vendredi 17 avril 2026
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L’Europe émergente ne manque pas d’atouts

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Conseil de l'Europe
© Photo D.R.

Le dynamisme de croissance et la bonne situation financière des pays d’Europe émergente devraient attirer l’attention des investisseurs. Décryptage par Laurent Boudoin chez Stelphia Asset Management.

Monaco Hebdo?: Dans quelle situation se trouvent les pays d’Europe émergente en sortie de crise??

Laurent Boudoin?: Comparés aux pays dits matures que sont les Etats-Unis, la zone euro, le Royaume-Uni et le Japon, ces pays bénéficient d’une situation économique bien meilleure. La croissance s’accélère progressivement avec en Pologne près de 4 % à la fin de l’année et en Tchéquie environ 3 %. Même la Hongrie, qui a subi une sévère récession en 2009 et sollicité l’aide du FMI, va connaître une croissance proche de 2 % en 2010. Cette dynamique de croissance alimente la consommation domestique, favorise les exportations et permet également de contenir l’endettement public. Le déficit moyen des comptes courants de pays de l’Europe émergente est désormais de 2,5 % du PIB, contre 5 % en 2007. L’endettement public de la Tchéquie est 40 % et celui de la Pologne de 55 %, comparé à 90 % pour les Etats-Unis et 80 % pour la zone euro. Seule la Hongrie est dans la fourchette haute avec un ratio de 80 %, identique à celui de la France. Mais la dynamique de croissance de la Hongrie et le volontarisme du gouvernement devraient lui permettre de réduire cet endettement plus vite que la France.

M.H.?: Comment expliquer l’exception polonaise??

L.B.?: La Pologne est effectivement le seul pays européen où la croissance est restée légèrement positive en 2009 et qui connaîtra l’un des taux les plus élevés en Europe cette année. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette exception polonaise. Il s’agit tout d’abord d’un grand marché de 38 millions d’habitants où la consommation est dynamique avec un objectif?: se rapprocher des standards de vie des pays développés. La Pologne a également des liens économiques très forts avec son voisin allemand où la croissance est fortement repartie en 2010. C’est également un passage obligé pour les échanges commerciaux de plus en plus importants entre l’Europe de l’Ouest et la Russie. Or, le réseau routier polonais est très vétuste avec seulement 800 km d’autoroutes, contre 11?000 en France, et par exemple une simple départementale pour relier Berlin. Cela nécessite donc d’importants chantiers d’infrastructures, qui soutiennent également la croissance. Enfin, la population polonaise fait preuve d’une très grande détermination mais aussi de prudence dans la gestion des affaires, probablement en héritage d’un passé historique souvent difficile.

M.H.?: Quel est le principal risque pour la croissance de ces économies??

L.B.?: Hormis le défaut d’une grande institution financière de type Lehman Brothers, scénario auquel nous ne croyons pas, le principal facteur de risque est une chute des cours du pétrole et ses conséquences sur le géant économique de la zone qu’est la Russie. Mais nous n’envisageons pas un tel scénario. La demande mondiale de pétrole a retrouvé ses niveaux d’avant crise avec qui plus est une demande structurelle croissante des pays émergents. La part de la demande de ces pays dans la demande mondiale de pétrole est d’ailleurs désormais quasi équivalente à celle des pays développés.

M.H.?: Quelles sont les perspectives des marchés d’actions d’Europe centrale??

L.B.?: L’indice CECE, qui regroupe la Pologne, la Tchéquie et la Hongrie, progresse de 13 % depuis le début de l’année. Cette zone a bénéficié de la notion de « risque pays » qui détermine actuellement les choix des investisseurs. La forte intégration de la Pologne, de la Tchéquie et de la Hongrie au paysage industriel allemand a en effet permis à leurs marchés financiers de bien résister aux turbulences des derniers mois. A titre d’exemple, la devise hongroise, qui avait chuté de 25 % entre septembre 2008 et mars 2009, a limité son repli à 10 % lors de la crise grecque de mai dernier et à 5 % cet automne avec les nouvelles inquiétudes sur les autres pays périphériques de la zone euro. Toutefois, nous estimons que le potentiel de croissance de l’Europe centrale pour les deux prochaines années n’est pas encore correctement pris en compte dans les cours de Bourse. L’indice CECE devrait donc encore bien se comporter, notamment par rapport aux marchés de la zone euro. Plus généralement, ces pays devraient bénéficier de la dynamique structurelle sur les marchés d’actions émergents dont la capitalisation boursière devrait être multipliée environ par dix d’ici à 2030. Mais cela suppose aussi encore de la pédagogie auprès des investisseurs, souvent focalisés sur l’Asie et l’Amérique latine, pour les persuader de l’intérêt de la zone comme source de diversification.

Les patrons de TPE ne sont pas très optimistes
Les dirigeants de très petites entreprises (TPE) ne sont guère optimistes en matière d’embauche. Selon le dernier baromètre de conjoncture de l’Ifop pour Fiducial, réalisé fin octobre auprès d’un échantillon de 1.003 dirigeants, seulement 9 % des TPE envisagent d’augmenter leurs effectifs au cours de 2011. Il s’agit de la plus faible prévision de recrutement depuis janvier 1997, date de la mise en place de l’indicateur. Qui plus est, cette proportion est en recul de 5 points par rapport à la même période de l’an dernier. La principale raison invoquée est le manque de visibilité. La moitié des dirigeants interrogés ne peuvent en effet s’exprimer sur leurs perspectives d’activité pour l’année prochaine. A quoi s’ajoute une situation financière encore très fragile. Presque un tiers des TPE jugent leur situation financière préoccupante, soit à peu près autant que cet été et qu’il y a un an.
Au final, le solde d’embauches devrait tout de même être positif. Si 9 % des TPE prévoient des recrutements, seules 3 % envisagent, dans le même temps, de réduire leurs effectifs en 2011.

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