vendredi 20 mai 2022
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Monaco Telecom :
« Non au Bahreïn ! »

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Le groupe de télécommunications bahreïni, Batelco, va devenir actionnaire minoritaire de Monaco Telecom en détenant 13,75 % des actions de l’opérateur, après un accord passé avec l’actionnaire majoritaire Cable&Wireless Communications. Tout en ayant la possibilité de devenir majoritaire. Décryptage.

La nouvelle a fait grand bruit en principauté dans la journée du 3 décembre. L’actionnaire majoritaire de Monaco Telecom, Cable&Wireless Communications (CWC), a trouvé un accord avec Batelco, l’opérateur détenu majoritairement par l’Etat du Bahreïn, en vue d’une cession de ses activités monégasques et insulaires. CWC avait clamé depuis un bon moment sa nécessité de se désendetter et sa volonté de se concentrer sur sa zone d’activité la plus forte, à savoir l’Amérique centrale et les Caraïbes. Les deux sociétés étaient entrées en pourparlers en septembre dernier, après que Batelco a fait part de son intérêt pour la branche Monaco & Iles. La transaction porte sur un montant de 680 millions de dollars soit 521 millions d’euros. Que comprend-t-elle ? Batelco rachète l’ensemble des activités insulaires de CWC mais ne devient qu’actionnaire minoritaire de Monaco Telecom. Dans les détails, le groupe bahreïni obtient 25 % de la Compagnie monégasque de communications (CMC), qui détient les 49 % de CWC et les 6 % de la Compagnie monégasque de banque (CMB) dans l’opérateur de la principauté. Un bref calcul permet donc de déterminer que 13,75 % du capital de Monaco Telecom vont revenir à Batelco. Un deal qui n’entraîne aucun changement dans l’immédiat. « Batelco va devenir un actionnaire indirect et minoritaire de Monaco Telecom. Le groupe a annoncé sa volonté de soutenir les efforts de CWC et de la Principauté pour le développement de Monaco Telecom à l’international », indique Martin Peronnet, directeur général de Monaco Telecom. « Aujourd’hui, il n’y a pas de changement. CWC est toujours notre actionnaire majoritaire. L’entreprise continue clairement sur sa lancée. Nous constatons que l’exercice en cours dépasse nos prévisions », développe-t-il. De son côté, le gouvernement monégasque se contente de constater : « Il apparaît que Cable & Wireless avance dans sa stratégie qui consiste à recentrer ses activités sur l’Amérique centrale et les Caraïbes sans que cela n’ait de conséquence sur le partenariat industriel avec Monaco Telecom ».

« Pas question de vendre Monaco Telecom au Bahreïn »
Sauf que la transaction comporte un autre volet, un peu plus embarrassant pour le gouvernement. Pour 345 millions de dollars de plus (environ 263 millions d’euros), précise Batelco, l’opérateur du Bahreïn a la possibilité de prendre une participation de contrôle dans les 75 % de la CMC que conserveront Cable&Wireless Communications et la CMB. Autrement dit, la possibilité est offerte à Batelco pendant un an à compter de la date de finalisation de l’accord, soit à partir de la fin mars 2013, de devenir majoritaire au sein de la Compagnie monégasque de communications et de manière indirecte, de Monaco Telecom. Le montant de l’accord s’élèverait alors à 1,02 milliard de dollars (782 millions d’euros). Mais le gouvernement a prévenu. L’accord préalable de l’Etat est nécessaire à « toute évolution du contrôle du capital de Monaco Telecom en faveur de Batelco ». Et au regard de ses déclarations, il n’est pas du tout prêt à le donner au groupe bahreïni. « Le gouvernement princier, qui n’a pas agréé cette solution, n’a pas de raison de faire évoluer sa position. Il n’est pas question pour nous de vendre notre opérateur historique au Bahreïn », a affirmé le ministre d’Etat Michel Roger dans un communiqué.

Le Bahreïn comme le Qatar
La réponse est virulente. CWC pourrait y réagir. Ce n’est plus Batelco qui est visé mais le royaume du Bahreïn. Elle peut se comprendre de deux façons. Premièrement, Monaco ne veut pas que des pays boulimiques d’investissements, comme certaines nations du Moyen-Orient, prennent soit le contrôle d’intérêts de la principauté soit une participation trop importante dans ces mêmes intérêts. A cet égard, notons que la sortie de Michel Roger en rappelle une autre, qu’il avait eue le 28 février dernier : « La SBM n’est pas à vendre ». Il était alors interrogé sur la rumeur d’un investissement massif de l’Etat du Qatar dans le capital de la Société des bains de mer, via sa compagnie Qatari Diar Real Estate Investment. Cette dernière possède 6,39 % de la SBM depuis mars 2012. Deuxièmement, la réponse peut s’expliquer sur un plan géopolitique. Le Royaume du Bahreïn, actionnaire majoritaire de Batelco, n’a pas une image de pays irréprochable sur la scène internationale. Le régime est accusé d’une sanglante répression envers ses opposants depuis février 2011. Il convient de rappeler néanmoins que si l’actionnariat du groupe est aujourd’hui bahreïni à 100 %, Cable&Wireless International (scindée depuis en deux parties : CW Worldwide et CW Communications) a eu une participation de 20 % de 1981, année de la fondation de Batelco, à 2006 dans la société. Et qu’à ce titre, Batelco peut être un partenaire crédible pour l’opérateur monégasque.
Après la réaction du gouvernement, on pourra douter de l’envie de Batelco d’entrer dans le capital de Monaco Telecom. Se voir d’entrée opposer un refus pour une très hypothétique future participation majoritaire n’est pas le meilleur accueil qui soit pour le nouvel entrant. Reste à savoir si le gouvernement pourra dédaigner l’offre faite par Cable&Wireless à Batelco pendant un an à compter de la fin du mois de mars 2013.

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Monaco Hebdo