Quarante-huit heures avant d’entamer les premiers essais sur ses terres, Charles Leclerc s’est livré à la presse à l’ACM Lounge. Après sa belle victoire à Monaco la saison dernière, le pilote Ferrari veut récidiver, malgré les difficultés de son écurie depuis le début de saison.
On vous a vu récemment vu dans le dernier documentaire de Canal+, Les Anges Gardiens de Monaco [à ce sujet, lire notre article Les Anges gardiens de Monaco, un documentaire inédit sur les commissaires de piste, publié dans Monaco Hebdo n°1 377 — NDLR]. On a senti un vrai attachement de votre part envers les commissaires de piste : c’est vraiment les « meilleurs du monde », comme vous le dites dans le documentaire ?
Ah oui, clairement, ça se voit. On a les statistiques, pour voir à quel point les voitures sont récupérées rapidement. Je le dis toujours mais, sans eux, rien de tout cela ne serait possible : ils sont exceptionnels, ils bossent beaucoup. J’ai vu les préparations nécessaires pour qu’ils en arrivent à ce niveau. Je ne pense pas qu’il y ait d’autres commissaires, sur les autres circuits, qui soient autant préparés que ceux de Monaco, et ça fait la différence. Ce qu’ils font, c’est top.
Vous arrivez à Monaco avec 61 points au compteur, et un seul podium à Djeddah : quel premier bilan dressez-vous de votre début de saison ?
Clairement il est mauvais, nous ne sommes pas du tout satisfait de ce niveau de prestation de la voiture. On a terminé l’an dernier en se battant pour le titre de meilleur constructeur. On avait l’envie de le décrocher cette année, mais on a assez rapidement compris que, malheureusement, la voiture n’est pas au rendez-vous [à ce sujet, lire notre article Grand Prix de Monaco : face à Oscar Piastri et Max Verstappen, que peut espérer Charles Leclerc ?, publié dans Monaco Hebdo n°1 377 – NDLR]. Ça ne nous a pas démotivé cependant, et on est a fond pour récupérer la performance que l’on a perdue, comparé à McLaren et Red Bull notamment. Mercedes est revenu. Ils sont un peu plus constants. Mais c’est notre devoir d’améliorer cette voiture, de revenir au top, et se battre pour des victoires. On sait quoi améliorer, mais c’est une question de temps pour y parvenir et faire un pas en avant.

Au vu de ce premier bilan, vous vous autorisez à visualiser le podium à Monaco, ou pas ?
Si je dois visualiser quelque chose, c’est surtout la victoire, car le podium, en lui-même, ne me fait pas rêver. Mais il faut aussi parfois être réaliste. On n’a pas forcément la voiture aujourd’hui, surtout dans les virages lent, et à Monaco il n’y a que ça. Donc, ça va être un week-end compliqué, Mais aussi tellement particulier et unique… On peut espérer qu’il y a quelque chose dans la voiture qu’on n’a pas encore découvert et qui se montrera positif. Je l’espère vraiment car, bien que les points de dimanche soient les mêmes que les autres courses, Monaco a quelque chose de plus, en termes d’émotions.
« Si je dois visualiser quelque chose, c’est surtout la victoire, car le podium, en lui-même, ne me fait pas rêver. Mais il faut aussi parfois être réaliste. On n’a pas forcément la voiture aujourd’hui, surtout dans les virages lent, et à Monaco il n’y a que ça »
Ce week-end marque votre septième Grand Prix de Monaco en F1, mais ce sera votre premier en tant que tenant du trophée : ça change quoi pour vous ?
Il n’y a aucune pression particulière ou forme de soulagement. Je dirais que le point positif, c’est surtout le “media day“ de demain. Il sera peut-être un petit peu plus positif, car avant, malheureusement, on parlait des années précédentes qui n’aboutissaient pas. On était si proche du but, mais on n’a jamais réussi à concrétiser. Je m’attends donc à un jeudi plus positif. Après, de mon côté, je me concentre toujours sur les mêmes choses. C’est un week-end qui est très spécial, parce qu’il y a beaucoup de sollicitations tout au long de la semaine. Mais bon, maintenant, j’ai l’habitude. J’ai juste hâte d’être en piste. Mais c’est malheureusement une piste qui met en avant les défauts de la voiture. Donc, sur le papier, ça va être un circuit compliqué. Mais avec Monaco, on ne sait jamais. J’espère reproduire le même résultat.
Des images fortes vous reviennent spontanément à l’esprit quand vous repensez à la victoire de 2024 ?
