Extension en mer, Union européenne, CHPG… Le ministre d’Etat, Serge Telle, a balayé l’actualité lors d’une conférence de presse le 9 septembre.
Un peu moins d’une dizaine de journalistes. Et pour leur faire face, le ministre d’Etat, Serge Telle, seulement accompagné de Robert Colle, le secrétaire général du gouvernement. En une petite heure, le ministre d’Etat a accepté de se plier à l’exercice du « question-réponse » sur les sujets du moment.
Budget
Les discussions entre le gouvernement et les élus du Conseil national autour du budget rectificatif 2016 ont commencé. Et selon Serge Telle, il n’y a pas grand chose à en dire, seulement quelques « ajustements » sur quelques lignes budgétaires. Notamment quelques emplois supplémentaires pour travailler sur le dossier des négociations avec l’Union européenne (UE) ou la réorganisation de la communication, qui ont eu un impact budgétaire. Autre changement : les fonds qui étaient alloués à la communication institutionnelle ont été réorientés vers des conventions de soutien signées avec l’AS Monaco et l’AS Monaco Basket. Objectif : « Utiliser ces incroyables exploits de nos sportifs pour parler de Monaco et dépasser largement les frontières de la Principauté », a souligné Serge Telle. Des points qui ont déjà été validés en séance privée avec le Conseil national.
CHPG
Au centre hospitalier Princesse Grace (CHPG), c’est le départ contesté d’un chef de service adjoint qui fait des vagues. Le recrutement du docteur Hervé Baumert comme chef du service d’urologie serait à l’origine d’un désaccord avec le chef de service adjoint, le docteur Jean-Claude Ortega. Salarié depuis 2000 en Principauté, le docteur Ortega serait poussé au départ, alors que l’avenir du docteur Baumert semble encore flou. « Je n’ai pas envie de commenter des décisions du management, a indiqué Serge Telle. Mais en tant qu’autorité de tutelle, la décision qui a été prise sera appliquée. Il faut bien évidemment que cela se passe dans les meilleures conditions. Il n’y a dans cette décision aucune atteinte aux compétences ou à la probité de la personne concernée », a souligné le ministre d’Etat. Une pétition de soutien au docteur Ortega a été lancée avec succès. « Je comprends les manifestations de soutien dont le médecin en question a été l’objet. On fera en sorte que ce dossier soit le plus apaisé possible. Mais il n’y a pas d’emploi à vie à l’hôpital. »

Télétravail
Depuis le 1er septembre, le télétravail est devenu une réalité en Principauté (lire notre dossier publié dans Monaco Hebdo n° 983). Les premières demandes de télétravail sont parvenues à l’Etat. Parmi les entreprises concernées, il y a Monaco Telecom. L’entreprise dirigée par Xavier Niel a décidé d’activer ce mode de travail pour 50 salariés sur un total de 220. « 20 % des salariés qui télétravaillent, c’est tout à fait remarquable, a apprécié le ministre d’Etat. Je ne dis pas que cela va régler les problèmes de circulation, mais ça y contribue. Ajoutez à cela le tunnel descendant qui absorbe 4 000 à 5 000 voitures par jour et des parkings de rétention, on espère retrouver un peu de mobilité en Principauté. » Robert Colle, le secrétaire général du gouvernement, a rappelé qu’à l’époque, les élus du Conseil national avaient voté contre la ligne budgétaire concernant ce tunnel à 100 millions d’euros : « Les élus avaient regretté que l’amendement budgétaire n’existe pas car cela leur aurait permis de mettre fin à ce projet de tunnel. Aujourd’hui, je laisse à chacun la pertinence de juger de l’utilité de ce tunnel. Le gouvernement agit sur le long terme. Et le gouvernement était persuadé de la pertinence de cet équipement grâce à des études claires et précises. » Le télétravail sera aussi bientôt possible pour les salariés du service public. Le gouvernement travaille à l’heure actuelle sur un texte de loi sur ce sujet.
