mardi 21 avril 2026
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Les anges gardiens de Monaco, un documentaire inédit sur les commissaires de piste

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Diffusé sur Canal+ le 24 mai 2025 (1), le documentaire Les anges gardiens de Monaco, réalisé par Franck Florino et co-produit par Yann-Antony Noghès, met un coup de projecteur touchant et humain sur ces 707 bénévoles en combinaison orange, qui assurent la sécurité et le bon déroulement des Grands Prix de Monaco.

Quelques notes au piano, un “time lapse” nocturne sur Monaco, qui annonce la levée du jour à vitesse grand V, puis une voix familière : celle de Charles Leclerc. La musique que l’on entend est d’ailleurs la sienne : « Lors de mon dernier tour, j’ai ressenti l’énergie de ces 700 anges gardiens du circuit. Sans eux, je ne pourrais pas vivre ma passion à fond. J’ai voulu raconter leur histoire. » En ouverture des Anges Gardiens de Monaco, le prodige monégasque revient sur sa victoire, enfin conquise à domicile, le 26 mai 2024. Un triomphe personnel, mais pas seulement. Car ce documentaire, réalisé par Franck Florino, [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce dossier spécial — NDLR], écrit et coproduit par le Monégasque Yann-Antony Noghès — petit-fils d’Anthony Noghès, fondateur du Grand Prix — rend hommage à d’autres héros du circuit. Invisibles au grand public, omniprésents sur le bitume : les commissaires de piste. Ces 707 bénévoles en combinaison orange sont les veilleurs du Grand Prix de Monaco, garants de la sécurité sur l’un des tracés les plus périlleux de la saison. Diffusé sur Canal+ le 24 mai 2025, ce documentaire aurait pu être un film, tant les histoires de ces hommes et de ces femmes semblent hors-norme. Il aurait pu, aussi, s’intituler « l’armée orange », car c’est ainsi que l’appellent les initiés. Un corps soudé, discipliné, et intrépide. Eux aussi, ce sont des champions et des championnes. Sur les images, ils courent vers les bolides accidentés, éteignent les débuts d’incendie, remettent en place des monoplaces fumantes, ou évacuent un pilote sonné. Sans eux, pas de course. Sans eux, les pilotes sont aveugles. Et pourtant, tout cela est bénévole. Chaque année, ils sont 707 bénévoles, déployés sur les 21 secteurs du tracé le plus étroit, le plus piégeux et sans doute le plus légendaire du championnat de Formule 1 (F1). Leur mission : sécuriser la course, intervenir en cas d’incident, protéger les pilotes… et parfois, se mettre eux-mêmes en danger. Car, au Grand Prix de Monaco, il n’existe ni vastes bacs à gravier, ni échappatoires : les rails sont à quelques centimètres. Les erreurs coûtent cher, les interventions doivent être immédiates, millimétrées. Mais ça n’a pas toujours été le cas.

Les Anges Gardiens de Monaco Commissaires de piste Franck Florino
© Photo DR

Diffusé sur Canal+ le 24 mai 2025, ce documentaire aurait pu être un film, tant les histoires de ces hommes et de ces femmes semblent hors-norme. Il aurait pu, aussi, s’intituler « l’armée orange », car c’est ainsi que l’appellent les initiés

D’abord, un drame

Tout est parti d’un accident dramatique, survenu à une époque où le sport automobile fauchait encore trop souvent les pilotes, sous les yeux d’un public qui, malheureusement parfois, n’attendait que ça. Mais l’accident mortel du pilote Ferrari Lorenzo Bandini (1935-1967), le 10 mai 1967, par sa violence et par son sinistre spectacle, a provoqué un électrochoc dans le monde du sport automobile. Une monoplace en flammes, un pilote qui succombe à quelques mètres des spectateurs, tout cela en direct… Le prince Albert II, qui avait neuf ans à l’époque, se souvient encore de ce drame, et de toute cette panique qui s’était alors emparée de Monaco. Entre deux images d’archives, il raconte ce choc, face caméra : « Je me souviens des flammes, de la fumée… » Ce jour-là, c’est toute une génération qui comprend que l’improvisation ne suffit plus. Que l’engagement ne doit plus être synonyme de mise en danger car, jusqu’alors, les commissaires n’étaient pas formés. Alors, l’Automobile Club de Monaco (ACM), déjà sous l’impulsion de Michel Boeri, transforme et structure ce qui n’était encore qu’une suite d’initiatives bénévoles. Des stages sont mis en place, un uniforme officiel est créé en 1975 — la célèbre combinaison orange — et une philosophie rigoureuse s’installe. Cinquante ans plus tard, leur réputation est intacte : les commissaires monégasques sont reconnus comme les meilleurs du monde, dans le petit monde du sport auto. Depuis, le recrutement est drastique : 487 candidatures pour 40 places, chaque année. Deux jours de tests techniques et psychologiques, durant lesquels les candidats doivent prouver leur sang-froid, leur esprit d’équipe, leur réactivité. Depuis 2024, une monoplace d’entraînement a même été créée par Jean-Luc Filippi, alias le Doc, le « professeur fou » de l’ACM, pour simuler toutes les situations stressantes : perte de contrôle, fumée, fuite d’huile, ou aileron arraché. Cet outil a été développé pour surprendre et tester le commando d’intervention, dans des conditions les plus réalistes possibles. Car, c’est bien connu, le Grand Prix de Monaco ne pardonne rien : c’est le plus complexe au monde, sans échappatoires, où la moindre erreur de freinage se paie. L’objectif est donc de surprendre les équipes, tester leur agilité face à l’inconnu. Une rigueur militaire, pour un engagement civil.