Des images fortes, il y en a beaucoup… Quand on saute dans le port avec Fred [Vasseur – NDLR], on en parlait depuis pas mal d’année. Pas de pression particulière, ni de soulagement. Avant, on me parlait peut-être plus en “media day“ de tout ce qui était un peu contre nous en course. Mais je me concentre toujours sur les mêmes choses. C’est un week-end qui est très spécial, il y a beaucoup de sollicitations. J’ai hâte d’être en piste, même si c’est une piste qui met en avant nos défauts et ceux de la voiture. Sur le papier ce sera un Grand Prix compliqué, mais avec Monaco on ne sait jamais. Donc j’espère reproduire le même résultat que l’année dernière.
« On peut espérer qu’il y a quelque chose dans la voiture qu’on n’a pas encore découvert et qui se montrera positif. Je l’espère vraiment car, bien que les points de dimanche soient les mêmes que les autres courses, Monaco a quelque chose de plus, en termes d’émotions »

Après votre succès l’an dernier, Frédéric Vasseur a dit : « On aura un Charles avant et après ce Grand Prix de Monaco » : en quoi ce succès, tant désiré, a changé le pilote que vous êtes ?
Je ne sais pas si je suis d’accord avec Fred. C’est sûr que ça donne une certaine confiance de gagner à Monaco. Ce n’est pas gagner n’importe quel Grand Prix. C’est vrai qu’à Monaco, où le pilote peut faire la différence, concrétiser le dimanche après pas mal d’opportunités manquées les années précédentes, ça faisait vraiment plaisir. J’étais vraiment heureux. Quelque part, on peut aussi tourner la page, parce que, comme je disais, on arrivait le jeudi et les commentaires étaient plutôt négatifs. Ce n’était pas facile de se mettre dans sa bulle pour se concentrer. Je pense que là où il y a vraiment eu le déclic, c’est après la première course gagnée en Formule 1 (F1). C’est un gros déclic pour chaque pilote, parce qu’on se dit : « Enfin, si je l’ai fait une fois, je peux le refaire ». Alors qu’avant, on doute de soi, et on se dit : « Est-ce que je suis vraiment capable de gagner une course en F1 ? ». Une fois la première course gagnée, après, c’est que du bonheur.
Le début de saison n’a pas été à la hauteur de vos espérances : compte tenu de votre position actuelle au championnat constructeur et pilote, que pouvez-vous espérer pour la suite et à quoi pourrait ressembler une belle saison 2025 ?
Je n’y ai pas trop pensé, parce que c’est tout simplement impossible pour moi de dire qu’une belle saison, ce serait de finir quatrième, troisième… Pour moi, ça, ce n’est pas une belle saison. Mais j’y crois encore. Très sincèrement, j’y croirais jusqu’à la fin. Comme on l’a vu l’année dernière, on avait une Red Bull qui était ultra-dominatrice dans les sept premières courses et après, une McLaren qui est revenue en force. J’espère qu’on pourra avoir ce genre de retournement de situation à partir de Barcelone. En Espagne, il va y avoir un changement au niveau de la réglementation technique des ailerons avant, et on a pas mal bossé sur ça. On pense que ça devrait être plutôt positif pour nous. Par contre, à quel point, on ne sait pas encore. Il faut donc marquer tous les points possibles jusqu’à Barcelone. Et ensuite, on verra.
Vous avez signé trois pole positions à Monaco en quatre ans : comment expliquez-vous cette aisance sur ce circuit et cette facilité sur un tour chrono ?
J’adore les circuits en ville. Ça ne tient pas seulement à Monaco, mais à Bakou et à Singapour aussi. Ce sont des circuits que j’aime particulièrement et quand il y a des rails, c’est là où on peut prendre un petit peu plus de risques. Et souvent, ça paye. Si ça ne paye pas, c’est dans le mur. C’est un challenge que j’aime particulièrement, parce que sur les qualifications on peut vraiment faire la différence en tant que pilote. Et j’espère la faire cette année encore.
« J’adore les circuits en ville. Ça ne tient pas seulement à Monaco, mais à Bakou et à Singapour aussi. […] Quand il y a des rails, c’est là où on peut prendre un petit peu plus de risques. Et souvent, ça paye. Si ça ne paye pas, c’est dans le mur »
Pour la première fois de l’histoire du Grand Prix, il y aura deux arrêts au stand obligatoires cette année : c’est une bonne solution pour dynamiser le spectacle à Monaco ?
Oui, c’est la première année où il y aura deux “pit stops“ obligatoires. Ça a été voté en début d’année [2025, et c’est une première dans l’histoire de la F1 – NDLR]. Je pense que ce sera assez intéressant. Ça va ajouter un moment clé à la course. Je pense qu’on va avoir des stratégies vraiment uniques à Monaco, qu’on ne voit nulle part ailleurs. Jusqu’à présent, c’était surtout le samedi qui était extrêmement important. Pour moi, c’est d’ailleurs la meilleure qualification de l’année, et de loin, parce que l’adrénaline et la précision qu’il faut dans les rues de Monaco sont uniques et liées à ce circuit-là. Le dimanche, c’était plus difficile d’obtenir de l’action en piste. Le fait d’avoir deux “pit stops“, j’espère que ça pourra aider la course.