UE
Les négociations entre la Principauté et l’Union européenne (UE) se poursuivent. « Les Anglais ont reporté à début 2017 leur sortie de l’UE, car ils n’ont toujours pas activé l’article 50. Mais cela n’a aucun impact pour Monaco. L’horizon pour Monaco est toujours européen, mais à nos conditions », a indiqué Serge Telle. La prochaine séance de travail pour l’équipe de négociateurs monégasques est prévue du 20 au 24 septembre. À leur retour, un point sera fait sur le dossier de la libre circulation des marchandises, mais aussi sur la transposition de l’acquis communautaire, c’est-à-dire les documents qui seront annexés avec l’accord d’association entre Monaco et l’UE. Mais tout ne sera évidemment pas transposable. « En Principauté, il n’y a pas d’agriculture, ça n’aurait donc pas beaucoup de sens de reprendre la politique agricole commune (PAC) », a expliqué le ministre d’Etat.
Extension en mer
Le chantier de l’extension en mer sera-t-il vraiment écolo ? « Sur l’impact environnemental, les engagements sont tenus », a promis Serge Telle, en rappelant qu’il avait été demandé au promoteur de cet énorme chantier à 2 milliards d’euros de minimiser le plus possible les risques écologiques. « D’ailleurs, une partie des délais est dûe aux précautions prises par Bouygues Travaux Publics pour réaliser ces travaux dans une démarche environnementale, la faune et la flore marines seront préservées », a assuré le ministre d’Etat à propos de ce projet qui devrait nécessiter 10 ans de travaux. L’Etat monégasque dispose d’une petite cellule d’experts au sein du département de l’environnement et des travaux publics, avec à sa tête Jean-Luc Nguyen. « Il a la responsabilité de vérifier que les engagements pris seront tenus. Parce que c’est bien de faire confiance, mais contrôler, c’est mieux », a lancé Serge Telle. « On a des partenaires de qualité, mais il ne s’agit pas de leur faire une confiance aveugle », a renchéri Robert Colle.
Aéroport de Nice
Les négociations sont toujours en cours pour l’entrée de la Principauté dans le capital de l’aéroport de Nice, dont 60 % des parts de l’Etat français ont été vendues au consortium franco-italien Azzura, qui regroupe l’entreprise italienne Atlantia et EDF Invest, la structure d’investissements créée en 2013 par EDF. Atlantia est un groupe contrôlé par la famille Benetton qui construit et gère la plupart des autoroutes en Italie et qui est aussi propriétaire de l’aéroport de Rome-Fiumicino. Les autres actionnaires sont la chambre de commerce et d’industrie de Nice-Côte d’Azur (25 %), la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur (5 %), le département des Alpes-Maritimes (5 %) et la Métropole Nice Côte d’Azur (5 %). Le département a décidé de vendre 4 % de ses parts, ce qui a donc permis à Azzura de finalement racheter 64 % de l’aéroport de Nice. « On a proposé à Azzura de racheter une partie du capital de cet aéroport pour un montant qui n’est pas tout à fait stabilisé, a expliqué Serge Telle. Ce qui nous intéresse, c’est le placement financier. Car nous financerons cette opération grâce au fonds de réserve constitutionnel (FRC), du coup nous attendons un retour sur investissement. » Mais la Principauté vise aussi une place dans la gouvernance de cet aéroport. « Monaco pèse 12 % du trafic passagers d’affaires et 25 % des recettes. La clientèle touristique qui vient chez nous utilise prioritairement l’aéroport de Nice. »
Grimaldi Forum
Pendant les travaux pour la construction de l’extension en mer, les nuisances feront baisser les tarifs des séminaires qui se dérouleront au Grimaldi Forum. Impossible de faire autrement a expliqué en substance Serge Telle : « C’est une grosse contrainte qu’ils devront gérer. On a fait des réunions à trois avec le groupement en charge des travaux pour en discuter. » Mais il ne devrait pas y avoir d’impact sur l’emploi. « L’extension en mer est une chance pour le Grimaldi Forum, qui va obtenir des m2 supplémentaires qui lui permettront de devenir un concurrent direct de Barcelone par exemple », a lancé Robert Colle.
