vendredi 17 avril 2026
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“La Grèce s’en sortira”

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Après une conférence à la Fondation Monaco Méditerranée, Jean-Claude Trichet, patron de la Banque centrale européenne de 2003 à 2011, est revenu pour Monaco Hebdo sur les leçons à tirer de la crise économique mondiale.

Propos recueillis par Romain Massa.

Monaco Hebdo : A la BCE, vous vous vous êtes fait un point d’honneur à ne pas voir la Grèce partir en défaut de paiement. Les plans d’aide de l’Union européenne ont été conséquents. Comment jugez-vous la situation du pays aujourd’hui ?
Jean-Claude Trichet : La Grèce avait deux moyens de sortir de la crise. Soit par ses propres moyens, sans l’aide de l’UE, ce qui aurait engendré une situation chaotique. Il faut se souvenir qu’à l’époque l’ensemble des pays du monde entier ne voulait plus suivre la Grèce dans sa chute. Soit en bénéficiant du soutien de la communauté européenne. Ils ont choisi cette solution et cela leur a permis de relever la tête de la manière la plus ordonnée possible. Le pays a déjà consenti d’importants efforts et si ceux-ci se poursuivent, nul doute qu’à terme, la Grèce s’en sortira.

M.H. : Vous avez aussi déclaré récemment que l’Espagne était plus compétitive que la France et l’Italie, mais à quel prix ? Le pays connaît 26 % de chômage et les baisses de salaire sont vertigineuses.
J-C.T. : L’Espagne faisait partie des cinq pays les plus vulnérables touchés par la crise avec la Grèce, l’Irlande, l’Italie et le Portugal. Pour parvenir à se sortir de cette torpeur, il était nécessaire pour le pays de prendre des mesures d’ampleur. Nous vivons la crise la plus importante depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Ce genre de période impose des initiatives drastiques. Alors évidemment, le coût social est élevé mais à terme, l’économie espagnole repartira et on enregistre les premiers signes positifs.

M.H. : Faut-il un Glass Steagall Act* du XXIème siècle ?
J-C.T. : L’explosion de la crise a montré la vulnérabilité du système financier mondial et des dérives bancaires. La question s’est évidemment posée, et les experts se sont penchés sur le sujet. Leurs avis convergent tous dans le même sens : il faut parvenir à une séparation des activités bancaires. Mais où doit-on situer la limite ? C’est très périlleux de définir ce qui est commercial et ce qui ne l’est pas. Quand j’étais président de la BCE, je n’ai jamais considéré ce thème-là comme une priorité.

* Loi de 1933 aux Etats-Unis, abrogée en 1999. Elle faisait la séparation des banques commerciales et des banques d’investissement.

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