Plusieurs annonces importantes ont été faites le 31 mars 2020 en milieu d’après-midi par le gouvernement, sur plusieurs volets : économiques, sociaux et urbains.
Des chantiers vont reprendre, les aides aux salariés se mettent en place, et le chiffrage des pertes et du manque à gagner, a débuté.
Coût économique de la crise
Jean Castellini, conseiller-ministre aux finances et à l’économie a donné un premier chiffrage du coût économique que représente la crise liée à l’épidémie de coronavirus. «Aujourd’hui, nous avons estimé les dépenses supplémentaires sur le trimestre qui vient à pas loin de 290 millions d’euros. En parallèle, nous devons nous attendre également à assumer des recettes en moins. En 2009, lorsque nous avons subi avec un peu de retard les effets de la crise financière de 2008, les recettes de l’État avaient connues un recul de 150 millions d’euros. A ce jour, en prenant des hypothèses raisonnables, nous sommes à un niveau comparable, avec sans doute, un manque à gagner de l’ordre de 180 millions d’euros. Ce montant est significatif et parfaitement supportable au vu des montants mis de côté et investi au niveau du Fonds de réserve constitutionnel. Toutefois, cela ne doit pas nous exonérer d’un certain nombre de mesures et qui concernent les plus fragiles, les travailleurs indépendants, les bas salaires et les petites entreprises. Le tissu économique monégasque c’est essentiellement le toutes petites entreprises, et pour lesquelles l’essentiel de l’urgence réside dans la prise en compte des salaires et loyers aujourd’hui. »

Loyers d’entreprises
L’annonce pour les entreprises logées dans le parc domanial avait déjà été faite. Pour le deuxième trimestre 2020, celles-ci seront exonérées des loyers dus. Concernant le privé, la question sera vraisemblablement tranchée d’ici la fin de la semaine. Le gouvernement finalise un accord avec les personnes concernées. «Nous sommes en train, avec les représentants de la chambre immobilière monégasque, de trouver des solutions de report ou de suspension des loyers pour les locataires du secteur privé. Certains ont déjà annoncés des mesures qui vont dans le sens souhaité et je les en remercie car il s’agit d’un effort national que nous devons tous partager. Avec les autres, nous sommes en train de finaliser une position annoncée dans les prochains jours », a assuré Jean Castellini.
Réouverture de chantiers publics
Deux chantiers publics de première nécessité vont rouvrir. Celui du Larvotto, dont la livraison était prévue pour juin 2021. Mais les services de l’État estiment qu’à la fin du confinement il sera d’importance capitale que l’accès à la plage du Larvotto puisse se faire. Dès lors, il faut reprendre le chantier pour permettre a minima l’accessibilité totale à celle-ci. Bien entendu, des mesures drastiques et maximales de sécurité sanitaires seront prises pour les ouvriers afin qu’ils puissent travailler sereinement. Marie-Pierre Gramaglia, conseillère-ministre à l’équipement, l’environnement et l’urbanisme s’explique : « Dans une volonté de préparer l’après pandémie, avec l’accord du souverain, le gouvernement princier a décidé de rouvrir un chantier d’importance pour les Monégasques, le chantier du Larvotto. On pense que c’est très important que tous les Monégasques, tous les résidents puissent, au sortir de cette crise, avec un confinement très anxiogène, profiter de l’espace balnéaire du Larvotto. Si on ne continue pas les travaux dès à présent, on ne pourra pas libérer toute la plage pour juin 2020, puisqu’une partie de cette plage est actuellement occupée par des engins de chantier très importants. » Celui de la place du Casino va également se poursuivre sous l’égide de la Société des bains de mer (SBM). Étant donné l’arrêt quasi-total des activités de la place, l’importance touristique et la durée de 10 à 15 jours maximum annoncée par la conseillère-ministre, ce second chantier va reprendre.

Télétravail obligatoire et licenciements interdits
Le télétravail est désormais rendu obligatoire pour les entreprises pouvant le proposer à ses salariés, et tout refus devra être motivé. « Les refus devront être explicités auprès de la direction du travail et seulement pour des motifs de sécurité ». A ce jour, 993 entreprises l’ont adopté, pour un total de 10 381 salariés, selon les chiffres du gouvernement. Concernant le licenciement, après sa prise de position dans les colonnes de Monaco-Matin, Didier Gamerdinger est donc passé aux actes. « En lien avec le Conseil national, le gouvernement va prendre une décision, qui revêtira la forme d’une décision du ministre d’État, qui rendra impossible tout licenciement pendant la période que nous vivons. Sauf des licenciements qui seraient dûment justifiés pour une faute professionnelle. » Ces deux décisions ont été prises en lien avec le Conseil national, à l’issue de la réunion du comité mixte de suivi Covid-19.
Coup de pouce aux bas salaires, création d’un minimum garanti pour les travailleurs indépendants, prime exceptionnelle, intérimaires
Le gouvernement va créer ce qu’il appelle « un revenu minimum extraordinaire » de 1 800 euros pour tous les travailleurs indépendants qui en feraient la demande. Une mesure estimée à 3 millions d’euros. Les requêtes peuvent se faire par voie électronique auprès du Welcome office qui traitera les demandes. Un certain nombre de justificatif « simples » seront nécessaires. Aussi, par souci de « cohérence », et pour donner « un coup de pouce aux bas salaires », le gouvernement va permettre à tous les salariés gagnant moins de 1 800 euros par mois, en situation de chômage total temporaire renforcé (CTTR), de recouvrer l’intégralité de son salaire. Il mettra donc au bout, puisque le CTTR prévoit de couvrir 80 % du salaire net. Pour les salaires supérieurs à 1 800 euros, le gouvernement incite les employeurs à verser les 20 % restants, en exonérant de cotisations sociales ce complément. Des discussions avec les caisses sociales sont encore nécessaires pour entériner la même décision sur les primes exceptionnelles que pourraient verser les employeurs privés. « Nous sommes favorables à ce que cette prime exceptionnelle ne soit pas soumise à cotisation sociale. C’est un élément qui est en cours ». L’État n’a donc pas prévu de légiférer sur cette prime, accordée à tous les agents publics, et laisse à l’appréciation des entreprises le choix d’une prime aux salariés mobilisés sur le terrain. Concernant les intérimaires : « Il y a un peu plus de 6 000 intérimaires en principauté de Monaco. Ils ne sont pas éligibles au CTTR. Donc les sociétés d’intérim ont été en lien avec nous pour trouver des solutions. Les congés payés qui leur sont dus vont leur être versés immédiatement par la société qui les emploie. Sachant que pour le bâtiment, ce versement ne s’effectue qu’à fin avril. L’État a permis aux sociétés monégasques d’intérim de faire l’avance qui leur sera remboursée par la caisse des congés payés du bâtiment », a précisé Didier Gamerdinger.