L’arrivée de Lewis Hamilton semble avoir provoqué un grand mouvement chez Ferrari : cela a changé quelque chose pour vous en interne, avec moins de pression sur les épaules ou beaucoup plus, au contraire ?
Sincèrement, ça ne change absolument rien pour moi. C’est sûr que c’est une énorme opportunité pour moi d’apprendre, parce qu’il fait partie des légendes de la F1. Mais c’est aussi une opportunité de pouvoir montrer ce que je sais faire avec Lewis à côté, sur la même voiture. Donc ça a principalement été une grande motivation. Après, du côté de la sollicitation et de l’engouement autour de Lewis et de Ferrari, ce n’est pas quelque chose qui me dérange particulièrement. J’ai fait mon “training camp“ dans les Dolomites, sans réseau, donc ce n’est pas quelque chose que j’ai trop regardé. Je n’y prête pas vraiment attention.
Quel genre de coéquipier est Lewis Hamilton, et qu’avez-vous appris à ses côtés ?
La discipline et la manière de travailler. La façon de travailler est différente pour chacun d’entre nous. Carlos était un gros travailleur aussi, mais Lewis l’est d’une manière encore différente, et c’est super intéressant de voir les dynamiques au sein de l’équipe, comment est-ce qu’il gère les problèmes, comment il commente la voiture pour le développement… C’est toujours intéressant pour chaque pilote de pouvoir analyser la manière dont le coéquipier travaille avec ses ingénieurs. Il est extrêmement talentueux. Il a une conduite très intéressante, que je peux moi-même utiliser à certains moments de la course, quand c’est bon de le faire. Mais, finalement, on conduit d’une manière assez similaire : on pousse tous les deux dans les entrées de virages. C’est quelque chose que je n’avais pas forcément vu dans ma carrière avant, parce que j’ai toujours été extrêmement agressif en entrées, et il l’est aussi. Je pense que c’est plutôt positif aussi pour l’écurie, parce que nous avons une vraie direction vers laquelle nous poussons tous les deux.
« La première année, quand je suis arrivé en F1, j’étais plutôt tranquille. Puis, il y a eu les débuts de Drive To Survive (2019) sur Netflix. Ça a fait un peu exploser la F1. Pas spécifiquement à Monaco, mais partout dans le monde, surtout aux États-Unis, et pour un public bien plus jeune aussi. Je trouve qu’avant, la nouvelle génération n’était pas super intéressée par la F1 »

Depuis vos débuts en F1, vous avez constaté des changements à Monaco, notamment en termes de popularité ?
C’est clair, oui. La première année, quand je suis arrivé en F1, j’étais plutôt tranquille. Puis, il y a eu les débuts de Drive To Survive (2019) sur Netflix. Ça a fait un peu exploser la F1. Pas spécifiquement à Monaco, mais partout dans le monde, surtout aux États-Unis, et pour un public bien plus jeune aussi. Je trouve qu’avant, la nouvelle génération n’était pas super intéressée par la F1. Depuis cette série, on ressent vraiment une grande différence. C’est sûr que se promener à Monaco aujourd’hui, c’est un petit peu plus compliqué, mais ça reste l’un des endroits dans le monde où je suis le plus tranquille. Donc, ça fait toujours du bien de rentrer à la maison. Après, il y a des moments plus difficiles. Ce week-end, par exemple, ça va être très compliqué. Il y a bien sûr plus de sollicitations, mais ça fait partie du boulot.
Étant la maison, vous avez un rituel, une organisation particulière avant la course du dimanche ?
Les premières années, je faisais peut-être un petit peu plus de simulateur, par exemple. Mais, ces dernières années, c’est tout simplement impossible, parce que ça commence du lundi matin jusqu’au dimanche et c’est non-stop. Donc ma préparation, c’est tout simplement les événements après événement, après événement, après événement. Mais, en tout cas, ça m’aide à ne pas trop réfléchir au week-end. J’ai pas mal de “meetings“ aussi, ce qui m’aide pour me focaliser sur les choses importantes. Mais sinon, je n’ai pas beaucoup de temps libre, donc je n’ai pas vraiment de préparation spécifique ici, à Monaco.
« Ma préparation, c’est tout simplement les événements après événement, après événement, après événement. Mais, en tout cas, ça m’aide à ne pas trop réfléchir au week-end. J’ai pas mal de “meetings“ aussi, ce qui m’aide pour me focaliser sur les choses importantes. Mais sinon, je n’ai pas beaucoup de temps libre, donc je n’ai pas vraiment de préparation spécifique ici, à Monaco »