Les Anges Gardiens de Monaco Commissaires de piste
© Photo DR

L’accident mortel du pilote Ferrari Lorenzo Bandini, le 10 mai 1967, par sa violence et par son sinistre spectacle, a provoqué un électrochoc dans le monde du sport automobile. Une monoplace en flammes, un pilote qui succombe à quelques mètres des spectateurs, tout cela en direct… Le prince Albert II, qui avait neuf ans à l’époque, se souvient encore de ce drame

Les Anges Gardiens de Monaco Commissaires de piste
© Photo DR

Un rêve exigeant

Ce documentaire met aussi en lumière l’exigence de la sélection. Chaque année, il n’y a que 40 places à prendre. Deux jours de stage, pour évaluer les réflexes, la capacité à garder son sang-froid, et à faire équipe. Le réalisateur, Franck Florino, a donc suivi ces commissaires de course tout au long d’une rare immersion pour la télévision. Déjà auteur en 2019 d’un premier documentaire sur les 90 ans du Grand Prix de Monaco, il connaît bien la principauté, et cela se ressent, car on voit bien que ces passionnés en tenue orange lui font confiance. Pendant près d’un mois, caméra à l’épaule, souvent seul, Franck Florino a vécu, à leur rythme, partagé leurs nuits de veille, leurs émotions contenues, leurs gestes précis. « Ils m’ont ouvert leur monde, dit-il. Je n’étais pas certain qu’ils m’accepteraient, mais une confiance s’est installée. J’ai vécu leurs émotions de l’intérieur. » Une intimité documentaire, rendue possible par la légèreté du dispositif de tournage : un boîtier hybride, des focales fixes pour conserver une profondeur de champ naturelle, et un stabilisateur, pour ne jamais interrompre le mouvement. L’image est vive, cinématographique sans être sophistiquée. Elle colle à la tension du réel. Avec lui, le spectateur suit deux aspirants commissaires : Ugo Fabri, 18 ans lors du tournage, qui rêve de suivre les pas de son père et de son grand-père, eux aussi porteurs de la combinaison orange, et Laura Koehler, 20 ans, tombée dans la marmite de la F1 après une enfance passée à visionner les Grands Prix à la télé avec son grand-père. Tout au long du documentaire, elle trace sa route dans un monde plus masculin que féminin, à sa façon. Son parcours, suivi sans fard, incarne cette nouvelle génération de passionnés, parfois issus de familles de commissaires, comme les Fabri, dont l’engagement se transmet comme un flambeau.

Le recrutement est drastique : 487 candidatures pour 40 places, chaque année. Deux jours de tests techniques et psychologiques, durant lesquels les candidats doivent prouver leur sang-froid, leur esprit d’équipe, leur réactivité

Un dévouement

Les anges-gardiens de Monaco plonge le spectateur dans la rigueur, la discipline, et le dévouement physique de ces bénévoles. Il donne aussi la parole à ceux qui ont failli ne jamais revenir. Des commissaires blessés, percutés, qui parfois repartent au combat dès le lendemain. L’un d’eux confie : « Le soir, ce n’est pas garanti qu’on rentre ». Car chaque virage peut être fatal, chaque intervention un risque. Des images de commissaires renversés, frôlés, choquent, comme cette vidéo d’archive où l’on aperçoit une commissaire de piste se faire littéralement rouler sur le crâne au démarrage d’une monoplace. Mais, aussi surprenant que cela puisse paraître, toutes et tous reviennent. « Restez concentrés, n’oubliez pas que vous avez des familles », leur rappelle la voix du formateur avant chaque course. Leur devise : « Oser et servir ». Et puis, il y a cette phrase, prononcée par Julien Fébreau, voix de la F1 sur Canal+ [à ce sujet, lire son interview publiée dans ce dossier spécial — NDLR] : « La philosophie des commissaires, c’est peut-être celle qu’on devrait avoir dans la vie. » Au-delà de la F1, ces bénévoles officient aussi lors des rallyes — comme le Monte-Carlo, avec ses pièges glacés — ou lors du Grand Prix historique, jugé encore plus complexe, car moins prévisible. Sébastien Ogier, multiple champion du monde de rallye, confie y avoir été commissaire lui-même, avant d’être pilote. La boucle est bouclée. Le tournage s’est même offert un moment de grâce, lorsque les 707 commissaires ont été réunis pour une photo collective, sur la piste. Une image rare, rendue possible grâce à l’accord du palais princier, et captée à 6 heures du matin, drone en vol. Un hommage visuel fort, comme un salut adressé à ceux sans qui cette course ne pourrait avoir lieu. La bande-son ponctue ce récit avec pudeur. Et, dans la bouche du président Boeri, une phrase résonne comme une morale : « Il y a quand même des braves types sur Terre. »

1) Les Anges Gardiens de Monaco, un film de Franck Florino, écrit et coproduit par Yann-Antony Noghès. Narration et musique : Charles Leclerc. Avec les témoignages du prince Albert II, des commissaires de l’automobile club de Monaco (ACM), de Julien Fébreau, de Sébastien Ogier, et de nombreuses figures du paddock. Diffusion : sur Canal+, le 24 mai 2025. Durée : 60 minutes.

Pour lire la suite de notre dossier sur le Grand Prix de Monaco 2025, cliquez ici

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