vendredi 12 août 2022
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L’aluminium dans les vaccins, un risque ?

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Les sels d’aluminium, un adjuvant présent dans une vingtaine de vaccins, posent de plus en plus question. En France, quatorze personnes ayant contracté la myofasciite à macrophages après vaccination ont entamé une grève de la faim. Une démarche soutenue par Salvatore Forino, un enfant du pays lui aussi atteint par la maladie.

Myofasciite à macrophages. Le nom de cette pathologie, identifiée en 1993 et décrite pour la première fois en 1998, ne vous dit peut-être rien. En pleine saison des vaccins, elle défraye pourtant la chronique dans la sphère médicale et remet sur la table un vieux débat qui divise tant les scientifiques que les pouvoirs publics. La présence de sels d’aluminium dans les vaccins est-elle nocive pour la santé ? Alors qu’en mars dernier des députés français ont réclamé un moratoire sur la question, la piqûre de rappel est venue de la place de la Bourse à Paris. Quatorze personnes atteintes de la maladie y ont entamé une grève de la faim depuis le 26 novembre. Soutenus par des chercheurs et des parlementaires, ces membres de l’association E3M (entraide aux malades de la myofasciite à macrophages) demandent un financement de 900 000 euros à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour que deux chercheurs de l’Inserm de Créteil, les professeurs Gherardi et Authier, puissent poursuivre leurs travaux sur le lien entre l’adjuvant et la maladie. Car l’ANSM n’a pas retenu leur projet. En outre, d’autres scientifiques et les laboratoires pharmaceutiques contestent les résultats de leurs études, estimant qu’elles ne se font pas dans les règles.
Les membres d’E3M clament que les sels d’aluminium, présents dans une vingtaine de vaccins, sont à l’origine de leurs maux. Ceux-ci se traduisent par un état de fatigue intense, des douleurs inflammatoires dans les muscles et les articulations mais aussi des troubles de la mémoire, de la concentration et de l’élocution. Comment est-ce possible ? L’aluminium, comme tout adjuvant, a pour fonction de renforcer la réponse immunitaire à un vaccin. En d’autres termes, rallonger la durée de protection du vaccin ou encore étendre sa protection à des virus pouvant muter. Or, l’aluminium persisterait dans les macrophages, des cellules qui sont en quelque sorte les « éboueurs » de l’organisme. Celles-ci ne feraient du coup plus leur travail et laisseraient l’aluminium monter jusqu’au cerveau.

A Monaco, la « vie au ralenti » de Salvatore Forino
Salvatore Forino, enfant du pays de nationalité italienne, en est lui certain. La justice lui a d’ailleurs donné raison en 2011. Outilleur-fraiseur dans une société monégasque, il était « le genre de mec à n’avoir aucune maladie ». Jusqu’à ce 4 décembre 1998 où Salvatore Forino s’est entaillé le pouce gauche avec un outil sur son lieu de travail. Monté au CHPG pour recevoir des soins, il est vacciné en prévention contre le tétanos avec le TETAVAX, qui contient une dose élevée d’hydroxyde d’aluminium. « Une semaine après, j’ai commencé à ressentir de vives douleurs au biceps. Je m’en suis plaint à l’infirmière lors de l’injonction de rappel au mois de janvier », raconte-t-il. Puis les myalgies se sont « amplifiées » et ont fini par toucher tout le corps. Des maux auxquels vont se greffer bien d’autres symptômes de la maladie (entre autres des troubles intestinaux et mnésiques). Les médicaments que les médecins lui ont prescrit ne sont pas parvenus à calmer les douleurs. Un spécialiste du CHPG a subodoré la myofasciite à macrophages mais ce n’est qu’en 2002, lors d’une biopsie du muscle deltoïde à l’hôpital de la Timone à Marseille, que la pathologie va être définitivement décelée. « J’ai pleuré à l’annonce du diagnostic », confie Salvatore Forino, qui se décrit comme « enfermé dans une armure ». « Je n’ai plus aucune sensation sur le haut du corps. Le muscle est là mais le corps lâche. Je ne peux pas faire grand chose car je me fatigue très vite. C’est dur d’entreprendre quoique ce soit », ajoute-t-il. L’ancien outilleur-fraiseur a arrêté de travailler en 2004. Les caisses sociales monégasques prennent en charge son état de santé. Chaque jour, il est amené à prendre une dizaine de médicaments différents pour lutter contre les troubles causés par la maladie. « Cela fait huit ans que je ne peux rien faire. Je mène une vie au ralenti. Parfois, je conduis ma voiture ou ma moto. Je ne vais pas plus loin que Nice. J’ai appris à faire sans les sensations pour les freins et les pédales. Si la moto tombe par terre, je ne parviendrais pas à la soulever. Il arrive aussi que j’oublie là où je dois aller en étant au volant. Mais si on m’enlève ça, ça ne me sert à rien de vivre. J’ai une carte d’handicapé mais je ne m’en sers pas. C’est très dur à vivre de se dire handicapé à 50 ans », développe l’enfant du pays, des trémolos dans la voix.

Lien de causalité pour la justice monégasque
Le 10 mai 2011, Salvatore Forino, défendu par Me Jean-Pierre Licari, a remporté son procès en appel face à l’assureur-loi de son ancien employeur. La Cour d’appel a jugé que Salvatore Forino « est atteint de la myofasciite à macrophages, qu’elle est imputable à la vaccination consécutive à l’accident de travail du 4 décembre 1998 et qu’elle doit être prise en charge par l’assureur-loi ». Elle a reconnu explicitement le lien de causalité entre le vaccin et la maladie, même si les experts judiciaires qui se sont succédé ne l’ont, eux, pas reconnu tout en l’estimant « probable ». Dans sa décision, la Cour souligne qu’il existe « un ensemble d’éléments objectifs constituant un faisceau de présomptions suffisantes permettant d’attribuer un rôle causal du vaccin antitétanique TETAVAX administré à F. dans l’apparition de la myofasciite à macrophages dont il est atteint et dont il présente les symptômes typiques ». Le cas de l’Italien fait jurisprudence en principauté. « L’assureur-loi n’a pas remboursé un seul centime pour l’instant », affirme néanmoins celui-ci. En France, la justice a également reconnu ce lien de causalité dans un arrêt de la Cour de cassation rendu en avril 2010, passant, là encore, outre l’avis de l’expert judiciaire mandaté qui reconnaissait « une relation » mais pas un lien. « Il y a plusieurs centaines de plaintes en cours devant les tribunaux français », dit Salvatore Forino. « On ne demande pas le retrait des vaccins car ils sont nécessaires mais on demande le retrait de l’adjuvant aluminium. Une filiale de Sanofi, Mérial, l’a déjà retiré des vaccins pour chiens et chats. Le gouvernement français veut tout reprendre à zéro et mener de nouvelles études. Ça va prendre cinq ou six ans. En attendant, on dépiste trente cas par mois. On se bat surtout pour faire retirer l’aluminium du vaccin DTPolio destiné aux enfants », poursuit-il, souhaitant « mettre au courant la population monégasque ». Sollicité, le CHPG ne nous a pas transmis à temps ses réponses sur sa politique vis-à-vis de l’adjuvant aluminium dans les vaccins. Côté français, une délégation de l’association E3M a été reçue au ministère de la santé par le directeur de cabinet de la ministre Marisol Touraine, le 23 novembre. Le nombre de cas reste difficile à déterminer. Cependant, 585 malades de myofasciite à macrophages ont été recensés en quinze ans, rien qu’à l’Inserm de Créteil.

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Monaco Hebdo