Tourisme
Le gouvernement n’a pas les chiffres de fréquentation du mois d’août, mais un « ralentissement » a été constaté. La faute bien sûr à l’attentat de Nice, le 14 juillet dernier, qui a durablement marqué les esprits, que ce soit en France ou à l’international. « On ressent une certaine retenue, a admis Serge Telle. Donc les chiffres de 2014, qui étaient exceptionnels, n’ont pas été atteints. On fera un bilan lorsqu’on aura tous les chiffres de cet été. Mais il y aura eu un impact. L’impression première, c’est que nous avons été beaucoup moins impactés que la France. Mais ce n’est qu’une impression. Nous sommes à la fois différents et totalement imbriqués dans cet ensemble. » Dans un contexte international très tendu à cause de la menace terroriste, le gouvernement s’est félicité d’avoir récemment voté un texte de loi sur la sécurité intérieure. « Malheureusement, on va vivre avec une forme d’insécurité, même si la Principauté n’est pas menacée. La Principauté se prépare à ces années difficiles qu’il va falloir passer en termes de sécurité », a ajouté Serge Telle.
Usine d’incinération
Où en est le dossier concernant la future usine d’incinération ? « On avance vers une décision définitive », a commenté le ministre d’Etat, refusant d’en dire plus « car je dois d’abord en parler avec les élus du Conseil national fin septembre, puis faire valider l’ensemble des dispositions prises par le Prince Albert ». Avant d’ajouter : « On continuera d’avoir un traitement des déchets en Principauté. De l’incinération aussi, probablement. »
Remaniement
Pour couper court, une fois encore, aux rumeurs concernant d’éventuels changements au sein de son gouvernement, le discours a été assez direct. « Mon équipe est stable. Je suis très satisfait de la façon dont on travaille et des gens avec qui je travaille. Il n’y a pas de projet de remaniement, jusqu’à ce qu’il y ait des projets. Ce n’est pas moi qui décide. Mais il n’y a pas de raison, pas d’intérêt particulier à modifier la composition du gouvernement. Je n’ai pas de demande dans ce domaine », a répondu le ministre d’Etat, Serge Telle.
Ida
Le projet de remembrement du quartier Plati, appelé Très Grand Ida, suit son cours (voir notre article dans ce numéro). « On espère pouvoir disposer début 2017 des études réalisées par les quatre groupements qui travaillent sur ce dossier, a précisé Robert Colle. Il y a aura ensuite une première sélection et un échange avec le Conseil national pour trouver la meilleure solution. » Et s’il faut, en dernière limite, procéder à des expropriations, le gouvernement a confirmé qu’il le ferait, en plein accord avec le Conseil national.
Burkinis
« Je n’ai pas de commentaire à faire. C’est une question complexe et idéologisée pour la France. Mais oui, il y a eu des burkinis sur les plages monégasques cet été », a indiqué Serge Telle qui a aussitôt cité les Lettres persanes (1721) de Montesquieu (1689-1755) et la fameuse lettre intitulée Comment peut-on être Persan ? « C’est ce que m’inspire cette affaire du burkini. Ce texte est toujours d’actualité. Qu’est-ce que c’est que l’autre ? Il y a l’autre qui est différent, car il ne parle pas français. Et il y a l’autre, qui est étonnant mais qui m’enrichit, qui m’altère, au sens premier du terme », a ajouté le ministre d’Etat.
Port de Vintimille
Le rachat du port de Vintimille n’est pas « complètement signé », a lancé Serge Telle, tout en réaffirmant l’intérêt du gouvernement pour ce projet (lire notre dossier publié dans Monaco Hebdo n° 975) : « On a besoin de ces places. On est en cours de négociation. On doit rencontrer les autorités italiennes pour prendre toutes les garanties pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles. Mais il n’y a pas d’urgence et pas de calendrier précis pour le moment. »



