pourrait atteindre plusieurs milliards de dollars.

M.H.?: Quid de l’écologie dans le monde de la Formule 1?? L’organisation d’un Grand Prix vert est-elle à l’étude??
M.B.?: Ce n’est pas tant un Grand Prix vert. C’est davantage un championnat du monde électrique de Formule 1. La FIA est tout à fait en phase avec cette évolution. Il est prévu un championnat du monde électrique de F1, avec un certain nombre d’épreuves pour 2014. Celles-ci devront être organisées hors Grand Prix du Championnat du Monde, c’est-à-dire qu’on ne pourra pas associer leurs dates avec celles des grands prix F1 actuels. Les Formule 1 électriques nécessitent une logistique presque aussi importante que la F1 classique. Il est matériellement impossible, ici à Monaco, de recevoir en même temps l’énorme matériel nécessaire à la F1 et à la Formule 1 électrique. Ce championnat est pour l’instant en projet. Il reste beaucoup à faire.

M.H.?: Un Grand Prix électrique à Monaco, vous seriez preneur??
M.B.?: Si on nous sollicite pour organiser une manche qualificative de ce championnat, nous répondrons présents au rendez-vous. Sur un plan philosophique, nous ne laisserons pas passer l’occasion. Je vous rappelle que nous avons été les premiers en Europe à organiser un Rallye des énergies alternatives. Après, un certain nombre de questions se posent. Avec quels sponsors?? Quelles écuries?? Quels pilotes?? Est-ce que les spectateurs seront au rendez-vous?? Est-ce qu’ils aimeront??

M.H.?: Vous fêtez vos quarante ans de présidence à la tête de l’ACM. Envisagez-vous de quitter « le magasin »??
M.B.?: Un jour, cela ne manquera pas d’arriver. Pour l’instant, avec les membres du conseil d’administration et du comité d’organisation, l’assemblée générale nous a élus pour 5 ans. Je crois que je peux encore rendre des services notamment à travers mon implantation à la Fédération Internationale de l’Automobile et aux relations que j’entretiens avec Bernie Ecclestone et tous les présidents des grands Clubs. Surtout, je crois être toujours en mesure de fédérer et d’aiguillonner « le magasin ». L’avenir n’est jamais certain, ce qui fait que l’Automobile Club reste toujours ouvert. Celui qui, un jour, assumera la présidence devra d’abord être élu et, je le crois, bien implanté. Je n’ai qu’un conseil à donner?: l’Automobile Club est une énorme machine pluridisciplinaire, ce qui implique, que sans une équipe aguerrie et reconnue, il est à craindre que des déconvenues surviennent rapidement. Cela serait avant tout dommageable pour le Club et pour la Principauté.

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